Indemnisation des passagers aériens : quand le transporteur peut-il s'exonérer pour « circonstances extraordinaires » ?
En cas de retard ou d'annulation de vol, le transporteur aérien n'est pas tenu de verser l'indemnisation forfaitaire prévue par le règlement européen s'il démontre que l'incident résulte de circonstances extraordinaires qu'aucune mesure raisonnable n'aurait pu éviter.
La situation
Le règlement (CE) n° 261/2004 du 11 février 2004 impose aux compagnies aériennes d'indemniser les passagers en cas de refus d'embarquement, d'annulation ou de retard important (trois heures ou plus à l'arrivée). Ce dispositif protège les voyageurs face aux aléas du transport aérien, mais il n'est pas absolu.
L'article 5, § 3, du règlement prévoit une exonération : le transporteur échappe à l'indemnisation s'il prouve que le retard ou l'annulation est dû à des circonstances extraordinaires qui n'auraient pas pu être évitées même avec toutes les mesures raisonnables. La Cour de cassation, dans une décision du 12 septembre 2018 (n° 17-11.361), rappelle les contours de cette exonération en s'appuyant sur la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment l'arrêt Sturgeon du 19 novembre 2009.
Ce que dit la jurisprudence
La CJUE a progressivement précisé la notion de circonstances extraordinaires. Il s'agit d'événements qui, par leur nature ou leur origine, ne sont pas inhérents à l'exercice normal de l'activité du transporteur aérien et échappent à sa maîtrise effective.
- Les conditions météorologiques incompatibles avec la réalisation du vol
- Les risques liés à la sûreté (actes de terrorisme, sabotage)
- Les grèves externes à la compagnie (contrôleurs aériens, par exemple)
- Les défaillances cachées de fabrication affectant la sécurité des vols
- Les collisions avec des oiseaux ou la présence de corps étrangers sur les pistes
En revanche, les pannes techniques résultant de l'entretien normal de l'appareil ne constituent généralement pas des circonstances extraordinaires, car elles relèvent de l'exploitation habituelle de l'activité du transporteur.
La charge de la preuve pèse sur le transporteur
Point essentiel : c'est à la compagnie aérienne de démontrer, d'une part, l'existence de circonstances extraordinaires, et d'autre part, qu'elle a mis en œuvre toutes les mesures raisonnables pour éviter que celles-ci n'entraînent l'annulation ou le retard. Cette double exigence limite strictement le recours à l'exonération et explique pourquoi de nombreux litiges se concentrent sur l'appréciation concrète de la diligence du transporteur.
Les juges du fond doivent ainsi vérifier, au cas par cas, si la compagnie a réellement tout mis en œuvre : réorganisation des rotations, recours à un appareil de remplacement, information et prise en charge des passagers. À défaut d'une telle démonstration, l'indemnisation reste due.
Ce qu'il faut retenir pour les passagers
Pour un passager confronté à un retard ou une annulation, cette jurisprudence a une portée pratique importante :
- L'indemnisation forfaitaire reste le principe ; l'exonération est l'exception
- La compagnie doit apporter une preuve précise et circonstanciée, pas une simple invocation générale
- Une panne technique « classique » ne suffit pas à justifier un refus d'indemnisation
- En cas de refus du transporteur, un recours contentieux permet souvent d'obtenir gain de cause
Si cette décision concerne le droit des transports, elle illustre une mécanique que l'on retrouve aussi en matière immobilière : la répartition de la charge de la preuve entre professionnel et consommateur est souvent déterminante dans l'issue d'un litige. Pour toute question relative à vos droits et aux garanties applicables dans vos opérations, le cabinet de Me Cécile Zakine, avocat en droit immobilier à Antibes, peut vous accompagner dans l'analyse de votre dossier.
Foire aux questions
Une grève du personnel de la compagnie aérienne est-elle une circonstance extraordinaire ?
Non, en principe. Une grève interne au transporteur (son propre personnel) est généralement considérée comme un risque inhérent à l'exploitation normale de l'activité et ne permet pas l'exonération. Seules les grèves externes, échappant totalement au contrôle de la compagnie, peuvent être retenues.
Le passager doit-il prouver l'absence de circonstances extraordinaires ?
Non, c'est l'inverse. La charge de la preuve incombe entièrement au transporteur aérien, qui doit démontrer à la fois l'existence de circonstances extraordinaires et la mise en œuvre de toutes les mesures raisonnables pour éviter le retard ou l'annulation.
Que faire si la compagnie refuse l'indemnisation en invoquant ces circonstances ?
Il est possible de contester ce refus, d'abord par une réclamation écrite détaillée, puis devant les tribunaux si la compagnie ne justifie pas précisément sa position. Les juridictions exigent des preuves concrètes et n'acceptent pas les justifications génériques ou insuffisamment étayées.

