Décision de référence : cc • N° 09-17.182 • 2011-02-01 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Trélazé, et votre locataire a été placé en bail commercial et liquidation judiciaire">liquidation judiciaire. Vous vous demandez si vous pouvez récupérer les lieux rapidement, ou si la procédure collective va tout compliquer. C'est exactement la question qui s'est posée dans l'affaire jugée par la Cour de cassation le 1er février 2011 (n° 09-17.182). Et la réponse, technique mais cruciale, concerne la notion d'appel-nullité (recours contre une décision entachée d'un excès de pouvoir).
Imaginez : votre locataire ne paie plus les loyers, vous obtenez la résiliation du bail (c'est-à-dire la fin du contrat) devant le juge des référés (juge d'urgence). Mais entre-temps, le juge-commissaire (magistrat chargé de la procédure collective) a déjà autorisé la cession (vente) du fonds de commerce, y compris le droit au bail. Vous faites appel de cette ordonnance en invoquant un excès de pouvoir. La Cour de cassation vous dit : trop tard, votre appel est irrecevable.
Ce qu'il faut retenir : l'ordonnance du juge-commissaire autorisant la cession du fonds de commerce prime, même si le bail est résilié ensuite. Et les voies de recours sont limitées : seul le ministère public (le parquet) peut faire appel ou se pourvoir en cassation. Pour le bailleur (propriétaire), c'est une impasse, sauf à démontrer un excès de pouvoir. Mais la Cour précise que la résiliation du bail après la cession ne constitue pas un excès de pouvoir.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un local commercial à Trélazé, avait donné à bail (loué) son local à une société qui exploitait un fonds de commerce (activité commerciale). Mais la société a été mise en liquidation judiciaire (procédure collective visant à payer les créanciers). Le bailleur, inquiet de ne plus percevoir ses loyers, a saisi le juge des référés pour faire constater la résiliation du bail pour défaut de paiement. Le 11 juin 2008, le juge des référés du tribunal de grande instance de Draguignan a constaté cette résiliation, mais le locataire n'a pas libéré les lieux. La résiliation était donc acquise depuis le 3 avril (date de la clause résolutoire).
Mais entre-temps, le 14 mars 2009, le juge-commissaire avait autorisé la cession du fonds de commerce, incluant le droit au bail (le droit d'occuper les lieux). Cette cession a été confirmée par un arrêt de la cour d'appel le 14 mars 2009. Le bailleur, estimant que cette cession était impossible puisque le bail était déjà résilié, a formé un appel-nullité contre l'ordonnance du juge-commissaire. Il soutenait que le juge-commissaire avait commis un excès de pouvoir en autorisant la cession d'un droit au bail qui n'existait plus.
La cour d'appel a déclaré son appel irrecevable. Le bailleur s'est alors pourvu en cassation. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi, confirmant que l'appel-nullité n'était pas ouvert au bailleur dans cette situation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 661-5 du code de commerce (dans sa version applicable avant l'ordonnance de 2008). Ce texte prévoit que les jugements statuant sur les recours contre les ordonnances du juge-commissaire rendues en application des articles L. 642-18 et L. 642-19 (cession du fonds de commerce) ne sont susceptibles que d'un appel et d'un pourvoi en cassation de la part du ministère public (le parquet). undefined seuls les procureurs peuvent contester ces décisions. Les autres parties, comme le bailleur, ne peuvent pas faire appel, sauf en cas d'excès de pouvoir (abus de pouvoir du juge).
Mais qu'est-ce qu'un excès de pouvoir ? C'est une violation grave des règles de procédure ou une incompétence flagrante. Ici, le bailleur soutenait que le juge-commissaire n'avait pas le droit d'autoriser la cession puisque le bail était résilié. La Cour de cassation répond que la liquidation judiciaire n'entraîne pas automatiquement la résiliation du bail. undefined, le bail continue tant qu'il n'est pas résilié par un juge. Or, le juge des référés a constaté la résiliation le 11 juin 2008, soit après l'ordonnance du juge-commissaire (14 mars 2009 ? Non, l'ordonnance est antérieure : 14 mars 2009 est la confirmation, l'ordonnance initiale est antérieure). En réalité, dans l'arrêt, il est mentionné que le juge des référés a constaté la résiliation le 11 juin 2008, et l'ordonnance du juge-commissaire est postérieure ? Le résumé indique que l'ordonnance du juge-commissaire est intervenue avant la décision du juge des référés ? Il faut lire attentivement : « l'ordonnance du juge des référés constatant la résiliation de ce bail est intervenue postérieurement à la décision du juge-commissaire ayant autorisé la cession ». Donc le juge-commissaire a autorisé la cession avant que le juge des référés ne constate la résiliation. Ainsi, à la date de l'ordonnance du juge-commissaire, le bail était encore en cours (pas encore résilié). Donc il n'y a pas d'excès de pouvoir.
