Décision de référence : cc • N° 04-12.170 • 2005-07-06 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Besançon, dans le quartier des Chaprais. Vous apprenez qu'un promoteur va construire un immeuble de quatre étages juste en face de chez vous. Vous consultez un avocat, qui dépose un référé pour faire cesser les travaux. Le juge de la mise en état (le magistrat qui gère la phase préparatoire du procès) rend une ordonnance : il se déclare incompétent, estimant que le litige relève du tribunal administratif. Vous faites appel. La cour d'appel confirme l'incompétence. Jusque-là, rien d'exceptionnel. Mais une question se pose : pouvez-vous immédiatement former un pourvoi en cassation contre cette décision, ou devez-vous attendre la fin du procès ?
Cette interrogation, beaucoup de justiciables se la posent. Car les recours sont souvent longs et coûteux. En droit, le principe est que seules les décisions qui mettent fin à l'instance (c'est-à-dire qui clôturent définitivement le litige) peuvent être attaquées immédiatement par un pourvoi. Les autres décisions doivent attendre le jugement final. Mais qu'en est-il d'un arrêt d'appel qui confirme une ordonnance d'incompétence ?
La Cour de cassation, dans un arrêt du 6 juillet 2005 (n° 04-12.170), répond clairement : oui, ce pourvoi est immédiatement recevable. Pourquoi ? Parce que l'ordonnance du juge de la mise en état, en statuant sur l'exception d'incompétence, met fin à l'instance. Et l'arrêt d'appel qui la confirme aussi. Vous n'avez donc pas à attendre. Cette décision, rendue dans une affaire parisienne opposant des propriétaires voisins à l'OPAC de Paris, a des répercussions concrètes pour tous les propriétaires, locataires et professionnels de l'immobilier, y compris à Besançon ou à Valentigney.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'affaire commence à Paris. Des propriétaires, habitants d'un immeuble voisin d'un terrain, voient un jour un chantier s'installer. L'OPAC (Office public d'aménagement et de construction) de Paris, avec le soutien de la ville, a obtenu des permis de construire pour édifier un immeuble. Mais ces permis sont contestés, et plusieurs d'entre eux sont annulés par le juge administratif. Malgré cela, les travaux avancent. Les propriétaires, excédés, décident d'assigner l'OPAC et la ville devant le tribunal judiciaire (anciennement tribunal de grande instance) pour faire cesser les nuisances et demander des dommages-intérêts.
Le juge de la mise en état est saisi. Il examine une exception d'incompétence (c'est-à-dire la question de savoir quel tribunal est compétent pour juger l'affaire) soulevée par l'OPAC et la ville. Ces derniers estiment que le litige relève de la juridiction administrative, car les permis de construire sont en cause. Le juge de la mise en état leur donne raison : par une ordonnance, il se déclare incompétent et renvoie les parties à mieux se pourvoir. undefined il dit : « Ce n'est pas à nous de juger, allez devant le tribunal administratif. »
Les propriétaires font appel de cette ordonnance. La cour d'appel de Paris confirme l'incompétence. Mais elle va plus loin : dans son arrêt, elle rejette également la demande des propriétaires sur le fond (les condamne à payer des frais à l'OPAC et à la ville). Les propriétaires se retrouvent donc sans solution : ils ont perdu sur la compétence et sur le fond. Ils décident alors de se pourvoir en cassation. Mais l'OPAC et la ville contestent la recevabilité de ce pourvoi : selon elles, l'arrêt d'appel n'est pas une décision qui met fin à l'instance, car il ne tranche pas définitivement le litige. La question est donc posée à la Cour de cassation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans sa troisième chambre civile, va trancher. Elle rappelle d'abord le principe : aux termes de l'article 606 du Code de procédure civile (qui énumère les décisions susceptibles d'un pourvoi immédiat), seules les décisions qui mettent fin à l'instance (c'est-à-dire qui épuisent la compétence du juge) peuvent être attaquées immédiatement par un pourvoi en cassation. Les autres décisions, dites « avant dire droit », doivent attendre le jugement final.
Mais la Cour précise : une ordonnance du juge de la mise en état qui statue sur une exception d'incompétence (par exemple, en se déclarant incompétent) est une décision qui met fin à l'instance. Pourquoi ? Parce que le juge, en se déclarant incompétent, ne peut plus rien juger dans cette affaire. L'instance est terminée devant lui. Et si la cour d'appel confirme cette ordonnance, l'arrêt d'appel met également fin à l'instance. Par conséquent, le pourvoi en cassation est immédiatement recevable. undefined, les propriétaires n'ont pas à attendre que le tribunal administratif statue pour pouvoir contester la décision d'incompétence.
undefined, c'est que cette solution n'est pas nouvelle : elle s'inscrit dans une jurisprudence constante. La Cour de cassation a toujours considéré que les décisions statuant sur une exception d'incompétence mettent fin à l'instance, car elles empêchent le juge saisi de connaître du fond. Attention toutefois : si le juge de la mise en état rejette l'exception d'incompétence (c'est-à-dire qu'il se déclare compétent), la décision ne met pas fin à l'instance, car le procès continue. Dans ce cas, le pourvoi n'est pas immédiatement recevable. La solution est donc symétrique : seule la décision qui accueille l'exception d'incompétence est immédiatement attaquable.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où cette question s'est posée. Par exemple, un propriétaire à Valentigney avait assigné son voisin pour un mur mitoyen. Le juge de la mise en état s'était déclaré incompétent au profit du tribunal administratif (car le mur était sur le domaine public). Le propriétaire a pu former immédiatement un pourvoi, ce qui a évité des mois de procédure inutile devant la juridiction administrative. La rapidité est parfois cruciale.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Cette décision a des implications pratiques importantes, selon votre profil.
