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Paiements en période suspecte : un virement peut être annulé
Droit Immobilier

Paiements en période suspecte : un virement peut être annulé

📅 Décision du 27 gennaio 1965⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 4 min de lecture

Paiements en période suspecte : un virement peut être annulé

Un virement bancaire payé juste avant la faillite peut être remis en cause

Un paiement effectué par virement de compte bancaire pendant la période suspecte qui précède un redressement ou une liquidation judiciaire est inopposable à la masse des créanciers, au même titre qu'un paiement en nature. C'est ce qu'a jugé la Cour de cassation dans un arrêt du 27 janvier 1965 (Cass. com., n° 60-11.350), dont la portée reste pleinement d'actualité pour les professionnels de l'immobilier qui transigent avec des entreprises en difficulté.

La situation

L'affaire concerne l'application de l'article 477 du Code de commerce (aujourd'hui codifié différemment, mais dont le principe demeure dans les règles sur les procédures collectives). Ce texte frappe d'inopposabilité à la masse des créanciers tous les paiements de dettes échues effectués par le débiteur autrement qu'en espèces ou en effets de commerce, dès lors qu'ils ont eu lieu depuis la date fixée pour la cessation des paiements, ou dans les quinze jours qui l'ont précédée.

La question posée aux juges était la suivante : un virement bancaire constitue-t-il un paiement "en espèces" échappant à cette sanction, ou doit-il être traité comme un paiement anormal, susceptible d'être annulé ?

Ce que dit la Cour de cassation

La Cour tranche sans ambiguïté : un paiement réalisé sous la forme d'un ordre donné par le débiteur à son propre débiteur, suivi de l'exécution de cet ordre, doit être regardé comme un paiement fait autrement qu'en espèces ou en effets de commerce. Il en va ainsi, précise expressément l'arrêt, des paiements effectués par voie de virement de compte bancaire.

Concrètement, le virement n'est pas assimilé à une remise d'espèces : il s'agit d'un mécanisme de compensation entre comptes, qui ne constitue pas un mode de paiement "normal" au sens du droit des procédures collectives. S'il intervient pendant la période suspecte, il peut donc être annulé à la demande du liquidateur ou de l'administrateur judiciaire, et les sommes perçues doivent être restituées à la masse.

Pourquoi cette règle intéresse les acteurs de l'immobilier

Les professionnels du secteur immobilier — agents, mandataires, syndics, bailleurs ou vendeurs — sont fréquemment en relation financière avec des sociétés (promoteurs, entreprises du bâtiment, SCI) dont la solvabilité peut se dégrader rapidement. Si l'une de ces structures tombe en redressement ou en liquidation judiciaire peu après avoir réglé une facture, une commission ou un solde de travaux par virement, ce paiement peut être remis en cause rétroactivement.

  • La période suspecte peut remonter jusqu'à 18 mois avant le jugement d'ouverture, selon la date de cessation des paiements retenue par le tribunal
  • Un virement reçu pendant cette période n'est pas à l'abri d'une action en nullité, même s'il correspondait à une dette parfaitement légitime et échue
  • Seuls les paiements en espèces ou par effets de commerce (lettre de change, billet à ordre) bénéficient d'une présomption de validité

Points à retenir

  • Vérifiez la situation financière d'un partenaire avant d'accepter un règlement tardif par virement, surtout s'il tarde à régler une dette échue
  • Conservez tous les justificatifs de la créance (contrat, facture, mise en demeure) pour pouvoir vous défendre en cas d'action du liquidateur
  • Anticipez les signaux de fragilité financière d'un cocontractant : un conseil préventif coûte toujours moins cher qu'une restitution forcée de fonds

Un virement bancaire est-il toujours annulable en période suspecte ?

Oui, dès lors qu'il intervient après la date de cessation des paiements ou dans les quinze jours qui la précèdent, et qu'il règle une dette déjà échue. Seuls les paiements en espèces ou par effets de commerce échappent à cette sanction.

Qui peut demander l'annulation d'un tel paiement ?

L'administrateur ou le liquidateur judiciaire, dans l'intérêt collectif des créanciers, afin de reconstituer l'actif disponible pour le règlement de l'ensemble de la masse.

