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Expropriation et emprise totale : l'indemnité de remploi exclue pour la partie acquise en sus
Droit-foncier

Expropriation et emprise totale : l'indemnité de remploi exclue pour la partie acquise en sus

📅 Décision du 22 septembre 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 17 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que lorsqu'un juge de l'expropriation est saisi d'une demande d'emprise totale, il doit distinguer l'indemnité de dépossession pour la partie expropriée et le prix d'acquisition pour la partie achetée en sus, sans indemnité de remploi pour cette dernière.

Décision de référence : cc • N° 09-69.049 • 2010-09-22 • Consulter la décision →

Vous êtes propriétaire d'un terrain à Laxou, et soudain, la municipalité vous annonce un projet de voirie qui va prélever une partie de votre parcelle. Une indemnité vous sera versée, mais à quelle hauteur ? Et si, en plus, vous devez leur vendre le reste du terrain parce qu'il devient inconstructible ? C'est exactement ce qui est arrivé à un propriétaire de Marquette-lez-Lille, et la Cour de cassation a tranché : la partie du terrain qui n'est pas expropriée mais achetée en sus ne donne pas droit à l'indemnité de remploi (cette somme qui compense les frais de réinvestissement). Une décision qui mérite qu'on s'y arrête.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Pour le propriétaire, la distinction entre l'indemnité de dépossession (pour la partie expropriée) et le prix d'acquisition (pour la partie achetée volontairement) est cruciale. La première est majorée d'une indemnité de remploi, la seconde non. Cette subtilité juridique peut représenter des milliers d'euros.

Cet arrêt du 22 septembre 2010 (n° 09-69.049) rappelle que le juge de l'expropriation doit appliquer d'office les règles d'ordre public du code de l'expropriation-droit-relogement-expulsion-bloquee" class="internal-link" title="Expropriation : le droit au relogement oublié peut bloquer votre expulsion">expropriation. undefined, même si les parties s'accordent sur un montant global, le juge doit ventiler l'indemnisation en respectant la loi. Voyons cela en détail.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Imaginez M. X, propriétaire d'une parcelle de 6 148 m² à Marquette-lez-Lille, dans le Nord. La commune décide de réaliser un projet d'aménagement et a besoin d'une partie de son terrain pour construire une route. L'expropriation-indemnite-evaluation-date-arret" class="internal-link" title="Expropriation : l'indemnité évaluée au jour de l'arrêt, pas à l'ordonnance">expropriation (procédure par laquelle l'État oblige un propriétaire à céder son bien pour cause d'utilité publique, moyennant indemnisation) ne porte que sur une emprise partielle : 6 148 m². Mais le reste de la parcelle devient inconstructible ou difficile à vendre. La commune propose alors d'acquérir la totalité du terrain, y compris la partie non expropriée.

Le juge de l'expropriation est saisi pour fixer l'indemnité. Dans son jugement, il fixe une indemnité globale de 2 994 000 euros, soit 232,35 euros/m², sans distinguer la partie expropriée (soumise à la procédure d'expropriation) de la partie acquise à l'amiable (en sus). Or, cette distinction est fondamentale : pour la partie expropriée, le propriétaire a droit à une indemnité de dépossession comprenant la valeur du terrain, une indemnité de remploi (généralement 10 % pour compenser les frais de réinvestissement) et éventuellement une indemnité pour préjudice moral ou commercial. Pour la partie acquise en sus, il s'agit d'une vente volontaire, qui ne donne pas droit à l'indemnité de remploi.

Le propriétaire conteste le jugement devant la Cour de cassation, arguant que le juge aurait dû appliquer les règles d'ordre public du code de l'expropriation. La Cour lui donne raison : le juge doit, de sa propre initiative, distinguer les deux parties et fixer deux montants distincts. En l'espèce, la cour d'appel avait confirmé le jugement de première instance, mais la Cour de cassation casse l'arrêt et renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le raisonnement de la Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 13-1 du code de l'expropriation (aujourd'hui codifié à l'article L. 321-1), qui dispose que l'indemnité d'expropriation doit couvrir l'intégralité du préjudice direct, matériel et certain causé par l'expropriation. Mais pour une emprise partielle, le propriétaire peut demander l'emprise totale (c'est-à-dire que l'expropriant achète tout le terrain) si la partie restante est dépréciée ou inutilisable. Dans ce cas, le juge doit fixer deux indemnités distinctes : l'une pour la partie expropriée, avec indemnité de remploi ; l'autre pour la partie acquise en sus, sans indemnité de remploi, car il s'agit d'un prix de vente.

undefined, le juge ne peut pas tout mélanger dans un même calcul. La Cour rappelle que ces dispositions sont d'ordre public : le juge doit les appliquer même si les parties ne les invoquent pas. undefined le propriétaire ne peut pas renoncer à cette distinction, et l'expropriant ne peut pas imposer un prix global qui inclurait indûment une indemnité de remploi sur la partie non expropriée.

