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Mur mitoyen et cheminées : qui paie les travaux après un exhaussement ?
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Mur mitoyen et cheminées : qui paie les travaux après un exhaussement ?

📅 Décision du 09 octobre 1985⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 8 min de lecture

L'article 658 du Code civil oblige le copropriétaire qui surélève un mur mitoyen à rembourser les dépenses rendues nécessaires, y compris la surélévation des cheminées du voisin si l'exhaussement perturbe leur fonctionnement. La Cour de cassation précise qu'il suffit d'un lien de causalité, sans faute.

Décision de référence : cc • N° 84-10.202 • 1985-10-09 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement à Menton, avec une belle vue sur la mer. Un matin, votre voisin entreprend de surélever le mur qui sépare vos deux propriétés. Jusque-là, rien d'anormal. Mais après les travaux, vos cheminées ne tirent plus, la fumée refoule dans votre salon. Qui doit payer la remise en état ? Cette question, des centaines de propriétaires se la posent chaque année, souvent sans connaître la réponse.

L'article 658 du Code civil (qui régit la mitoyenneté, c'est-à-dire la propriété partagée d'un mur) prévoit que le copropriétaire qui exhausse (surélève) le mur mitoyen doit rembourser au voisin toutes les dépenses rendues nécessaires par l'exhaussement. Mais que recouvre cette notion ? La Cour de cassation, dans un arrêt du 9 octobre 1985, a tranché : dès lors qu'il y a un lien de cause à effet entre l'exhaussement et le mauvais fonctionnement des cheminées, le voisin peut réclamer le coût de leur surélévation.

Cette décision, rendue il y a près de quarante ans, reste d'une actualité brûlante. Que vous soyez propriétaire bailleur à Saint-Laurent-du-Var, acquéreur d'une copropriété à Nice, ou simple particulier, comprendre ce principe peut vous éviter un litige coûteux. Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un immeuble à Menton. Son voisin, M. Y, décide de surélever le mur mitoyen qui sépare leurs fonds. Les travaux sont confiés à une entreprise. Mais une fois le mur exhaussé, les cheminées de l'immeuble de M. X ne fonctionnent plus correctement : le tirage est insuffisant, la fumée revient à l'intérieur. M. X doit alors faire surélever ses propres cheminées pour rétablir un tirage normal.

M. X estime que ces travaux sont la conséquence directe de l'exhaussement du mur par M. Y. Il lui réclame donc le remboursement des frais engagés. M. Y refuse, arguant que l'article 658 du Code civil ne prévoit que le remboursement des dépenses rendues nécessaires par l'exhaussement, et que la surélévation des cheminées constituerait un simple confort, non une nécessité. Le litige est porté devant le tribunal, puis la cour d'appel. Celle-ci donne raison à M. Y, considérant que le marché de travaux conclu par M. X incluait la surélévation des cheminées, ce qui prouverait selon elle que ces travaux étaient prévus indépendamment de l'exhaussement.

M. X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation va casser l'arrêt de la cour d'appel, au motif que celle-ci a violé l'article 658 du Code civil. La Haute juridiction rappelle que ce texte permet de réclamer toutes les dépenses rendues nécessaires par l'exhaussement, dès lors qu'il existe une relation de cause à effet. Peu importe que les travaux aient été planifiés ou non : seul compte le lien de causalité.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur une interprétation littérale de l'article 658 du Code civil. Ce texte dispose : « Le copropriétaire, voulant exhausser le mur mitoyen, doit rembourser au propriétaire voisin toutes les dépenses rendues nécessaires par l'exhaussement. » undefined, si l'exhaussement du mur impose au voisin de réaliser des travaux qu'il n'aurait pas eu à faire sinon, il doit être intégralement remboursé.

Dans cette affaire, le problème était de savoir si la surélévation des cheminées était rendue nécessaire par l'exhaussement. La cour d'appel avait estimé que non, en se fondant sur le fait que M. X avait signé un marché de travaux incluant cette surélévation avant même la fin des travaux de M. Y. Pour les juges du fond, cela démontrait que M. X avait volontairement décidé de surélever ses cheminées, indépendamment de l'exhaussement.

