Décision de référence : cc • N° 84-60.120 • 1984-10-03 • Consulter la décision →
Imaginez la situation : vous êtes délégué syndical dans un établissement de la région de Saint-Amand-Montrond, une usine agroalimentaire qui emploie 250 salariés. Votre entreprise, elle, compte plus de 300 salariés au total, répartis sur plusieurs sites en France. Vous pensiez être, de droit, représentant syndical au comité d'établissement de votre site. Mais votre employeur conteste cette désignation. Que dit la loi ? C'est exactement ce que la Cour de cassation a dû trancher en 1984, dans une affaire qui fait toujours autorité aujourd'hui.
La question que se pose chaque élu ou syndicaliste : « Mon mandat de délégué syndical me donne-t-il automatiquement un siège au comité d'établissement ? » La réponse, comme souvent, dépend des seuils d'effectifs. Et la décision du 3 octobre 1984 (n° 84-60.120) apporte une clarification essentielle, qui concerne directement les entreprises à plusieurs établissements.
undefined la Cour de cassation a cassé le jugement du tribunal d'instance de Lyon qui avait donné raison à un syndicat. Elle a rappelé que l'exception prévue pour les entreprises de moins de 300 salariés ne s'applique pas établissement par établissement : c'est l'effectif total de l'entreprise qui compte. Si l'entreprise dépasse 300 salariés, chaque syndicat peut désigner librement son représentant au comité, même si l'établissement concerné est plus petit.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'affaire commence à Lyon, dans une entreprise agroalimentaire de plus de 300 salariés, comportant plusieurs établissements distincts. L'un d'eux, l'établissement de Lyon, compte moins de 300 salariés. Un syndicat y désigne un délégué syndical comme représentant au comité d'établissement. L'employeur conteste cette désignation devant le tribunal d'instance de Lyon, estimant que le délégué syndical n'est pas automatiquement représentant syndical au comité d'établissement dans une entreprise de plus de 300 salariés.
Le tribunal d'instance, par un jugement du 20 décembre 1983, rejette la demande de l'employeur. Il considère que dans les entreprises de plus de 300 salariés, le délégué syndical n'est pas de droit représentant syndical au comité d'entreprise, mais que chaque organisation syndicale représentative peut choisir librement son représentant parmi les salariés éligibles. undefined, pour le tribunal, la désignation du délégué syndical comme représentant au comité était valable, car le syndicat avait le droit de le choisir.
Mais l'employeur ne s'arrête pas là. Il se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, saisie de l'affaire, va devoir interpréter l'article L. 435-1 nouveau du Code du travail (aujourd'hui codifié à l'article L. 2327-1), qui prévoit la création de comités d'établissement dans les entreprises comportant plusieurs établissements distincts. Elle doit aussi concilier cet article avec l'alinéa 1er de l'article L. 412-17 (devenu L. 2143-22), qui dispose que « dans les entreprises de moins de trois cents salariés », le délégué syndical est, de droit, représentant syndical au comité d'entreprise ou d'établissement. L'alinéa 3 de l'article L. 433-1 (devenu L. 2324-2) prévoit, lui, que dans les entreprises d'au moins 300 salariés, chaque syndicat représentatif peut désigner un représentant syndical au comité, choisi parmi les salariés éligibles.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation casse le jugement du tribunal d'instance. Son raisonnement est simple mais crucial : l'expression « dans les entreprises de moins de trois cents salariés » de l'article L. 412-17 vise non seulement les entreprises à établissement unique dont l'effectif global est inférieur à 300 personnes, mais également chacun des établissements de moins de 300 salariés dépendant d'une entreprise qui emploie au total un nombre supérieur de travailleurs.
undefined pour la Cour, l'exception qui permet au délégué syndical d'être automatiquement représentant syndical au comité ne s'applique que si l'entreprise elle-même a moins de 300 salariés. Si l'entreprise dépasse ce seuil, même si l'établissement est plus petit, ce n'est pas automatique. Le syndicat doit alors désigner librement son représentant, en vertu de l'alinéa 3 de l'article L. 433-1.
undefined, c'est que cette décision a été rendue à une époque où les textes venaient d'être modifiés. La Cour a voulu éviter une interprétation trop large de la dérogation, qui aurait permis à des syndicats de contourner la règle en se basant sur la taille de l'établissement plutôt que sur celle de l'entreprise. Attention toutefois : cette solution ne remet pas en cause le principe qu'un délégué syndical peut être désigné comme représentant au comité, mais il doit l'être par une décision du syndicat, et non de plein droit.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des employeurs tentaient de contester la désignation d'un représentant syndical en arguant que l'établissement était trop petit. Cette décision leur donne raison : c'est l'effectif global de l'entreprise qui compte. Mais pour les syndicats, il suffit de formaliser la désignation par une lettre du syndicat, ce qui est généralement fait.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les employeurs : si votre entreprise compte plus de 300 salariés, vous pouvez contester la désignation automatique d'un délégué syndical comme représentant au comité d'établissement, si cet établissement est isolé. Vous devez exiger une désignation expresse par le syndicat. En pratique, vérifiez que la désignation est faite par écrit, avec mention du nom du salarié et de son appartenance syndicale.