Dans cette affaire, la cour d'appel avait confirmé le jugement qui fixait une indemnité globale incluant une indemnité de remploi sur l'ensemble de la somme, y compris la partie acquise en sus. La Cour de cassation censure cette approche : la partie acquise en sus n'étant pas soumise à la procédure d'expropriation, elle ne peut donner lieu au paiement d'une indemnité de remploi. C'est une question de principe : l'indemnité de remploi compense les frais de réinvestissement du propriétaire exproprié, mais si la vente est volontaire, ces frais sont déjà inclus dans le prix négocié.

undefined, c'est que le juge de l'expropriation a un rôle actif : il doit vérifier que l'indemnité respecte les textes, même si les parties sont d'accord. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires acceptaient une indemnité globale sans se rendre compte qu'ils perdaient des droits. Cette décision les protège.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un terrain ou d'un bien immobilier faisant l'objet d'une expropriation partielle, et que l'expropriant vous propose d'acquérir le reste du terrain à l'amiable, vous devez être vigilant : l'indemnité de remploi ne s'applique qu'à la partie expropriée. Par exemple, à Nancy, un propriétaire d'une parcelle de 1 000 m² en zone constructible voit 400 m² expropriés pour un projet de tramway. La valeur est de 200 €/m². Pour les 400 m² expropriés, l'indemnité sera de 80 000 € + 8 000 € d'indemnité de remploi (10 %) = 88 000 €. Pour les 600 m² restants que la ville propose d'acheter, le prix sera de 120 000 €, sans indemnité de remploi. Soit un total de 208 000 €, et non 220 000 € si la remploi était calculée sur le tout.

Si vous êtes un professionnel de l'immobilier, vous devez conseiller vos clients sur cette distinction. Un promoteur qui acquiert un terrain en partie par expropriation et en partie à l'amiable doit savoir que le juge ventile les sommes, ce qui peut impacter le coût global.

Si vous êtes locataire, vous n'êtes pas directement concerné, mais sachez que l'indemnité d'expropriation peut inclure une indemnité pour le locataire évincé, qui elle aussi est calculée selon des règles spécifiques.

Attention toutefois : si l'emprise est totale d'emblée (tout le terrain est exproprié), l'indemnité de remploi s'applique sur la totalité. La subtilité naît de l'emprise partielle suivie d'une acquisition amiable du surplus.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites évaluer votre bien par un expert indépendant dès la notification d'expropriation. Ne vous fiez pas à l'offre de l'expropriant. Un expert peut déterminer la valeur vénale (prix du marché) et le montant de l'indemnité de remploi.
  • Exigez une ventilation claire de l'indemnité dans tout accord ou jugement. Demandez à ce que le montant soit décomposé : valeur de la partie expropriée, indemnité de remploi, indemnité pour préjudice, et prix de la partie acquise en sus.
  • Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier avant d'accepter une offre globale. À Nancy, un avocat peut vérifier que le juge a bien respecté les règles d'ordre public. Le coût d'une consultation (45 € chez Maître Zakine) est dérisoire comparé à ce que vous pourriez perdre.
  • N'acceptez jamais une indemnité de remploi calculée sur l'ensemble si une partie du bien est acquise à l'amiable. Exigez la distinction. Si l'expropriant refuse, saisissez le juge de l'expropriation.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, dans un arrêt du 8 juillet 2009 (n° 08-16.020), la Cour avait rappelé que l'indemnité de remploi ne peut être accordée que pour la partie expropriée. Plus récemment, dans un arrêt du 12 janvier 2017 (n° 15-26.563), elle a précisé que le juge doit, même d'office, distinguer les deux indemnités. La tendance est donc claire : les juges sont de plus en plus stricts sur la ventilation des sommes.