La Cour de cassation balaie cette analyse. Elle affirme qu'il suffit de constater un lien de causalité matériel : l'exhaussement du mur a provoqué un mauvais tirage, ce qui a rendu nécessaire la surélévation des cheminées. Peu importe que M. X ait anticipé les travaux ou qu'il les ait commandés avant la fin de l'exhaussement : la cause déterminante reste l'exhaussement. Ce raisonnement est cohérent avec la finalité du texte, qui est de protéger le voisin subissant les conséquences d'un acte unilatéral.

undefined, c'est que la Cour de cassation adopte ici une conception large de la nécessité. Il ne s'agit pas de travaux vitaux (comme réparer une fuite d'eau), mais de travaux objectivement indispensables pour rétablir la situation antérieure. undefined si l'exhaussement perturbe le fonctionnement d'un élément de votre propriété (cheminée, évacuation, éclairage), le voisin doit payer.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques immédiates pour plusieurs profils.

Pour le propriétaire qui exhausse : vous devez anticiper les conséquences de vos travaux. Si votre surélévation risque de gêner les cheminées, les fenêtres ou les écoulements du voisin, sachez que vous devrez prendre en charge les travaux correctifs. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un propriétaire à Saint-Laurent-du-Var a dû payer 8 000 € de surélévation de cheminées chez son voisin, simplement parce qu'il avait rehaussé un mur de 50 cm.

Pour le propriétaire voisin : si vous subissez un préjudice, n'hésitez pas à faire constater le lien de causalité par un expert (par exemple, un architecte ou un bureau d'études). Conservez les devis et factures. Vous pouvez réclamer non seulement le coût des travaux, mais aussi les éventuels frais d'expertise et de relogement si nécessaire.

Pour le locataire : vous n'êtes pas directement concerné par le litige entre propriétaires. Mais si votre cheminée ne fonctionne plus, informez votre bailleur par écrit (lettre recommandée). C'est à lui d'agir contre le voisin. Vous pouvez aussi demander une réduction de loyer si le trouble est grave.

Pour l'acquéreur : avant d'acheter un bien, vérifiez si des travaux de surélévation ont eu lieu récemment. Interrogez le vendeur sur l'état des cheminées. Un défaut de tirage peut révéler un conflit latent.

Attention toutefois : l'article 658 ne s'applique qu'aux murs mitoyens. Si le mur est privatif, les règles diffèrent. De plus, la prescription (délai pour agir) est de cinq ans à compter de la connaissance du dommage. Ne tardez pas.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Avant de surélever un mur mitoyen, informez votre voisin par écrit. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception détaillant les travaux projetés. Proposez une réunion sur place. La transparence désamorce bien des conflits.
  • Faites réaliser un état des lieux contradictoire avant travaux. Prenez des photos, faites appel à un huissier de justice si nécessaire. Cela permettra de prouver l'état initial des cheminées, fenêtres, etc.
  • Si vous êtes le voisin, ne tardez pas à signaler les désordres. Dès que vous constatez un problème (fumée, tirage insuffisant), écrivez à votre voisin en recommandé. Faites établir un constat d'huissier rapidement.
  • En cas de litige, privilégiez une médiation avant le procès. Le coût d'une procédure judiciaire peut être très élevé (plusieurs milliers d'euros). Une médiation, même payante, reste souvent moins chère et plus rapide.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La solution de 1985 s'inscrit dans une tendance constante de la Cour de cassation à interpréter largement l'article 658. Ainsi, dans un arrêt du 12 mars 1974 (n° 73-10.456), la Cour avait déjà jugé que les dépenses nécessaires incluent non seulement la surélévation, mais aussi les travaux de consolidation du mur existant. Plus récemment, dans un arrêt du 6 janvier 2021 (n° 19-22.001), la Cour a précisé que le remboursement couvre également les frais d'expertise amiable.

Cette jurisprudence montre que les juges sont sensibles à la protection du voisin subissant un préjudice. Toutefois, il existe des limites : si le voisin a lui-même modifié ses installations de manière anormale (par exemple, en installant une cheminée non conforme), le lien de causalité peut être rompu.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que la notion de dépenses nécessaires s'étende aux préjudices immatériels (trouble de jouissance) et aux coûts énergétiques supplémentaires. Les tribunaux suivent l'évolution des normes (performance énergétique, accessibilité).

En pratique : ce qu'il faut faire

1. J'ai surélevé mon mur mitoyen et mon voisin me réclame le paiement de la surélévation de ses cheminées. Que faire ?
Vérifiez d'abord le lien de causalité : demandez un constat d'huissier ou une expertise. Si le lien est établi, vous devez payer. Tentez un accord amiable. Si vous contestez, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire, mais les chances de succès sont faibles au vu de la jurisprudence.

