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Indivision et droit de préemption : quand un coïndivisaire peut renoncer à vendre
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Indivision et droit de préemption : quand un coïndivisaire peut renoncer à vendre

📅 Décision du 09 février 2011⚖️ Cour de cassation👁️ 17 vues📖 9 min de lecture

Un indivisaire qui notifie son intention de vendre ses droits à ses coïndivisaires n'est pas obligé de conclure la vente si l'un d'eux exerce son droit de préemption. La Cour de cassation précise que cette notification n'est qu'une offre préalable, révocable tant que le vendeur n'a pas accepté définitivement.

Décision de référence : cc • N° 10-10.759 • 2011-02-09 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire avec votre sœur d'un appartement hérité de vos parents, situé à Boulogne-Billancourt. Vous souhaitez vendre votre part pour financer un nouveau projet. Vous notifiez donc votre intention à votre sœur, qui bénéficie d'un droit de préemption (c'est-à-dire la possibilité d'acheter vos droits en priorité). Elle vous répond qu'elle exerce ce droit. Mais vous changez d'avis : finalement, vous ne voulez plus vendre. Le pouvez-vous ? La question semble simple, mais le droit de l'indivision est complexe. Cette décision de la Cour de cassation du 9 février 2011 apporte une réponse claire : oui, vous pouvez renoncer à votre projet de cession, même si votre coïndivisaire a déjà manifesté sa volonté d'acheter. Explications.

Cette affaire illustre un piège fréquent dans les Droit de préemption : quelle date retenir pour calculer l'indemnité d'expropriation ?">successions et les copropriétés : la confusion entre une simple notification d'intention et une offre ferme de vente. Beaucoup pensent qu'annoncer son souhait de vendre équivaut à s'engager irrévocablement. Mais la loi est plus subtile. L'Droit de préemption urbain : que faire si le vendeur refuse mon prix ?">article 815-14 du Code civil impose certes d'informer les coïndivisaires avant de céder ses droits à un étranger, mais cette notification n'a pas la même portée qu'une offre définitive. La Cour de cassation le rappelle ici avec force.

Que vous soyez propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier, cette décision a des conséquences concrètes. Elle sécurise celui qui hésite encore, mais peut frustrer celui qui espérait acquérir rapidement. Décryptage complet.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire débute dans une indivision familiale. Plusieurs personnes héritent ensemble d'un bien immobilier. L'un des indivisaires, que nous appellerons M. X, décide de vendre sa quote-part. Conformément à la loi, il notifie son intention à ses coïndivisaires, leur offrant ainsi la possibilité d'exercer leur droit de préemption (article 815-14 du Code civil). Le délai légal pour répondre est de deux mois. L'un des coïndivisaires, Mme Y, répond dans les temps qu'elle souhaite acquérir les droits de M. X.

Mais entre-temps, M. X change d'avis. Il ne veut plus vendre, que ce soit à Mme Y ou à quiconque. Il informe donc sa coïndivisaire qu'il retire son offre. Mme Y, qui s'était déjà organisée financièrement, conteste ce revirement. Elle saisit le tribunal de grande instance de Paris pour faire reconnaître que la notification valait offre de vente et que son acceptation avait formé un contrat définitif. Elle demande donc l'exécution forcée de la vente, c'est-à-dire que M. X soit contraint de lui céder ses parts au prix initialement annoncé.

Le tribunal de grande instance de Paris donne raison à Mme Y, estimant que la notification était une offre ferme et que l'acceptation avait scellé l'accord. M. X fait appel. La cour d'appel de Paris, dans un arrêt du 1er décembre 2009, infirme le jugement : elle considère que la notification n'est qu'une information préalable, révocable tant que le vendeur n'a pas accepté définitivement l'offre de son coïndivisaire. Mme Y se pourvoit alors en cassation. La Cour de cassation, par un arrêt de la 1re chambre civile du 9 février 2011, rejette son pourvoi et confirme l'arrêt d'appel. La notification ne vaut pas offre de vente, et l'indivisaire peut renoncer à son projet malgré la manifestation de volonté d'un autre indivisaire d'exercer son droit de préemption.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre la décision, il faut revenir au texte de base : l'article 815-14 du Code civil. Cet article impose à tout indivisaire qui souhaite céder ses droits à un tiers de notifier son projet aux autres indivisaires. Ceux-ci disposent alors d'un délai de deux mois pour exercer leur droit de préemption, c'est-à-dire pour se porter acquéreurs aux conditions notifiées. Mais la loi ne précise pas si cette notification constitue une offre de vente irrévocable ou une simple information.

