Indivision successorale : le partage peut toujours être provoqué, clause testamentaire ou pas
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Indivision successorale : le partage peut toujours être provoqué, clause testamentaire ou pas

📅 Décision du 05 janvier 1977⚖️ Cour de cassation👁️ 2 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'aucune clause testamentaire ne peut empêcher un héritier de demander le partage de l'indivision. Une décision qui protège les droits des cohéritiers face aux volontés contraires du défunt.

Décision de référence : cc • N° 75-15.199 • 1977-01-05 • Consulter la décision →

Dans un arrêt du 5 janvier 1977, la Cour de cassation a rappelé avec force un principe essentiel du droit des successions : nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision, même si le défunt a tenté de l'interdire par testament. En l'espèce, un père était décédé en laissant un immeuble à ses trois enfants ; le testament comportait une clause accordant un bail au fils et interdisant aux deux filles de demander la licitation. Les héritières ont saisi les tribunaux, et la Haute juridiction a censuré la décision de la cour d'appel qui avait cru pouvoir faire prévaloir la clause testamentaire.

Le principe est fondamental : nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision (article 815 du Code civil). Cela signifie que tout héritier peut, à tout moment, demander le partage des biens successoraux. Même si le défunt a tenté d'interdire cette possibilité dans son testament, cette clause est nulle. Pourquoi ? Parce que le droit de sortir de l'indivision est un droit essentiel, d'ordre public. On ne peut y renoncer par avance.

Dans cette affaire, un père décède en laissant trois enfants : deux filles et un fils. Le testament prévoyait que le bail verbal consenti au fils serait transformé en bail enregistré, d'une durée assez longue, et que les deux sœurs ne pourraient pas demander la licitation de l'immeuble. Mais ces dernières ont quand même saisi le tribunal pour obtenir le partage. La cour d'appel a refusé, en se fondant sur la clause testamentaire. La Cour de cassation a cassé cette décision : la clause était contraire à l'article 815, elle ne pouvait pas empêcher le partage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Au décès de M. Y., le 28 avril 1965, ses trois enfants se retrouvent en indivision sur un immeuble. Le fils occupait déjà les lieux du vivant de son père, en vertu d'un bail verbal. Le testament du défunt contenait une clause : ce bail verbal devait être transformé en un bail enregistré d'une durée déterminée, et les deux filles ne pourraient pas réclamer la vente du bien. En clair, le père voulait que son fils reste dans les lieux aussi longtemps que possible, et que ses filles ne puissent pas le déloger.

Les sœurs n'ont pas accepté cette situation. En décembre 1968, elles ont assigné leur frère en justice pour demander la licitation de l'immeuble et le partage du prix. Elles estimaient que la clause testamentaire était nulle et qu'elles avaient le droit de sortir de l'indivision. Le frère, lui, soutenait que la volonté du père devait être respectée et que le bail devait courir.

Le tribunal de première instance a donné partiellement raison aux sœurs, mais la cour d'appel de Reims a infirmé ce jugement. Les magistrats ont estimé que la clause testamentaire était valable et que les sœurs ne pouvaient pas demander la licitation tant que le bail n'était pas expiré. Les héritières se sont alors pourvues en cassation. La Haute juridiction a tranché en leur faveur, rappelant que l'article 815 du Code civil est impératif : aucune clause, même testamentaire, ne peut faire obstacle au droit de provoquer le partage.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article 815 du Code civil, qui dispose que « nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué, nonobstant prohibitions et conventions contraires ». Ce texte est d'ordre public : il protège la liberté individuelle de chaque cohéritier. Le législateur a voulu éviter qu'une personne soit prisonnière d'une situation d'indivision contre son gré.

En l'espèce, la cour d'appel avait refusé de faire droit à la demande des sœurs en se fondant sur la clause du testament qui instituait un bail au profit du fils. Mais la Cour de cassation a jugé que cette clause était précisément une « prohibition contraire » au sens de l'article 815. Peu importe que le testament exprime la volonté du défunt : cette volonté ne peut pas aller à l'encontre d'un droit fondamental du Code civil. La décision de la cour d'appel est donc cassée.

Ce raisonnement n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une jurisprudence constante qui protège le droit de sortie de l'indivision. Les juges considèrent que les conventions d'indivision (comme les baux ou les clauses de non-partage) sont valables, mais seulement si elles sont temporaires et librement consenties après l'ouverture de la succession. Un testament ne peut pas imposer une indivision perpétuelle. La solution est logique : le droit de propriété inclut le droit de disposer de son bien. Forcer un héritier à rester en indivision, c'est porter atteinte à son droit de propriété.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des conséquences pratiques importantes pour les héritiers en indivision. Si vous êtes propriétaire d'un bien en indivision, vous pouvez à tout moment demander le partage, même si le défunt a tenté de l'interdire dans son testament. Concrètement, cela signifie que vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour demander soit le partage amiable (avec accord de tous), soit la licitation (vente aux enchères) si les autres refusent.