Comment se protéger en tant que professionnel de l'immobilier ?

En exigeant des garanties de paiement en amont (acompte, caution, séquestre notarial) et en surveillant les indices de difficultés financières d'un partenaire avant d'accepter un règlement tardif.

Face à une situation de ce type — paiement contesté, procédure collective d'un cocontractant, créance menacée — un accompagnement juridique ciblé permet souvent d'éviter une perte sèche. Le cabinet de Maître Zakine, avocate en droit immobilier à Antibes, peut vous aider à sécuriser vos créances et à anticiper ce type de risque.

Informations juridiques

  • Numéro: 60-11.350
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 27 janvier 1965

Mots-clés

droit immobilierjurisprudenceimmobilier

Cas d'usage pratiques

1

Syndic paie un fournisseur par virement avant liquidation

Une copropriété à Lyon, en cessation des paiements depuis le 3 mars 2026, voit son syndic ordonner un virement bancaire de 18 000 € le 10 mars 2026 à un entrepreneur de travaux, soit après la date fixée pour la cessation des paiements. Le liquidateur judiciaire découvre l'opération lors de l'ouverture de la procédure collective et veut la faire annuler au profit de la masse des créanciers.

Application pratique:

Selon cette jurisprudence (Cass., 27 janvier 1965), un virement bancaire ordonné par le débiteur à son propre débiteur est assimilé à un paiement autre qu'en espèces ou effets de commerce, donc inopposable à la masse s'il intervient après la date de cessation des paiements ou dans les 15 jours précédents. Le liquidateur doit vérifier la date exacte de cessation des paiements fixée par le tribunal et comparer avec la date du virement. Si le virement est postérieur, il peut agir en inopposabilité pour réintégrer la somme dans l'actif de la copropriété. Conservez tous les relevés bancaires et ordres de virement comme preuves pour cette action.

2

Acheteur découvre une vente par le promoteur en faillite

Un particulier à Bordeaux a versé 45 000 € d'acompte par virement bancaire à un promoteur immobilier le 5 avril 2026, pour l'achat d'un appartement en VEFA, sans savoir que ce dernier était déjà en cessation des paiements depuis le 20 mars 2026. Le promoteur est placé en liquidation judiciaire deux mois plus tard, et l'acheteur craint de perdre son acompte.

Application pratique:

Cette décision confirme que les paiements reçus par virement durant la période suspecte (depuis la cessation des paiements ou les 15 jours précédents) peuvent être annulés et restitués à la masse des créanciers, mais cela concerne les paiements FAITS par le débiteur, pas ceux qu'il reçoit : ici l'acheteur a payé, il n'est donc pas visé par cette nullité en tant que tel. Il doit néanmoins déclarer sa créance au liquidateur dans les délais légaux (2 mois à compter de la publication du jugement) pour espérer récupérer son acompte. Faites-vous assister d'un avocat pour sécuriser votre déclaration de créance et vérifier si une garantie financière d'achèvement (GFA) couvre votre versement. Consultez systématiquement les annonces légales avant tout versement important à un promoteur.

3

Bailleur reçoit un loyer par virement d'un locataire en difficulté

Un bailleur à Lille a reçu un virement de 2 500 € de loyers impayés de son locataire commercial le 12 mai 2026, alors que ce dernier, gérant d'une boutique, était en cessation des paiements depuis le 1er mai 2026. Un mandataire judiciaire est désigné en juin 2026 et demande la restitution de cette somme à la masse des créanciers.

Application pratique:

Conformément à cette jurisprudence, tout paiement par virement bancaire effectué par le débiteur après la date de cessation des paiements (ou dans les 15 jours précédents) est inopposable à la masse des créanciers, même s'il s'agit d'un paiement légitime de loyers dus. Le bailleur risque donc de devoir restituer les 2 500 € au mandataire judiciaire. Il doit immédiatement vérifier la date officielle de cessation des paiements fixée par le tribunal de commerce et, si le virement est antérieur de plus de 15 jours à cette date, contester la demande de restitution. Il est conseillé de déclarer sa créance de loyers impayés pour les périodes suivantes et de se faire conseiller par un avocat avant de rembourser toute somme.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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