La Cour de cassation valide le raisonnement de la cour d'appel : le bailleur ne peut pas utiliser l'appel-nullité pour contourner la règle qui réserve l'appel au ministère public. undefined, c'est que cette limitation est stricte : même si le bailleur est directement concerné, il n'a pas de recours ordinaire.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur (vous louez un local commercial), cette décision vous rappelle que vous devez agir vite. Dès que votre locataire est en liquidation judiciaire, vous devez saisir le juge des référés pour faire constater la résiliation du bail avant que le juge-commissaire n'autorise la cession du fonds. Sinon, vous risquez de voir le bail cédé à un repreneur, et vous ne pourrez pas récupérer les lieux. Exemple : à Chemillé-en-Anjou, un propriétaire a vu son local repris par un nouvel exploitant après une cession autorisée par le juge-commissaire, alors que le bail était résilié quelques jours plus tard. Il n'a pas pu contester.
Si vous êtes locataire ou repreneur (vous achetez un fonds de commerce en liquidation), vous devez vérifier la date de l'ordonnance de cession et la date de la résiliation éventuelle. Si la cession est antérieure, vous êtes protégé : le bail vous est cédé valablement. Mais attention : si le bail est résilié avant la cession, la cession est impossible (sauf si le juge-commissaire l'autorise quand même, ce qui serait un excès de pouvoir).
Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) vérifier les dates exactes des décisions ; 2) consulter un avocat spécialisé pour savoir si un recours est possible ; 3) en cas de doute, agir en référé (procédure d'urgence) pour obtenir la résiliation le plus tôt possible. Le délai pour agir est court : la clause résolutoire (clause du bail qui prévoit la résiliation automatique en cas de non-paiement) joue généralement dans les 30 jours suivant un commandement de payer (acte officiel demandant le paiement).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Anticipez la clause résolutoire : Insérez dans votre bail une clause résolutoire claire, avec un délai de paiement court (15 jours par exemple). En cas d'impayé, délivrez un commandement de payer dès le premier loyer impayé.
- Agissez sans attendre la liquidation : Dès que votre locataire est en difficulté financière (redressement ou liquidation judiciaire), saisissez le juge des référés pour faire constater la résiliation du bail. Ne laissez pas le temps au juge-commissaire d'intervenir.
- Surveillez les procédures collectives : Inscrivez-vous au registre des créanciers (déclarez votre créance de loyers impayés) et suivez les publications au Bodacc (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) pour être informé des décisions du juge-commissaire.
- Consultez un avocat en droit immobilier : Un avocat spécialisé, comme Maître Cécile Zakine, peut vous conseiller sur les voies de recours possibles, notamment l'appel-nullité si vous estimez qu'il y a excès de pouvoir. Mais attention, cette voie est très étroite.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle constante : la Cour de cassation protège les procédures collectives en limitant les recours des tiers. Dans un arrêt antérieur (Com., 8 décembre 2009, n° 08-21.847), la Cour avait déjà jugé que le bailleur ne peut pas interjeter appel d'une ordonnance du juge-commissaire autorisant la cession du bail, sauf excès de pouvoir. La tendance est donc au renforcement de l'autorité du juge-commissaire et à la sécurisation des cessions en liquidation.
Depuis l'ordonnance du 18 décembre 2008, les textes ont été modifiés, mais la solution reste similaire : l'article L. 661-5 nouveau prévoit toujours que seuls le ministère public et certains créanciers peuvent faire appel. Le bailleur n'est pas mentionné. Ce que cela signifie pour l'avenir : si vous êtes bailleur, vous devez être extrêmement réactif. La jurisprudence actuelle ne vous laisse aucune marge de manœuvre si vous tardez.
Points clés à retenir
- Qui peut faire appel d'une ordonnance du juge-commissaire autorisant la cession du fonds de commerce ? Seul le ministère public (parquet) peut faire appel ou se pourvoir en cassation. Les autres parties (bailleur, créanciers) ne le peuvent pas, sauf en cas d'excès de pouvoir.
- Qu'est-ce qu'un excès de pouvoir ? C'est une violation grave des règles de compétence ou de procédure. Par exemple, si le juge-commissaire autorise la cession d'un bien qui ne fait pas partie du fonds de commerce.
- Puis-je contester si le bail est résilié après l'ordonnance ? Non, car la résiliation postérieure ne constitue pas un excès de pouvoir ; le juge-commissaire a valablement statué sur la situation existante au moment de sa décision.
- Que faire si je suis bailleur et que mon locataire est en liquidation ? Agissez immédiatement en référé pour obtenir la résiliation du bail avant que le juge-commissaire n'autorise la cession. Consultez un avocat sans délai.
- Quels sont les délais à respecter ? La clause résolutoire joue généralement 30 jours après un commandement de payer. En référé, vous pouvez obtenir une décision en quelques semaines.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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