Décision de référence : cc • N° 69-12.109 • 1970-11-16 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire à Limoges ou ailleurs, et vous venez de recevoir une décision de justice qui ne vous convient pas. Vous envisagez de faire appel. Mais savez-vous quelle procédure s'applique ? La question semble technique, pourtant elle peut tout changer. Cette décision de la Cour de cassation du 16 novembre 1970 (n° 69-12.109) répond à une interrogation fondamentale : un décret qui modifie la procédure d'appel s'applique-t-il immédiatement à tous les appels, ou seulement à ceux formés après son entrée en vigueur ? La réponse est claire, mais ses implications méritent d'être expliquées.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Imaginez un commerçant de Saint-Junien, M. L., qui exerce une activité commerciale depuis le début de l'année 1965. Un litige l'oppose à son voisin, M. D., propriétaire d'un immeuble à Limoges. Le 20 décembre 1965, M. L. interjette appel d'un jugement rendu par le tribunal de commerce de Limoges. Or, entre-temps, un décret du 13 octobre 1965 a modifié les règles de procédure applicables devant les cours d'appel. Ce décret prévoyait qu'il entrerait en vigueur le 1er janvier 1966 pour la cour d'appel de Lyon, dont dépend Limoges. La question se pose : l'appel formé le 20 décembre 1965 doit-il suivre les nouvelles règles ou les anciennes ?
La cour d'appel de Lyon a rendu son arrêt en décembre 1965, en retenant que M. L. exerçait une activité commerciale depuis le début de l'année 1965. Mais ce faisant, elle a semblé appliquer les nouvelles dispositions, ce que conteste M. D. Ce dernier forme un pourvoi en cassation, arguant que l'arrêt est contradictoire et mal motivé. La Cour de cassation doit trancher : à quelle date l'appel est-il soumis aux nouvelles règles ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation rappelle un principe fondamental en droit transitoire : les textes nouveaux ne s'appliquent qu'aux actes accomplis après leur entrée en vigueur. Ici, le décret du 13 octobre 1965 n'était applicable devant la cour d'appel de Lyon qu'à compter du 1er janvier 1966. Or, l'appel a été interjeté le 20 décembre 1965, soit avant cette date. Par conséquent, l'appel devait être régi par les règles de procédure anciennes, c'est-à-dire celles en vigueur avant le décret.
Autrement dit, la cour d'appel de Lyon a commis une erreur en appliquant les nouvelles dispositions à un appel formé avant leur entrée en vigueur. La Cour de cassation censure l'arrêt pour contradiction de motifs : d'un côté, la cour constate que le décret n'était pas encore applicable, de l'autre, elle utilise des critères issus du nouveau texte. En clair, les juges du fond ont mélangé les torchons et les serviettes.
Cette décision est une illustration classique du principe de non-rétroactivité des lois de procédure. Attention toutefois : ce principe admet des exceptions, notamment lorsque le législateur prévoit une application immédiate aux instances en cours. Mais ici, le décret lui-même fixait une date d'entrée en vigueur différée. La solution était donc logique.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur à Limoges, cette décision vous rappelle l'importance de vérifier la date de votre appel. Supposons que vous ayez perdu un procès en première instance et que vous souhaitiez faire appel. Si un nouveau décret modifie la procédure après le jugement, mais avant votre appel, vous devez savoir à quelle date ce décret entre en vigueur. Si vous interjetez appel avant cette date, les anciennes règles s'appliquent. Cela peut avoir des conséquences sur les délais, les formes de conclusions, ou les conditions de recevabilité.
Prenons un exemple concret : à Saint-Junien, un propriétaire a obtenu un jugement condamnant son locataire à payer 5 000 € d'arriérés de loyer. Le locataire fait appel le 15 décembre 2023. Or, un décret du 1er novembre 2023 a réduit le délai d'appel de 30 à 15 jours, mais n'entre en vigueur que le 1er janvier 2024. L'appel du locataire est donc soumis à l'ancien délai de 30 jours, ce qui le rend recevable. Si le propriétaire avait attendu janvier pour faire appel, le nouveau délai s'appliquerait.
Ce que peu de gens savent, c'est que la même logique vaut pour les décisions des commissions de conciliation ou les actes de procédure. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des avocats ont appliqué par erreur les nouvelles règles à des appels formés avant l'entrée en vigueur, entraînant des nullités. Soyez vigilants.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la date d'entrée en vigueur des textes : Lorsqu'un nouveau décret ou une nouvelle loi modifie la procédure, repérez précisément sa date d'application. Ne vous fiez pas à sa date de publication ; l'entrée en vigueur peut être différée.
- Consultez un avocat avant d'interjeter appel : Un professionnel saura vous indiquer les règles applicables à votre appel. À Limoges, n'hésitez pas à prendre conseil auprès d'un avocat spécialisé en procédure civile.
- Datez précisément votre acte d'appel : L'appel est formé à la date de remise de l'acte au greffe ou de son envoi recommandé. Conservez les preuves de cette date (récépissé, accusé de réception).
- Anticipez les changements de procédure : Si vous savez qu'un texte va entrer en vigueur prochainement, décidez si vous préférez agir sous l'ancien régime (souvent plus favorable) ou