La Cour de cassation tranche : il s'agit d'une simple information, d'un "projet" de cession. undefined, l'indivisaire notifie son intention, mais il n'est pas encore engagé. Il peut donc changer d'avis tant que l'acceptation du coïndivisaire n'a pas été suivie d'un accord définitif. En l'espèce, M. X avait notifié son intention, mais il n'avait jamais accepté l'offre de Mme Y. Il était donc libre de renoncer.

La Cour s'appuie sur la lettre de l'article 815-14 qui parle de "projet de cession" et d'"intention de céder", et non d'"offre de vente". Elle distingue également le mécanisme du droit de préemption de l'offre de vente classique. Dans une offre de vente, l'offrant est lié dès que l'acceptation parvient à sa connaissance. Mais ici, le législateur a voulu protéger l'indivisaire vendeur en lui permettant de tester le marché auprès de ses coïndivisaires avant de s'engager définitivement. undefined, c'est que cette notification sert aussi à informer les coïndivisaires pour qu'ils puissent éventuellement trouver un acquéreur extérieur ensemble, ou racheter les parts à un prix équitable.

La décision est donc une confirmation de la jurisprudence antérieure, et non un revirement. Elle s'inscrit dans une ligne protectrice de la liberté contractuelle : nul ne peut être contraint de vendre s'il n'a pas manifesté clairement son accord définitif. Les juges du fond avaient d'ailleurs relevé que M. X avait notifié son projet sous la condition implicite qu'il n'avait pas encore trouvé d'acquéreur définitif. undefined la notification n'est qu'une étape préparatoire.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire indivisaire qui veut vendre : vous pouvez notifier votre intention à vos coïndivisaires sans craindre d'être bloqué. Si l'un d'eux exerce son droit de préemption, vous avez le droit de dire non et de retirer votre projet. Attention toutefois : si vous avez déjà accepté son offre de manière claire et sans réserve, le contrat est formé. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un email ambigu a été considéré comme une acceptation. Soyez donc prudent dans vos échanges.

Pour le coïndivisaire qui veut acheter : vous ne pouvez pas forcer la vente si le vendeur se rétracte avant d'avoir accepté votre offre. Vous avez dépensé de l'argent en diagnostics ou en frais de notaire ? Vous risquez de les perdre si la vente n'aboutit pas. Pour vous protéger, demandez au vendeur de confirmer par écrit qu'il accepte votre offre de préemption, et faites établir un compromis de vente dès que possible.

Exemple concret à Évry : Mme D. est propriétaire d'un tiers d'une maison avec son frère. Elle notifie son intention de vendre sa part à son frère. Celui-ci accepte et contracte un prêt. Mais Mme D. trouve finalement un acquéreur extérieur offrant un prix plus élevé. Elle peut-elle se rétracter ? Oui, selon cette jurisprudence, tant qu'elle n'a pas formellement accepté l'offre de son frère. Mais attention : si elle a signé un compromis avec le frère, elle est engagée.

Pour le professionnel de l'immobilier : vous devez conseiller à vos clients vendeurs en indivision de ne pas considérer la notification comme un engagement définitif. À l'inverse, conseillez aux acheteurs potentiels de sécuriser leur position par un acte écrit et une acceptation sans condition.

Pour le locataire : vous n'êtes pas directement concerné, mais si votre bailleur est en indivision, sachez que la vente de ses droits peut être retardée ou annulée si l'un des coïndivisaires change d'avis.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Notifiez par lettre recommandée avec accusé de réception : l'article 815-14 exige une notification écrite. Utilisez un mode de preuve solide. Dans votre lettre, précisez qu'il s'agit d'un "projet de cession" et non d'une "offre de vente" pour éviter toute confusion.
  • Fixez un délai de réponse et une date de validité de votre offre : même si la loi prévoit deux mois, vous pouvez indiquer que votre projet est valable jusqu'à une certaine date. Passé ce délai, vous êtes libre de retirer votre offre.
  • Ne révélez pas le nom de l'acquéreur potentiel avant d'avoir accepté l'offre de votre coïndivisaire : cela pourrait créer une pression ou des conflits. Attendez d'être sûr de votre décision.
  • Consultez un avocat avant de notifier : chaque situation est unique. Un professionnel vous aidera à rédiger la notification et à éviter les pièges juridiques. Une consultation de 30 minutes peut vous éviter des mois de procédure.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une série d'arrêts de la Cour de cassation précisant les contours du droit de préemption en indivision. Par exemple, dans un arrêt du 14 janvier 2009 (n° 07-21.009), la Cour avait jugé que la notification faite par un indivisaire ne vaut pas offre de vente, mais constitue une simple information. La présente décision confirme cette approche.

