Indemnité de congés payés en procédure collective : qui paie et dans quel ordre ?
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Indemnité de congés payés en procédure collective : qui paie et dans quel ordre ?

📅 Décision du 08 novembre 2023⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 6 min de lecture

Lorsqu'un employeur est en procédure collective, l'indemnité de congés payés acquise avant l'ouverture de la procédure est inscrite au passif et garantie par l'AGS, même si le salarié ne les a pas pris. La Cour de cassation précise le sort de cette indemnité dans un arrêt du 8 novembre 2023.

Décision de référence : cc • N° 21-19.764 • 2023-11-08 • Consulter la décision →

Un salarié d'une société de nettoyage voit son contrat de travail transféré à un repreneur dans le cadre d'un plan de cession. Malgré des congés payés non pris, l'AGS refuse de garantir l'indemnité compensatrice. La Cour de cassation a dû trancher : l'indemnité de congés payés est une créance antérieure à la procédure collective, garantie par l'AGS.

Cette question, pourtant essentielle pour des milliers de salariés chaque année, a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 8 novembre 2023 (n° 21-19.764). La Haute juridiction rappelle un principe fondamental : l'indemnité de congés payés s'acquiert mois par mois et correspond au travail effectué pour le compte de l'ancien employeur. Par conséquent, elle est inscrite au passif de ce dernier et couverte par l'AGS dans la limite de sa garantie. En clair, même si les congés n'ont pas été pris, l'indemnité due est une créance antérieure à l'ouverture de la procédure collective.

Mais pourquoi cet arrêt est-il important ? Parce qu'il évite que le salarié ne soit pris en étau entre l'ancien employeur en liquidation et le repreneur. Et parce qu'il fixe des règles claires pour les professionnels de l'immobilier qui emploient du personnel (syndics, agences, promoteurs). Découvrons ensemble les détails de cette décision et ce qu'elle change concrètement pour vous.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est salarié d'une société de nettoyage. En 2016, son employeur est placé en redressement judiciaire. Le 1er juillet 2017, un plan de cession est adopté : l'entreprise est reprise par une autre société. M. X voit son contrat de travail transféré au repreneur, conformément à l'article L. 1224-1 du Code du travail (qui prévoit le maintien des contrats en cas de modification de la situation juridique de l'employeur).

Mais les droits à congés payés acquis avant le transfert ? M. X n'a pas pris tous ses congés. Il réclame une indemnité compensatrice de congés payés à son ancien employeur, mais celui-ci est en liquidation. Il se tourne alors vers l'AGS, qui refuse de garantir la créance, estimant que les congés non pris auraient dû être pris avant la rupture. La cour d'appel de Lyon donne raison à l'AGS : selon elle, les congés non pris à la date de rupture ne peuvent donner lieu qu'à une indemnité compensatrice, et non à un solde d'indemnité, et ils auraient dû être effectivement demandés.

M. X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle rappelle que l'indemnité de congés payés, qui s'acquiert mois par mois, est une créance antérieure à l'ouverture de la procédure collective, même si les congés n'ont pas été pris. Elle est donc inscrite au passif de l'ancien employeur et garantie par l'AGS. Peu importe que les congés aient été demandés ou non : l'indemnité est due du seul fait du travail accompli.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le raisonnement des juges est simple mais puissant. Il s'appuie sur deux piliers : le droit du travail et le droit des procédures collectives. En droit du travail, l'indemnité de congés payés naît mois par mois, au fur et à mesure que le salarié travaille (article L. 3141-24 du Code du travail). Elle n'est pas conditionnée à la prise effective des congés. En droit des procédures collectives, toute créance née antérieurement à l'ouverture de la procédure doit être déclarée au passif (article L. 622-24 du Code de commerce). L'AGS garantit ces créances dans la limite de ses plafonds (actuellement 82 272 € par salarié, toutes créances confondues).

La Cour de cassation écarte l'argument de l'AGS selon lequel les congés non pris ne donneraient lieu qu'à une indemnité compensatrice, et non à un solde. Elle précise que cette indemnité est due dès lors que le salarié a travaillé, indépendamment de toute demande de congés. En d'autres termes, le salarié n'a pas à prouver qu'il a demandé ses congés ; il suffit qu'il ait accumulé des droits.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure (Cass. soc., 13 avril 2016, n° 14-28.293). Elle n'est donc pas un revirement, mais une application stricte des textes. Les juges du fond avaient commis une erreur en exigeant une demande effective de congés. La Cour de cassation remet les pendules à l'heure : l'indemnité est une créance salariale comme une autre, soumise au régime des procédures collectives.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les salariés : si votre employeur est en procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire) et que vous avez des congés payés non pris, vous devez déclarer votre créance d'indemnité compensatrice au mandataire judiciaire. Même si vous n'avez pas pris vos congés, vous avez droit à cette indemnité. Elle sera payée par l'AGS, dans la limite de sa garantie. Par exemple, un salarié ayant accumulé des congés non pris pourra obtenir son indemnité, dès lors qu'il déclare sa créance.