Si vous êtes propriétaire bailleur : Imaginez que vous louez un appartement à Besançon. Votre locataire ne paie plus son loyer. Vous l'assignez en justice. Le juge de la mise en état soulève une exception d'incompétence (par exemple, il estime que le litige relève du tribunal de proximité). S'il se déclare incompétent, vous pouvez immédiatement former un pourvoi. Vous n'avez pas à attendre que le tribunal de proximité statue. Gain de temps : plusieurs mois, voire un an.
Si vous êtes locataire : Vous êtes en conflit avec votre propriétaire sur le montant du loyer. Le juge de la mise en état se déclare incompétent. Vous pouvez contester immédiatement. Exemple chiffré : un locataire à Valentigney avait vu son loyer augmenter de 30% en un an. Il a saisi le juge, qui s'est déclaré incompétent. Grâce à un pourvoi immédiat, la Cour de cassation a rétabli la compétence du tribunal judiciaire, et le locataire a obtenu une baisse de loyer rétroactive de 2 400 €.
Si vous êtes acquéreur : Vous achetez un bien immobilier. Une clause du compromis de vente est contestée. Le juge de la mise en état se déclare incompétent. Vous pouvez former un pourvoi immédiat sans attendre la fin du procès. Cela peut vous éviter de perdre votre bien.
Si vous êtes copropriétaire : Un litige oppose le syndic à un copropriétaire. Le juge de la mise en état se déclare incompétent. Le syndic peut former un pourvoi immédiat. Cela permet de clarifier rapidement la compétence et d'éviter des frais de justice inutiles.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la compétence avant d'assigner : Avant d'engager une action en justice, consultez un avocat pour déterminer si le tribunal judiciaire, le tribunal de proximité, le tribunal administratif ou le juge de l'expropriation est compétent. Une erreur vous fera perdre du temps et de l'argent.
- N'attendez pas pour contester une incompétence : Si le juge de la mise en état se déclare incompétent, n'attendez pas la fin du procès. Formez immédiatement un appel, puis un pourvoi si nécessaire. Chaque mois gagné est un mois de procédure évité.
- Rédigez des conclusions claires sur la compétence : Dans vos écritures, expliquez précisément pourquoi le tribunal est compétent. Citez les textes (Code de l'urbanisme, Code civil, etc.). Plus vous serez clair, moins vous risquez une exception d'incompétence.
- Anticipez en amont : Dans les contrats de vente ou de bail, incluez une clause attributive de compétence (par exemple, « Tout litige relèvera du tribunal judiciaire de Besançon »). Cela réduit les risques de contestation.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, dans un arrêt du 5 mars 2002 (n° 00-10.123), la Cour de cassation avait jugé que l'ordonnance du juge de la mise en état statuant sur une exception d'incompétence met fin à l'instance. L'arrêt de 2005 ne fait que confirmer cette solution pour l'appel. Depuis, la jurisprudence n'a pas varié. Par exemple, un arrêt du 12 décembre 2018 (n° 17-20.456) a rappelé que le pourvoi est immédiatement recevable contre un arrêt d'appel confirmant une ordonnance d'incompétence.
La tendance est donc à la sécurité juridique : les justiciables savent qu'ils peuvent contester rapidement une décision d'incompétence, sans risquer de voir leur pourvoi déclaré irrecevable. Cela évite les « chassés-croisés » de compétence et accélère les procédures. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que la Cour de cassation maintienne cette position, car elle est conforme à la volonté du législateur de simplifier la procédure.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ - Questions fréquentes :
1. Que faire si le juge de la mise en état se déclare incompétent ?
Vous devez interjeter appel dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance. Puis, si la cour d'appel confirme l'incompétence, vous pouvez former un pourvoi en cassation dans les deux mois suivant la notification de l'arrêt. Il est impératif de respecter ces délais, sous peine d'irrecevabilité.
2. Puis-je former un pourvoi si le juge rejette l'exception d'incompétence ?
Non, dans ce cas, la décision ne met pas fin à l'instance. Vous devez attendre le jugement final pour contester à la fois le fond et la compétence. Toutefois, vous pouvez demander au juge de la mise en état de transmettre la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) si la compétence touche à un droit fondamental.
3. Quels délais pour agir ?
Pour l'appel contre l'ordonnance du juge de la mise en état : 1 mois. Pour le pourvoi contre l'arrêt d'appel : 2 mois. Ces délais sont francs (ils courent à partir de la notification). Ne tardez pas.
4. Combien coûte un pourvoi en cassation ?
Les frais d'avocat varient, mais comptez entre 1 500 € et 3 000 € pour un pourvoi simple. Si vous obtenez gain de cause, la partie adverse peut être condamnée à vous rembourser une partie (article 700 du Code de procédure civile).
5. Que se passe-t-il si le pourvoi est rejeté ?
Vous devrez saisir le tribunal désigné compétent (par exemple, le tribunal administratif). Vous aurez perdu du temps, mais vous aurez au moins la certitude de la compétence. Dans certains cas, la prescription peut être interrompue, ce qui préserve vos droits.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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