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L'extinction de l'hypothèque sur bail emphytéotique renouvelé par acte distinct
Droit Immobilier

L'extinction de l'hypothèque sur bail emphytéotique renouvelé par acte distinct

📅 Décision du 07 octobre 2009⚖️ Cour de cassation👁️ 12 vues📖 4 min de lecture

L'extinction de l'hypothèque sur bail emphytéotique renouvelé par acte distinct

Hypothèque sur bail emphytéotique : pourquoi elle s'éteint à l'expiration du bail

Lorsqu'un bail emphytéotique arrive à son terme, l'hypothèque qui y était inscrite s'éteint automatiquement, même si un nouveau bail est conclu sur le même bien avec le même preneur : le créancier hypothécaire perd sa sûreté s'il ne l'a pas renouvelée sur le nouveau contrat.

La situation

Un bien avait fait l'objet de deux baux emphytéotiques successifs. Un créancier avait inscrit son hypothèque sous l'empire du premier bail. À l'expiration de celui-ci, un second bail emphytéotique avait été conclu. Le créancier a alors cherché à poursuivre la saisie immobilière et à obtenir la vente sur surenchère en se fondant sur son inscription initiale.

La cour d'appel avait fait droit à sa demande, estimant que le second bail ne faisait que poursuivre la relation contractuelle née du premier bail, désormais expiré. Autrement dit, les juges d'appel avaient considéré qu'il s'agissait d'une forme de continuité contractuelle justifiant le maintien de la garantie.

La Cour de cassation (chambre commerciale, 7 octobre 2009, n° 08-14.962) a censuré ce raisonnement. Elle a jugé que l'hypothèque inscrite sur un bail emphytéotique disparaît à l'expiration de ce bail, et que les juges du fond avaient eux-mêmes constaté que le second bail constituait un nouveau bail distinct du premier. Dans ces conditions, la cour d'appel ne pouvait pas ordonner la vente sur surenchère au profit de ce créancier : sa sûreté n'existait plus.

Ce que dit la loi

Le bail emphytéotique confère au preneur (l'emphytéote) un droit réel immobilier, qui peut être hypothéqué pendant la durée du bail. Mais ce droit réel est par nature temporaire : il est indexé sur la durée du contrat. L'hypothèque qui le grève suit le même sort — elle ne peut pas survivre à l'extinction du droit sur lequel elle est assise.

Lorsque le bail expire, le droit réel de l'emphytéote disparaît, et avec lui l'hypothèque inscrite à son profit. La conclusion d'un nouveau bail, même avec le même preneur et sur le même bien, ne fait pas revivre l'ancienne garantie. Il s'agit juridiquement d'un contrat distinct, support d'un droit réel nouveau, sur lequel aucune hypothèque n'a été inscrite.

Ce principe protège la cohérence du système des sûretés réelles : une hypothèque ne peut porter que sur un droit existant et identifié. Un créancier négligent, qui ne vérifie pas la pérennité de son assiette, ne peut pas se prévaloir d'une continuité fictive pour sauver sa garantie.

Points à retenir

  • L'hypothèque sur un bail emphytéotique s'éteint automatiquement à l'expiration du bail, sans formalité particulière.
  • Un nouveau bail conclu après l'expiration du précédent constitue un contrat distinct, même s'il porte sur le même bien et le même preneur.
  • Le créancier doit faire inscrire une nouvelle hypothèque sur le nouveau bail s'il veut conserver sa garantie — l'ancienne inscription ne se transpose pas.
  • En matière de saisie immobilière, le juge doit vérifier que l'assiette de l'hypothèque invoquée existe toujours au moment de la procédure.
  • Les praticiens doivent être vigilants lors du renouvellement ou de la succession de baux emphytéotiques pour sécuriser leurs sûretés.

FAQ

Un créancier peut-il se prévaloir d'une hypothèque inscrite sur un bail emphytéotique expiré ?

Non. Dès l'expiration du bail, l'hypothèque s'éteint avec le droit réel qu'elle garantissait. Le créancier ne peut plus l'invoquer, même dans le cadre d'une procédure de saisie immobilière déjà engagée.

Le renouvellement du bail emphytéotique permet-il de maintenir l'hypothèque initiale ?