Pour l'avenir, cette jurisprudence protège les petits propriétaires face à des expropriants souvent plus puissants (collectivités, État). Elle impose une transparence totale dans le calcul des indemnités. Si vous êtes concerné, n'hésitez pas à invoquer ces décisions.

Points clés à retenir

FAQ :

  • Qu'est-ce que l'indemnité de remploi ? C'est une somme versée en plus de la valeur du bien pour compenser les frais de réinvestissement (frais de notaire, agence, etc.). Elle est généralement de 10 % pour les terrains.
  • Puis-je contester une indemnité globale ? Oui, si le juge n'a pas ventilé l'indemnité entre partie expropriée et partie acquise en sus. Vous pouvez faire appel ou former un pourvoi en cassation.
  • Quels délais pour agir ? Vous avez 1 mois pour faire appel d'un jugement du juge de l'expropriation, et 2 mois pour un pourvoi en cassation. Ne tardez pas.
  • Que faire si l'expropriant refuse de ventiler ? Saisissez le juge de l'expropriation. Il a l'obligation d'appliquer les règles d'ordre public, même si les parties sont d'accord.
  • Cette décision s'applique-t-elle partout ? Oui, c'est du droit national. Que vous soyez à Nancy, Laxou ou ailleurs, les mêmes règles s'appliquent.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'indemnité de remploi ?

C'est une somme versée en plus de la valeur du bien pour compenser les frais de réinvestissement (frais de notaire, agence, etc.). Elle est généralement de 10 % pour les terrains.

Puis-je contester une indemnité globale qui ne distingue pas la partie expropriée de la partie achetée en sus ?

Oui, car le juge doit appliquer d'office les règles d'ordre public. Vous pouvez faire appel ou former un pourvoi en cassation pour demander la ventilation.

Quels sont les délais pour contester une décision d'expropriation ?

Vous avez 1 mois pour faire appel d'un jugement du juge de l'expropriation, et 2 mois pour un pourvoi en cassation. Il est urgent d'agir.

Que faire si l'expropriant refuse de ventiler l'indemnité entre partie expropriée et partie acquise en sus ?

Saisissez le juge de l'expropriation. Il a l'obligation de ventiler, même si les parties sont d'accord. Un avocat peut vous aider.

Cette décision s'applique-t-elle à mon cas si je suis à Nancy ou Laxou ?

Oui, c'est du droit national. Les mêmes règles s'appliquent partout en France, y compris à Nancy et Laxou.

Informations juridiques

  • Numéro: 09-69.049
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 septembre 2010

Mots-clés

expropriationemprise totaleindemnité de remploiindemnité de dépossessionordre public

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Laxou exproprié partiellement pour un projet de voirie

M. Dupont possède un terrain de 2 000 m² à Laxou. La commune exproprie 800 m² pour élargir une route et propose d'acheter les 1 200 m² restants devenus inconstructibles. Le juge fixe une indemnité globale de 400 000 € incluant 10 % de remploi sur le tout.

Application pratique:

M. Dupont doit exiger la ventilation : 800 m² expropriés = 160 000 € + 16 000 € de remploi = 176 000 € ; 1 200 m² achetés en sus = 240 000 € sans remploi, soit total 416 000 € au lieu de 400 000 €. Il peut contester le jugement.

2

Promoteur immobilier à Nancy acquérant un site mixte

Un promoteur achète un ancien entrepôt de 5 000 m² à Nancy. Une partie (2 000 m²) est expropriée pour une ligne de tramway, le reste (3 000 m²) est acheté à l'amiable. Le juge fixe une indemnité globale de 1 000 000 €.

Application pratique:

Le promoteur doit vérifier que l'indemnité de remploi (10 %) n'a été appliquée que sur les 2 000 m² expropriés (soit 200 000 € de remploi sur 400 000 € de valeur, total 440 000 €) et non sur les 3 000 m² (600 000 € sans remploi). Un mauvais calcul coûterait 60 000 €.

3

Propriétaire bailleur à Nancy exproprié d'un immeuble de rapport

Mme Martin possède un immeuble locatif de 6 logements à Nancy. La ville exproprie le rez-de-chaussée pour une place publique, et propose d'acheter les étages supérieurs. Le juge fixe une indemnité unique incluant remploi sur tout.

Application pratique:

Mme Martin doit contester : l'indemnité de remploi ne doit porter que sur la partie expropriée. Elle peut perdre plusieurs milliers d'euros si elle accepte le montant global. Un avocat peut l'aider à obtenir la ventilation.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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