Décision de référence : cc • N° 65-14.447 • 1967-01-27 • Consulter la décision →
Vous venez d'acquérir une belle maison à Gemenos, dans les Bouches-du-Rhône, avec un grand terrain. Tout va bien jusqu'au jour où vous découvrez qu'un voisin utilise une partie de votre parcelle sans autorisation. Vous engagez une procédure d'expulsion. Mais voilà que, en cours de route, un remembrement rural modifie les numéros cadastraux de votre terrain. La parcelle litigieuse change de désignation. Votre demande d'expulsion est-elle compromise ? La Cour de cassation, dans un arrêt du 27 janvier 1967, répond clairement : non. Une simple modification de la désignation cadastrale n'altère pas l'objet de la demande d'expulsion. Décryptons ensemble cette décision qui rassure les propriétaires confrontés à des opérations de remembrement.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. Bernard est propriétaire d'une parcelle à Gemenos. Un tiers s'installe sur cette parcelle sans droit ni titre. M. Bernard intente alors une action en expulsion devant le tribunal. Mais entre-temps, le 23 mars 1963, la commission départementale de remembrement rend une décision qui modifie le parcellaire. La parcelle en cause reçoit une nouvelle désignation cadastrale. Le défendeur soutient alors que la demande d'expulsion est devenue sans objet, puisque la parcelle n'existe plus sous l'ancien numéro. La cour d'appel, saisie, rejette cet argument : elle constate que le plan de remembrement a été déposé en mairie, ce qui a entraîné le transfert de propriété. Mais elle précise que la demande d'expulsion porte sur un terrain identifié, et que le simple changement de numéro cadastral ne modifie pas l'objet du litige. La Cour de cassation confirme : « ne modifie pas l'objet d'une demande en expulsion formée par l'attribution d'une parcelle, la cour d'appel qui donne à cette parcelle la désignation cadastrale nouvelle qu'elle a reçue depuis la demande ». undefined, l'expulsion reste valable malgré le remembrement.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur les principes du droit de la propriété et de la procédure civile. L'objet du litige est déterminé par les prétentions des parties, fixées dans l'acte introductif d'instance (article 4 du Code de procédure civile). Ici, la demande d'expulsion vise un terrain déterminé, identifié par sa situation et ses limites. La modification ultérieure de son numéro cadastral, consécutive à un remembrement, n'affecte pas l'identité du bien. undefined ce qui compte, ce n'est pas le numéro sur le papier, mais la réalité physique du terrain. La cour d'appel a donc justement rectifié la désignation cadastrale pour coller à la nouvelle réalité, sans changer l'objet de la demande. Les juges rappellent que le remembrement, opération administrative d'intérêt général, a pour effet de transférer la propriété des parcelles, mais ne fait pas disparaître les droits antérieurs. Ainsi, l'occupant sans titre ne peut pas se prévaloir du changement de numéro pour échapper à l'expulsion. Cette décision est une application classique du principe selon lequel l'accessoire suit le principal : la désignation cadastrale est un accessoire du droit de propriété, et sa modification ne remet pas en cause l'action en justice.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : Vous avez un locataire qui ne paie plus et vous engagez une procédure d'expulsion. Si, pendant la procédure, un remembrement modifie le numéro de lot de votre bien, pas de panique : votre demande reste valable. Vous devez simplement signaler le nouveau numéro au juge, comme l'a fait M. Bernard. Pour l'occupant sans titre : Vous ne pouvez pas vous cacher derrière un changement de désignation pour contester l'expulsion. La justice regarde la réalité du terrain. Pour l'acquéreur : Si vous achetez un bien qui a fait l'objet d'un remembrement, vérifiez que l'acte de vente mentionne la nouvelle désignation cadastrale. Mais sachez que l'ancien numéro n'invalide pas la vente. Exemple concret à Allauch : Imaginons une parcelle anciennement cadastrée section A n° 100, devenue section B n° 50 après remembrement. Un voisin l'occupe sans droit. Vous l'assignez en expulsion en mentionnant l'ancien numéro. Le tribunal rectifiera de lui-même la désignation. L'expulsion sera prononcée. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires, inquiets, souhaitaient réintroduire une nouvelle procédure. C'était inutile : la jurisprudence de 1967 les protégeait.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Conservez tous les documents relatifs à votre propriété : actes de vente, plans cadastraux anciens et nouveaux, décisions de remembrement. En cas de changement de numéro, vous pourrez établir facilement la continuité.
- En cas d'occupation illicite, agissez vite : N'attendez pas un éventuel remembrement. Assignez en expulsion dès que possible. La jurisprudence vous protège, mais une procédure rapide évite des complications.
- Mettez à jour vos contrats de bail : Si vous louez un bien, assurez-vous que le bail mentionne la désignation cadastrale la plus récente. Cela évite toute contestation sur l'identité du bien loué.
- Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier : Un professionnel saura adapter vos actes de procédure en cas de modification cadastrale, et vous évitera des erreurs coûteuses.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1967 s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà, la Cour de cassation avait jugé que le remembrement ne modifie pas la nature des droits réels (Civ. 3e, 12 mars 1965). Plus récemment, elle a rappelé que l'action en revendication n'est pas affectée par un changement de numéro cadastral (Civ. 3e, 8 juin 2011, n°10-16.987). La tendance est donc claire : les tribunaux privilégient la réalité physique du bien sur les formalités administratives. Attention toutefois : si le remembrement modifie les limites du terrain (par exemple, si la parcelle est divisée ou fusionnée), l'objet de la demande pourrait être affecté. Mais dans le cas d'un simple changement de numéro, la solution est acquise. undefined, c'est que cette jurisprudence s'applique aussi aux opérations de lotissement ou de division parcellaire.
Questions fréquentes
1. Puis-je expulser un occupant sans titre même si le numéro cadastral a changé ?
Oui, la demande d'expulsion reste valable. Vous devez simplement informer le juge du nouveau numéro.
2. Que faire si mon voisin conteste l'expulsion en invoquant le remembrement ?
Vous pouvez vous prévaloir de l'arrêt de 1967. L'occupant ne peut pas se cacher derrière un changement de désignation.
3. Le remembrement peut-il annuler mon droit de propriété ?
Non, le remembrement transfère la propriété d'une parcelle à une autre, mais ne supprime pas le droit. Vous restez propriétaire de la parcelle attribuée.
4. Quels sont les délais pour engager une expulsion ?
Il n'y a pas de délai légal, mais il est conseillé d'agir rapidement pour éviter une prescription acquisitive (30 ans pour un immeuble).
5. Dois-je refaire une assignation après le remembrement ?
Non, il suffit de demander au juge de rectifier la désignation cadastrale. La procédure se poursuit.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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