Pour les syndicats : ne présumez pas que votre délégué syndical est automatiquement représentant au comité d'établissement si l'entreprise dépasse 300 salariés. Prenez soin de désigner formellement un représentant, même s'il s'agit du même délégué. Une simple mention dans un compte rendu de réunion peut suffire, mais un courrier officiel est préférable pour éviter tout litige.
Pour les salariés : si vous êtes délégué syndical dans un établissement de moins de 300 salariés d'un groupe plus important, vous n'êtes pas automatiquement représentant au comité. Votre syndicat doit vous désigner. Si ce n'est pas fait, votre employeur peut refuser de vous reconnaître comme tel. À Saint-Amand-Montrond, par exemple, un délégué d'une usine de 250 salariés d'une entreprise de 500 salariés au total doit être désigné formellement.
Concrètement, si vous êtes dans cette situation, vous devez : vérifier l'effectif total de l'entreprise (groupe ou société) ; si elle dépasse 300 salariés, demander à votre syndicat une désignation écrite ; conserver cette désignation pour la présenter à l'employeur. En cas de contestation, le délai pour agir est de 15 jours à compter de la désignation (article R. 2324-24 du Code du travail).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l'effectif global de l'entreprise avant toute désignation automatique. Ne vous fiez pas à la seule taille de l'établissement. Si l'entreprise dépasse 300 salariés, le délégué syndical n'est pas de droit représentant au comité d'établissement.
- Formalisez par écrit la désignation du représentant syndical au comité. Que ce soit pour un comité d'entreprise ou d'établissement, le syndicat doit envoyer une lettre à l'employeur, précisant le nom du salarié désigné, sa qualité et la date d'effet.
- Anticipez les contestations en cas de changement d'effectif. Si l'entreprise franchit le seuil de 300 salariés en cours d'année, les désignations automatiques antérieures peuvent être remises en cause. Mieux vaut les régulariser immédiatement.
- Conservez les justificatifs d'effectif. En cas de litige, l'employeur devra prouver l'effectif total. Les syndicats peuvent demander communication des effectifs par établissement pour vérifier le seuil.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1984 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Elle a été confirmée par plusieurs arrêts ultérieurs, notamment un arrêt de la chambre sociale du 12 février 1991 (n° 89-60.784) qui a jugé que, dans une entreprise de plus de 300 salariés, le représentant syndical au comité d'établissement doit être désigné par le syndicat, même si l'établissement compte moins de 300 salariés.
Plus récemment, la Cour a précisé que cette règle s'applique également aux comités d'entreprise uniques (Cass. soc., 17 octobre 2018, n° 17-60.237). La tendance est donc au maintien d'une interprétation stricte de la dérogation : seul l'effectif global de l'entreprise ouvre droit à la désignation automatique. Pour l'avenir, les entreprises qui se restructurent ou créent de nouveaux établissements doivent être vigilantes : le seuil de 300 salariés s'apprécie au niveau le plus élevé, pas au niveau de chaque site.
Récapitulatif et prochaines étapes
FAQ :
- Qu'est-ce qui change avec cette décision ? Elle clarifie que dans une entreprise de plus de 300 salariés, même si un établissement a moins de 300 salariés, le délégué syndical n'est pas automatiquement représentant au comité d'établissement. Le syndicat doit le désigner.
- Puis-je contester la désignation d'un représentant syndical ? Oui, si l'entreprise dépasse 300 salariés et que la désignation n'a pas été formalisée par le syndicat. Vous devez saisir le tribunal judiciaire dans les 15 jours suivant la désignation.
- Quels sont les risques pour un syndicat qui ne respecte pas cette règle ? La désignation peut être annulée, privant le syndicat de représentation au comité jusqu'à une nouvelle désignation régulière.
- Cette règle s'applique-t-elle aux comités d'entreprise uniques ? Oui, la même logique s'applique : c'est l'effectif global de l'entreprise qui détermine le régime applicable.
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Checklist :
- Déterminez l'effectif total de l'entreprise (groupe, société).
- Si l'effectif est ≥ 300, le délégué syndical n'est pas automatiquement représentant au comité d'établissement.
- Le syndicat doit désigner par écrit un représentant (qui peut être le même délégué).
- Transmettez la désignation à l'employeur au plus tard le jour de la première réunion du comité.
- En cas de contestation, agissez dans les 15 jours.
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