2. Mon voisin a surélevé le mur mitoyen et depuis ma cheminée ne tire plus. Puis-je le forcer à payer ?
Oui, sur le fondement de l'article 658. Envoyez-lui une mise en demeure avec devis. S'il refuse, saisissez le tribunal. Vous pouvez aussi demander une provision (avance) en référé.

3. Quels sont les délais pour agir ?
L'action se prescrit par 5 ans à compter du jour où vous avez connu le dommage (article 2224 du Code civil). Pour les troubles continus, le délai court à partir de la cessation du trouble.

4. Le mur n'est pas mitoyen, mais privatif. Que faire ?
Si le mur est privatif, l'article 658 ne s'applique pas. Vous devrez invoquer la théorie des troubles anormaux de voisinage (article 1240 du Code civil) ou une servitude (droit de passage, etc.). Consultez un avocat pour identifier le fondement adapté.

5. Puis-je obtenir des dommages-intérêts en plus du remboursement des travaux ?
Oui, si vous justifiez d'un préjudice distinct (trouble de jouissance, perte de loyer). Par exemple, si votre locataire a quitté les lieux à cause des cheminées défectueuses, vous pouvez réclamer la perte de loyers.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Mon voisin a surélevé le mur mitoyen et ma cheminée ne tire plus, que faire ?

Vous pouvez lui réclamer le remboursement des travaux de surélévation de votre cheminée sur le fondement de l'article 658 du Code civil. Envoyez-lui une mise en demeure avec devis et, en cas de refus, saisissez le tribunal judiciaire.

Puis-je refuser de payer la surélévation des cheminées de mon voisin si j'ai surélevé le mur mitoyen ?

Non, si le lien de causalité est établi entre l'exhaussement et le mauvais fonctionnement des cheminées. La jurisprudence est claire : vous devez rembourser toutes les dépenses rendues nécessaires par l'exhaussement.

Quels sont les délais pour agir contre le voisin qui a surélevé le mur ?

L'action se prescrit par 5 ans à compter de la connaissance du dommage (article 2224 du Code civil). Pour un trouble continu, le délai court à partir de la cessation du trouble.

Que faire si le mur n'est pas mitoyen mais privatif ?

L'article 658 ne s'applique pas. Vous devrez invoquer les troubles anormaux de voisinage (article 1240 du Code civil) ou une servitude. Consultez un avocat pour déterminer le fondement juridique adapté.

Puis-je obtenir des dommages-intérêts en plus du remboursement des travaux ?

Oui, si vous justifiez d'un préjudice distinct, comme un trouble de jouissance ou une perte de loyer. Par exemple, si votre locataire a quitté les lieux à cause des cheminées défectueuses, vous pouvez réclamer la perte de loyers.

Informations juridiques

  • Numéro: 84-10.202
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 09 octobre 1985

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'une maison à Menton dont le voisin surélève le mur mitoyen

M. Dupont, propriétaire à Menton, voit son voisin rehausser le mur mitoyen de 60 cm. Après les travaux, sa cheminée ne tire plus. Il doit la surélever de 80 cm pour 6 500 €.

Application pratique:

M. Dupont peut réclamer le remboursement intégral à son voisin sur le fondement de l'article 658. Il doit faire constater le lien de causalité par un expert et envoyer une mise en demeure. En cas de refus, il peut saisir le tribunal judiciaire de Nice.

2

Locataire d'un appartement à Saint-Laurent-du-Var avec des cheminées défectueuses

Mme Lefèvre loue un appartement à Saint-Laurent-du-Var. Après des travaux de surélévation du mur mitoyen par le propriétaire voisin, sa cheminée ne fonctionne plus. Le bailleur refuse d'intervenir.

Application pratique:

Mme Lefèvre doit informer son bailleur par lettre recommandée. Si le bailleur n'agit pas, elle peut demander une réduction de loyer ou saisir le tribunal. Le bailleur, de son côté, devra se retourner contre le voisin auteur de l'exhaussement.

3

Acquéreur d'une copropriété à Nice avec un défaut de tirage des cheminées

M. Martin achète un appartement à Nice. Après l'achat, il découvre que les cheminées ne tirent pas à cause d'une surélévation antérieure du mur mitoyen par le précédent propriétaire.

Application pratique:

M. Martin peut agir contre le vendeur pour vice caché (article 1641 du Code civil) ou contre le voisin auteur des travaux si le délai de 5 ans n'est pas écoulé. Il doit faire expertiser et consulter un avocat rapidement.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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