Non, sauf si le nouveau contrat est juridiquement qualifié de simple prorogation du bail initial. Dès lors que les juges constatent qu'il s'agit d'un nouveau bail distinct, l'ancienne hypothèque ne se reporte pas automatiquement sur ce nouveau contrat.

Comment un créancier peut-il sécuriser sa garantie en cas de succession de baux emphytéotiques ?

Il doit anticiper l'échéance du bail en cours et faire inscrire, dès la conclusion du nouveau bail, une hypothèque sur ce nouveau droit réel. Un accompagnement juridique est recommandé pour vérifier la nature exacte du contrat (renouvellement vs nouveau bail) et éviter toute déconvenue lors d'une procédure de recouvrement.

Pour sécuriser une garantie hypothécaire sur un bail emphytéotique ou être accompagné dans une procédure de saisie immobilière, le cabinet de Me Cécile Zakine, avocate en droit immobilier à Antibes, vous conseille et défend vos intérêts. Consultez le cabinet d'avocat en droit immobilier à Antibes →

Informations juridiques

  • Numéro: 08-14.962
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 octobre 2009

Mots-clés

droit immobilierjurisprudenceimmobilier

Cas d'usage pratiques

1

Créancier hypothécaire face au renouvellement d'un bail emphytéotique

Une banque a inscrit une hypothèque en 2010 sur les droits d'un preneur titulaire d'un bail emphytéotique de 18 ans portant sur un terrain à Bordeaux, en garantie d'un prêt de 300 000 €. Le bail arrive à expiration en 2028 et un second bail emphytéotique distinct est signé avec le même preneur pour une nouvelle durée de 25 ans.

Application pratique:

Selon l'arrêt de la Cour de cassation du 7 octobre 2009 (n° 08-14.962), l'hypothèque inscrite sous l'empire du premier bail disparaît à l'expiration de celui-ci et ne se reporte pas automatiquement sur le second bail, même si la relation contractuelle semble se poursuivre avec le même locataire. La banque doit donc impérativement faire réinscrire une nouvelle hypothèque dès la signature du second bail, sans attendre, sous peine de perdre toute garantie réelle en cas de vente forcée. Elle doit aussi vérifier au registre foncier si le second bail est juridiquement qualifié de nouveau bail distinct ou de simple prorogation, ce point étant déterminant pour la validité de sa sûreté.

2

Propriétaire de terrain consentant deux baux emphytéotiques successifs

Un propriétaire foncier à Toulouse a consenti un premier bail emphytéotique de 30 ans à une société en 1995, puis a signé un nouveau bail avec la même société en 2025 pour l'exploitation d'un site commercial, sans mentionner explicitement s'il s'agit d'un renouvellement ou d'un nouveau contrat.

Application pratique:

Cette jurisprudence montre qu'il est essentiel de qualifier clairement, dans l'acte lui-même, si le second bail constitue un contrat entièrement nouveau ou la continuation du premier, car cette qualification détermine le sort des hypothèques inscrites par les créanciers du preneur. Le propriétaire doit faire rédiger l'acte par un notaire avec une clause explicite sur ce point, afin d'éviter tout litige ultérieur entre créanciers ou lors d'une éventuelle vente sur saisie. Il est également recommandé de consulter les inscriptions hypothécaires existantes avant de signer le second bail, pour anticiper les conséquences sur les droits des tiers.

3

Adjudicataire lors d'une vente sur surenchère d'un bien loué

Lors d'une procédure de saisie immobilière à Lyon, un acquéreur potentiel envisage de surenchérir sur un bien grevé de droits emphytéotiques ayant fait l'objet de deux baux successifs signés en 2005 et 2023, avec une hypothèque inscrite par un créancier dès 2007.

Application pratique:

Avant de surenchérir, l'acquéreur doit vérifier, à la lumière de cet arrêt de 2009, que la cour d'appel ou le juge de l'exécution a correctement distingué les deux baux : si le second bail est un nouveau bail distinct, l'hypothèque du créancier inscrite sous le premier bail a disparu et ne peut plus fonder la vente forcée à son profit. Il est conseillé de demander une expertise juridique de la chaîne des baux et des inscriptions hypothécaires avant l'audience d'adjudication, afin d'éviter d'acquérir un bien dont le titre pourrait être contesté après la vente. En cas de doute, l'acquéreur peut solliciter un rendez-vous avec un avocat spécialisé en droit immobilier pour sécuriser son opération avant de porter une surenchère.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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