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Prescription de l'indemnité d'éviction : attention au délai de deux ans (Cass. civ. 3e, 5 sept. 2012)
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Prescription de l'indemnité d'éviction : attention au délai de deux ans (Cass. civ. 3e, 5 sept. 2012)

📅 Décision du 05 septembre 2012⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 7 min de lecture

Un arrêt de la Cour de cassation du 5 septembre 2012 rappelle que l'action en paiement de l'indemnité d'éviction du preneur à bail commercial est soumise à une prescription biennale, et que la loi de 2008 sur la prescription n'a pas modifié ce délai. Une fois le délai écoulé, toute action est irrecevable.

Décision de référence : cc • N° 11-19.200 • 2012-09-05 • Consulter la décision →

Imaginez la situation : vous êtes locataire d'un local commercial à La Chapelle-Saint-Luc, et votre bailleur vous donne congé pour vendre. Vous avez droit à une indemnité d'éviction, mais vous attendez quelques années avant d'agir. Erreur fatale : le délai de deux ans est passé, et vous perdez tout droit à indemnisation. C'est exactement ce qui est arrivé à la société Le Boulingrin, dans une affaire que la Cour de cassation a tranchée le 5 septembre 2012.

Cette décision est un rappel brutal pour tous les locataires commerciaux : le délai pour réclamer l'indemnité d'éviction est de deux ans, et la réforme de la prescription de 2008 n'y a rien changé. Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Et comment éviter de se retrouver dans cette situation ?

Dans cet article, je vais vous expliquer de manière claire et concrète ce que dit cet arrêt, quelles sont les conséquences pour vous, et surtout comment vous protéger. Je suis Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier, et je traite ce type de dossiers tous les jours, notamment dans la région de Troyes. Alors, suivez-moi, on décortique tout ça.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'histoire commence avec la société Le Boulingrin, locataire d'un local commercial à La Chapelle-Saint-Luc, en banlieue de Troyes. Le propriétaire, M. X, lui donne congé pour vendre le local. Conformément au statut des baux commerciaux, le locataire évincé a droit à une indemnité d'éviction, destinée à compenser la perte de son fonds de commerce. Mais la société Le Boulingrin ne réclame pas cette indemnité tout de suite. Elle attend plusieurs années avant d'assigner son bailleur en justice.

Problème : entre-temps, le délai de prescription a couru. Le bailleur invoque la prescription biennale prévue à l'article L. 145-60 du Code de commerce, qui dispose que toutes les actions relatives aux baux commerciaux se prescrivent par deux ans. La société Le Boulingrin rétorque que la loi du 17 juin 2008, qui a réformé la prescription en matière civile, a modifié ce délai ou, à tout le moins, a prévu des règles transitoires qui lui sont favorables.

La cour d'appel donne raison au bailleur : l'action est irrecevable car prescrite. La société Le Boulingrin se pourvoit en cassation. Mais la Cour de cassation rejette son pourvoi par l'arrêt du 5 septembre 2012. Elle confirme que la loi de 2008 n'a ni augmenté ni réduit le délai de prescription biennale de l'article L. 145-60, et qu'aucune disposition transitoire ne permet de faire revivre une prescription déjà acquise avant l'entrée en vigueur de la loi. undefined, le délai de deux ans reste inchangé, et si vous avez laissé passer ce délai, vous ne pouvez plus rien réclamer.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation a été très claire : la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile n'a ni augmenté ni réduit le délai de prescription biennale de l'article L. 145-60 du code de commerce. Ce délai reste de deux ans, comme avant. Et surtout, la loi nouvelle ne prévoit aucune disposition transitoire pour les causes d'interruption ou de suspension de la prescription. En conséquence, lorsque la prescription de l'action en paiement de l'indemnité d'éviction était acquise avant l'entrée en vigueur de la loi (le 19 juin 2008), une action introduite après cette date est irrecevable.

Concrètement, la Cour de cassation a validé le raisonnement de la cour d'appel qui avait constaté que le délai de deux ans était dépassé au moment où la société Le Boulingrin a agi. Peu importe que la loi de 2008 ait allongé certains délais de prescription (comme le délai de droit commun passé de 30 à 5 ans), le législateur a expressément exclu les prescriptions spéciales comme celle des baux commerciaux. undefined, c'est que cette solution a été confirmée par la suite par d'autres arrêts, comme celui du 17 décembre 2015 (n° 14-26.572).

Le fondement légal ? L'article L. 145-60 du Code de commerce, qui dispose : « Toutes les actions auxquelles les baux commerciaux peuvent donner lieu, entre bailleurs et locataires, se prescrivent par deux ans. » C'est une prescription courte, voulue par le législateur pour assurer une sécurité juridique rapide dans les relations commerciales. Les juges ont simplement appliqué la lettre de la loi, sans faire de place à l'équité. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des locataires de Nogent-sur-Seine ont perdu leur indemnité pour la même raison : ils avaient attendu trop longtemps, pensant que le délai était plus long ou que la loi de 2008 leur offrait une bouée de sauvetage. Il n'en est rien.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les locataires : si vous recevez un congé (pour vendre, pour reprise, etc.), vous avez deux ans à compter de la notification du congé pour réclamer votre indemnité d'éviction. Passé ce délai, vous perdez tout droit. Exemple chiffré : imaginons un fonds de commerce à Nogent-sur-Seine évalué à 80 000 €. Si vous attendez trois ans avant d'agir, vous ne toucherez rien. La perte peut être énorme.

