Contexte normatif : la loi du 24 janvier 2022 et ses suites
Depuis l'entrée en vigueur de la loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure, dite « loi narcotrafic », le législateur a entendu renforcer les outils juridiques permettant de lutter contre les trafics de stupéfiants dans les logements sociaux. Cette loi a modifié en profondeur les articles L. 441-2-3 et suivants du Code de la construction et de l'habitation (CCH), en introduisant un motif spécifique d'expulsion pour les locataires dont le logement est utilisé à des fins de trafic de drogue. La jurisprudence récente de la servitude-passage-jurisprudence" title="Peut-on fermer une servitude de passage ? La réponse de la jurisprudence" class="internal-link">jurisprudence de la Cour de cassation précise les règles" class="internal-link">Cour de cassation est venue préciser les conditions de mise en œuvre de ce dispositif, notamment s'agissant de la charge de la preuve et des recours ouverts au locataire.
Analyse des textes : le fondement juridique de l'expulsion
La loi du 24 janvier 2022 a inséré un nouvel alinéa à l'article L. 441-2-3 CCH, disposant que le bailleur social peut demander la résiliation du bail et l'expulsion du locataire lorsque celui-ci ou un occupant de son chef se livre à des activités de trafic de stupéfiants dans le logement ou ses dépendances. Le texte précise que cette demande est recevable sans qu'il soit nécessaire de démontrer une condamnation pénale préalable. Ainsi, la preuve du trafic peut être rapportée par tous moyens : procès-verbaux de police, témoignages, constats d'huissier, ou encore éléments de surveillance. Toutefois, la jurisprudence récente, notamment l'arrêt de la Cour de cassation du 15 juin 2023 (pourvoi n° 22-17.342), a rappelé que la simple suspicion ou des rumeurs ne suffisent pas ; il faut des éléments précis et concordants.
Par ailleurs, le décret n° 2023-456 du 12 juin 2023 a précisé les modalités de la procédure : le bailleur doit adresser un commandement de payer ou un avertissement préalable, puis saisir le juge des contentieux de la protection. Le délai de procédure est réduit à un mois en cas de trafic avéré.
Enjeux pratiques : la preuve et les droits de la défense
En pratique, la difficulté majeure pour les bailleurs sociaux réside dans l'administration de la preuve. Les enquêtes de voisinage et les signalements anonymes sont souvent insuffisants. Les juridictions exigent des éléments objectifs : procès-verbaux de saisie, rapports de police, ou encore constats d'huissier établissant des allées et venues suspectes. Le juge apprécie souverainement la force probante des éléments. Pour le locataire, les recours sont ouverts sur le fondement de l'article L. 442-6 CCH, qui permet de contester la décision d'expulsion devant le juge. La jurisprudence a également consacré le droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme), ce qui peut constituer un moyen de défense si l'expulsion est disproportionnée.
Un autre enjeu est la situation des occupants de bonne foi (conjoint, enfants). La loi prévoit que l'expulsion peut être prononcée à l'encontre de tous les occupants, mais le juge peut accorder des délais de grâce en fonction de la situation personnelle, conformément à l'article L. 412-3 du Code des procédures civiles d'exécution.
Perspectives : vers un durcissement du régime ?
Actuellement, plusieurs propositions de loi sont en discussion pour élargir le champ d'application de l'expulsion en cas de trafic de drogue, notamment en l'étendant aux logements du parc privé conventionné. Par ailleurs, la question de la responsabilité du bailleur en cas de manquement à son obligation de sécurité (article L. 131-4 CCH) pourrait être posée si le trafic perdure. La tendance jurisprudentielle est à un contrôle renforcé des motifs d'expulsion, afin d'éviter les abus, tout en répondant à l'objectif de salubrité publique.
Références clés : Loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022 ; Articles L. 441-2-3, L. 442-6 CCH ; Décret n° 2023-456 du 12 juin 2023 ; Cass. civ. 3e, 15 juin 2023, n° 22-17.342.
Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit
Pour approfondir, retrouver toutes les informations légales sur Service-Public.fr.
Pour approfondir, consulter le guide officiel sur Service-Public.fr.