La procédure peut prendre plusieurs mois et engendrer des frais, mais elle permet de débloquer une situation d'indivision subie. L'essentiel est de savoir que la volonté testamentaire contraire ne vous prive pas de ce droit.

Pour les locataires, attention : si vous êtes locataire d'un bien en indivision, vous n'êtes pas protégé par cette jurisprudence. Le bail peut être remis en cause si le partage aboutit à une vente. Le locataire peut se voir opposer un congé pour vente (délai de 6 mois avant la fin du bail). Mais le juge peut aussi maintenir le bail si l'acquéreur est un cohéritier qui souhaite continuer la location.

Enfin, les professionnels de l'immobilier (notaires, agents) doivent être vigilants : lorsqu'ils rédigent des testaments ou des actes de partage, ils doivent rappeler aux clients que les clauses interdisant le partage sont nulles. Il est possible de prévoir une indivision conventionnelle (avec une durée limitée, par exemple 5 ans), mais à condition que tous les héritiers y consentent après le décès.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • N'insérez pas de clause d'interdiction de partage dans votre testament. Elle serait nulle et pourrait créer des conflits inutiles entre vos héritiers. Si vous voulez protéger un enfant qui occupe le bien, optez pour un droit d'usage et d'habitation (article 625 du Code civil) ou un bail à loyer consenti après le décès.
  • Si vous êtes en indivision et que vous voulez sortir, commencez par une négociation amiable. Proposez à vos cohéritiers un rachat de leurs parts ou une vente à l'amiable. Une solution négociée coûte moins cher et préserve les relations familiales. À défaut, vous pouvez demander la licitation.
  • Conservez tous les documents relatifs à la succession : testament, acte de notoriété, état liquidatif. Ils vous seront utiles pour prouver votre qualité d'héritier et la consistance de l'indivision.
  • Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier avant d'engager une action. Il pourra vous conseiller sur la stratégie à adopter et évaluer les chances de succès d'un partage judiciaire.

Questions fréquentes

Puis-je demander le partage d'un bien indivis si le testament du défunt l'interdit ?

Oui, absolument. L'article 815 du Code civil prévoit que le partage peut toujours être provoqué, malgré toute clause contraire, même testamentaire. La clause est nulle.

Que faire si mes cohéritiers refusent de vendre un bien indivis ?

Vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour demander la licitation (vente aux enchères) du bien. Le juge ordonnera la vente si le bien n'est pas partageable en nature. Mais essayez d'abord une solution amiable.

Quels sont les délais et les coûts d'une procédure de partage judiciaire ?

La procédure dure en moyenne 6 à 18 mois. Les frais comprennent les honoraires d'avocat (2 000 à 5 000 €), les frais d'expertise et de notaire. La licitation entraîne des frais de publicité et de vente aux enchères.

Un bail consenti par le défunt à un héritier peut-il empêcher le partage ?

Non, le bail ne fait pas obstacle au partage. Le locataire (héritier ou non) peut être expulsé si le bien est vendu, sauf si l'acquéreur maintient le bail. Le bail est résilié de plein droit en cas de licitation.

Puis-je renoncer à mon droit de demander le partage ?

Vous pouvez renoncer temporairement, par une convention d'indivision, mais seulement après l'ouverture de la succession et pour une durée maximale de 5 ans. Une renonciation anticipée dans un testament est nulle.

Informations juridiques

  • Numéro: 75-15.199
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 05 janvier 1977

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Héritier bloqué par une clause testamentaire à Romilly-sur-Seine

Un client hérite d'une maison à Romilly-sur-Seine avec ses deux frères. Le testament contient une clause interdisant la vente pendant 10 ans. Le client souhaite vendre sa part.

Application pratique:

La clause est nulle. Le client peut demander le partage judiciaire. Il doit rassembler les documents successoraux, estimer le bien, et tenter un rachat amiable. En cas d'échec, saisir le tribunal judiciaire de Troyes pour licitation.

2

Locataire d'un bien indivis menacé d'expulsion à Bar-sur-Seine

Un locataire occupe un appartement à Bar-sur-Seine appartenant à une indivision successorale. Les héritiers se disputent et l'un d'eux demande la licitation.

Application pratique:

Le locataire peut être expulsé si le bien est vendu à un tiers. Il a droit à un préavis de 6 mois si le congé est donné pour vente. Il peut aussi tenter de racheter le bien ou de négocier un nouveau bail avec l'acquéreur.

3

Notaire confronté à une clause testamentaire litigieuse

Un notaire doit instrumenter un testament contenant une clause interdisant le partage de l'indivision. Il s'interroge sur sa validité.

Application pratique:

Le notaire doit informer le testateur que cette clause est nulle. Il peut proposer des alternatives comme un droit d'usage et d'habitation ou une indivision conventionnelle après le décès. Il doit refuser d'inclure la clause dans l'acte.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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