Pour les propriétaires bailleurs : cette décision est plutôt une bonne nouvelle. Si vous donnez congé à un locataire et qu'il n'agit pas dans les deux ans, vous êtes tranquille. Mais attention : ne comptez pas sur la prescription pour vous exonérer de toute obligation si vous avez commis une faute (par exemple, un congé frauduleux).

Pour les acquéreurs : si vous achetez un local commercial occupé, vérifiez si un congé a été délivré et si le locataire a agi dans les délais. Sinon, vous pourriez hériter d'un litige.

undefined le message est simple : ne tardez pas à consulter un avocat dès que vous êtes confronté à un congé ou à un refus de renouvellement de bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial. Les deux ans passent vite, et les conséquences financières sont lourdes.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Ne jamais attendre pour agir : dès la réception d'un congé, consultez un avocat spécialisé en baux commerciaux. Le délai de deux ans commence à courir à partir de la notification du congé. Ne le laissez pas s'écouler sans réagir.
  • Vérifiez les dates de prescription : notez la date de tout acte (congé, refus de renouvellement, etc.) et calculez la date butoir. Utilisez un calendrier ou un rappel sur votre téléphone pour ne pas oublier.
  • Conservez tous les documents : gardez précieusement les lettres recommandées, les congés, les quittances, etc. En cas de litige, ces preuves sont essentielles pour établir la date de départ de la prescription.
  • En cas de doute, saisissez le tribunal avant l'expiration du délai : même si vous n'êtes pas sûr de votre droit, une assignation au fond interrompt la prescription. Vous pouvez toujours vous désister ensuite, mais au moins vous aurez sauvé votre action.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà avant 2012, la Cour de cassation considérait que le délai de deux ans de l'article L. 145-60 n'était pas modifié par la loi de 2008 (Civ. 3e, 16 mai 2012, n° 11-14.563). Depuis, elle a confirmé à plusieurs reprises : la prescription biennale est autonome et n'a pas été affectée par la réforme (Civ. 3e, 17 déc. 2015, n° 14-26.572).

La tendance est donc claire : les juges sont très stricts sur le respect du délai de deux ans. Aucun assouplissement n'est à attendre, sauf si le législateur intervient à nouveau. Pour l'avenir, les locataires doivent être particulièrement vigilants, car la moindre négligence peut leur coûter cher. Les propriétaires, quant à eux, peuvent dormir sur leurs deux oreilles si le délai est dépassé.

Questions fréquentes

  1. Quel est le délai pour réclamer une indemnité d'éviction ? Il est de deux ans à compter de la notification du congé ou du refus de renouvellement.
  2. La loi de 2008 a-t-elle changé ce délai ? Non, la Cour de cassation a confirmé que le délai de deux ans reste inchangé.
  3. Que faire si j'ai dépassé le délai ? Malheureusement, vous n'avez plus de recours. Consultez néanmoins un avocat pour vérifier s'il existe une cause d'interruption ou de suspension que vous auriez négligée.
  4. Puis-je interrompre la prescription ? Oui, en assignant le bailleur en justice avant l'expiration du délai. Une simple mise en demeure n'interrompt pas la prescription.
  5. Le délai court-il à compter de la fin du bail ? Non, il court à compter du congé ou du refus de renouvellement, même si le bail se poursuit provisoirement.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quel est le délai pour réclamer une indemnité d'éviction ?

Il est de deux ans à compter de la notification du congé ou du refus de renouvellement du bail commercial.

La loi de 2008 a-t-elle changé ce délai ?

Non, la Cour de cassation a confirmé que le délai de deux ans reste inchangé, et aucune disposition transitoire ne permet de faire revivre une prescription déjà acquise.

Que faire si j'ai dépassé le délai ?

Malheureusement, vous n'avez plus de recours. Consultez néanmoins un avocat pour vérifier s'il existe une cause d'interruption ou de suspension que vous auriez négligée.

Puis-je interrompre la prescription ?

Oui, en assignant le bailleur en justice avant l'expiration du délai. Une simple mise en demeure n'interrompt pas la prescription.

Le délai court-il à compter de la fin du bail ?

Non, il court à compter du congé ou du refus de renouvellement, même si le bail se poursuit provisoirement.

Informations juridiques

  • Numéro: 11-19.200
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 05 septembre 2012

Mots-clés

prescriptionindemnité d'évictionbail commercialdélai de deux ansCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Locataire commercial ayant reçu un congé pour vendre

Un locataire à La Chapelle-Saint-Luc reçoit un congé de son bailleur pour vendre le local. Il a droit à une indemnité d'éviction de 50 000 €. Il attend 3 ans avant de consulter un avocat.

Application pratique:

L'action est prescrite. Le locataire perd tout droit à indemnité. Il doit agir dans les 2 ans suivant le congé. Une consultation rapide aurait permis d'assigner à temps.

2

Propriétaire bailleur souhaitant vendre son local

Un propriétaire à Nogent-sur-Seine donne congé à son locataire pour vendre. Le locataire ne réclame rien pendant 2 ans et demi.

Application pratique:

Le propriétaire peut vendre librement sans craindre une action en paiement de l'indemnité d'éviction. Il doit néanmoins conserver la preuve de la notification du congé.

3

Acquéreur d'un local commercial occupé

Un acquéreur achète un local commercial à Troyes. Le locataire avait reçu un congé 18 mois avant la vente, mais n'a pas encore réclamé l'indemnité.

Application pratique:

L'acquéreur doit vérifier que le délai de 2 ans n'est pas dépassé. Si le locataire agit avant l'expiration, l'acquéreur devra payer l'indemnité. Une clause de garantie dans l'acte de vente est recommandée.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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