Pour les employeurs en procédure collective : vous devez inclure dans le passif déclaré les indemnités de congés payés de tous vos salariés, même s'ils n'ont pas pris leurs congés. Oublier cette déclaration expose à une action en relevé de forclusion (demande de déclaration tardive) et à des dommages-intérêts.

Pour les repreneurs d'entreprise : si vous reprenez une société en plan de cession, vous n'êtes pas tenu des indemnités de congés payés acquises avant le transfert. Elles restent à la charge de l'ancien employeur et de l'AGS. Attention toutefois : les salariés conservent leurs droits à congés pour l'avenir, mais l'indemnité passée est une créance antérieure.

Pour les professionnels de l'immobilier (syndics, administrateurs de biens) : si vous employez du personnel de nettoyage ou d'entretien dans des copropriétés, assurez-vous que les contrats de travail sont bien transférés en cas de changement de prestataire. Les droits à congés payés acquis chez l'ancien employeur restent dus par celui-ci, mais le nouveau prestataire doit reprendre les salariés avec leur ancienneté.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Déclarez vos créances dès l'ouverture de la procédure : si vous êtes salarié, dès que vous apprenez le placement de votre employeur en redressement ou liquidation judiciaire, contactez le mandataire judiciaire et déclarez votre créance d'indemnité de congés payés. Vous avez deux mois à compter de la publication au Bodacc (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales).
  • Conservez vos bulletins de paie : ils prouvent le nombre de jours de congés acquis. Sans eux, il sera difficile de justifier votre créance. Gardez-les au moins cinq ans.
  • Ne partez pas du principe que l'AGS paiera tout : la garantie de l'AGS est plafonnée (82 272 € par salarié) et ne couvre que les créances nées avant l'ouverture de la procédure. Si votre indemnité dépasse ce plafond, vous ne serez remboursé qu'en partie.
  • Si vous êtes employeur, anticipez les transferts : en cas de cession d'entreprise, informez le repreneur des droits à congés en cours. Cela évitera des contestations ultérieures. En cas de doute, consultez un avocat spécialisé.

Questions fréquentes

Mon employeur est en liquidation, j'ai 15 jours de congés non pris. Que faire ?

Déclarez votre créance d'indemnité compensatrice au mandataire judiciaire dans les deux mois suivant la publication au Bodacc. L'AGS paiera dans la limite de 82 272 €.

Dois-je prouver que j'ai demandé mes congés pour obtenir l'indemnité ?

Non, la Cour de cassation a jugé que l'indemnité est due du seul fait du travail accompli, sans condition de demande préalable.

L'AGS peut-elle refuser de payer si les congés n'ont pas été pris ?

Non, selon cet arrêt, l'AGS doit garantir l'indemnité même si les congés n'ont pas été pris. Un refus serait illégal.

Quel est le délai pour déclarer ma créance d'indemnité de congés payés ?

Vous avez deux mois à compter de la publication au Bodacc. Passé ce délai, vous pouvez demander un relevé de forclusion au juge-commissaire dans les six mois.

Mon employeur a été repris, qui paie l'indemnité de congés payés ?

L'indemnité acquise avant la reprise est due par l'ancien employeur et garantie par l'AGS. Le repreneur n'en est pas responsable.

Informations juridiques

  • Numéro: 21-19.764
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 novembre 2023

Mots-clés

congés payésprocédure collectiveAGSindemnité compensatriceCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Salarié d'une entreprise en liquidation à Bron

Vous travaillez dans une agence immobilière à Bron. L'entreprise est placée en liquidation judiciaire. Vous avez 25 jours de congés non pris. L'AGS refuse de payer car vous n'avez pas demandé vos congés.

Application pratique:

Grâce à cette décision, vous pouvez exiger le paiement de l'indemnité compensatrice par l'AGS. Déclarez votre créance au mandataire judiciaire dans les deux mois. Conservez vos bulletins de paie pour prouver vos droits.

2

Repreneur d'une société de nettoyage à Sainte-Foy-lès-Lyon

Vous rachetez une société de nettoyage en plan de cession. Les salariés ont des congés non pris chez l'ancien employeur. L'AGS vous réclame le paiement de ces indemnités.

Application pratique:

Vous n'êtes pas tenu de payer ces indemnités. Elles sont des créances antérieures à la reprise, à la charge de l'ancien employeur et de l'AGS. Répondez à l'AGS en invoquant cet arrêt.

3

Employeur en redressement judiciaire à Lyon

Vous êtes dirigeant d'une PME à Lyon. Vous êtes en redressement judiciaire. Vous devez déclarer au passif les indemnités de congés payés de vos salariés, même s'ils n'ont pas pris leurs congés.

Application pratique:

N'oubliez pas de déclarer ces créances au mandataire judiciaire. Sous peine de devoir les payer sur vos deniers personnels. Cet arrêt confirme que l'AGS les garantit, mais seulement si elles sont déclarées.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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