En revanche, la Cour a également précisé que si l'indivisaire notifie un prix et des conditions précises et que le coïndivisaire accepte sans réserve, le contrat peut être formé si le vendeur ne se rétracte pas avant l'acceptation. Mais la rétractation reste possible tant que l'acceptation n'est pas parvenue. La tendance est donc protectrice du vendeur, mais elle exige une vigilance accrue de la part de l'acquéreur potentiel.

Pour l'avenir, il est possible que le législateur intervienne pour clarifier le régime, mais en l'état, la jurisprudence est stable. Les tribunaux de première instance (comme ceux de Bobigny ou d'Évry) appliquent cette règle de manière constante.

Checklist avant d'agir

FAQ : 4 questions essentielles

  • Puis-je me rétracter après avoir notifié mon intention de vendre ? Oui, tant que vous n'avez pas accepté l'offre de votre coïndivisaire de manière claire et définitive.
  • Que faire si mon coïndivisaire se rétracte ? Vous ne pouvez pas le forcer à vendre. Vous pouvez seulement demander des dommages et intérêts si vous prouvez un préjudice (ex : frais de diagnostic perdus).
  • Dois-je notifier même si je veux vendre à un coïndivisaire ? Non, le droit de préemption ne s'applique pas entre coïndivisaires. La notification n'est nécessaire que si vous voulez vendre à un tiers.
  • Quels sont les délais à respecter ? Vous devez notifier votre projet au moins deux mois avant la vente à un tiers. Le coïndivisaire a deux mois pour exercer son droit de préemption.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je me rétracter après avoir notifié mon intention de vendre mes droits indivis ?

Oui, selon la Cour de cassation, tant que vous n'avez pas clairement accepté l'offre de votre coïndivisaire. La notification n'est qu'un projet révocable.

Que faire si mon coïndivisaire se rétracte après que j'ai exercé mon droit de préemption ?

Vous ne pouvez pas exiger la vente. Vous pouvez seulement réclamer des dommages et intérêts si vous prouvez un préjudice (frais engagés, etc.).

Quels délais pour exercer le droit de préemption en indivision ?

Le coïndivisaire dispose de deux mois à compter de la notification pour accepter. Passé ce délai, le vendeur est libre de vendre à un tiers.

Dois-je notifier mon projet si je vends à un coïndivisaire ?

Non, le droit de préemption ne s'applique pas entre coïndivisaires. La notification n'est nécessaire que pour une vente à un tiers.

Comment sécuriser mon acceptation du droit de préemption ?

Faites accepter l'offre par écrit (email, lettre) et demandez une confirmation du vendeur. Un compromis de vente signé est la meilleure protection.

Informations juridiques

  • Numéro: 10-10.759
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 09 février 2011

Mots-clés

indivisiondroit de préemptionnotificationcession de droitsCour de cassation 2011article 815-14

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire indivisaire qui change d'avis

M. X, propriétaire d'un tiers d'un appartement à Boulogne-Billancourt, notifie son intention de vendre à sa sœur. Celle-ci accepte, mais M. X trouve un meilleur prix ailleurs.

Application pratique:

M. X peut se rétracter car la notification n'est pas une offre ferme. Il doit toutefois éviter toute acceptation écrite de l'offre de sa sœur. Il est conseillé de consulter un avocat avant de notifier.

2

Coïndivisaire acheteur qui prépare son financement

Mme Y, à Évry, reçoit une notification de son frère pour vendre sa part. Elle contracte un prêt et paie des diagnostics. Son frère se rétracte.

Application pratique:

Mme Y ne peut pas forcer la vente. Elle peut demander des dommages et intérêts pour les frais engagés. Pour se protéger, elle aurait dû obtenir un engagement écrit ferme du vendeur.

3

Agent immobilier conseillant des indivisaires

Un agent immobilier à Paris conseille des frères et sœurs en indivision. L'un veut vendre, l'autre veut acheter.

Application pratique:

L'agent doit expliquer que la notification n'engage pas définitivement le vendeur. Il recommande de formaliser l'accord par un compromis dès que possible pour sécuriser la transaction.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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