Aller au contenu principal
Reprise de bail rural : la déclaration préalable n'est pas exigée au moment du congé
Droit-immobilier

Reprise de bail rural : la déclaration préalable n'est pas exigée au moment du congé

📅 Décision du 25 mai 2023⚖️ Cour de cassation👁️ 6 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que le bénéficiaire d'un droit de reprise sur un bail rural n'a pas à justifier du dépôt de la déclaration préalable dès la date d'effet du congé, mais seulement avant la mise en valeur des biens. Une décision qui sécurise les propriétaires souhaitant reprendre une exploitation familiale.

Décision de référence : cc • N° 21-25.083 • 2023-05-25 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une parcelle agricole à Tarnos, louée à un exploitant depuis des années. Votre fils souhaite reprendre l'exploitation pour s'installer. Vous lui donnez congé (vous mettez fin au bail) en bonne et due forme, mais le locataire conteste la validité du congé au motif que vous n'avez pas prouvé avoir déposé une déclaration préalable (une formalité administrative) au moment même du congé. Résultat : des mois de procédure, des frais d'avocat, et l'incertitude de pouvoir transmettre votre bien.

Cette question, des centaines de propriétaires se la posent chaque année : à quel moment exact dois-je justifier de la déclaration préalable pour que mon congé soit valable ? La réponse peut tout changer : la validité de votre congé, la date de reprise, et in fine la possibilité de transmettre l'exploitation à un membre de votre famille.

Dans un arrêt du 25 mai 2023 (n° 21-25.083), la Cour de cassation (la plus haute juridiction française) a tranché : le bénéficiaire du droit de reprise n'a pas à prouver le dépôt de la déclaration préalable dès la date d'effet du congé. Il suffit qu'il le fasse avant de mettre en valeur les biens. Une décision qui rassure les propriétaires, mais qui exige une vigilance accrue sur les délais.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Mont-de-Marsan, avait donné à bail rural (un contrat de location de terres agricoles) une parcelle à un exploitant. En 2016, il a donné congé au locataire pour l'échéance du bail, afin que son fils puisse reprendre l'exploitation. Le congé mentionnait que le fils bénéficiait d'un droit de reprise (le droit de reprendre le bien loué pour l'exploiter lui-même) au titre des biens de famille, prévu par l'article L. 331-2, II du code rural et de la pêche maritime (un texte qui permet de reprendre une exploitation familiale sans autorisation préalable d'exploiter, mais avec une simple déclaration).

Le locataire a contesté le congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux (le tribunal spécialisé dans les litiges agricoles), arguant que M. X n'avait pas justifié du dépôt de la déclaration préalable (une déclaration administrative à faire avant de pouvoir exploiter) au moment du congé. Selon lui, sans cette preuve, le congé était nul.

Le tribunal a donné raison au locataire, annulant le congé. M. X a fait appel (il a demandé à une cour d'appel de rejuger l'affaire). La cour d'appel de Pau a confirmé l'annulation, estimant que la déclaration préalable devait être déposée avant la date d'effet du congé. M. X s'est alors pourvu en cassation (il a saisi la Cour de cassation pour faire vérifier que le droit avait été correctement appliqué).

Rebondissement : la Cour de cassation a cassé (annulé) l'arrêt de la cour d'appel, jugeant que celle-ci avait mal interprété la loi. L'affaire a été renvoyée devant une autre cour d'appel, à Bordeaux, pour être rejugée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article R. 331-7 du code rural et de la pêche maritime (le règlement qui précise les modalités de la déclaration préalable). Ce texte, dans sa version applicable au litige (issue du décret n° 2015-713 du 22 juin 2015), dispose que, lorsque l'opération est soumise au régime dérogatoire de la déclaration préalable pour la reprise des biens de famille (article L. 331-2, II du même code), le bénéficiaire du droit de reprise n'est pas tenu de justifier du dépôt de cette déclaration dès la date d'effet du congé, mais seulement avant de mettre en valeur les biens.

undefined la loi distingue deux moments : le congé (l'acte par lequel le propriétaire met fin au bail) et la mise en valeur (le moment où le repreneur commence effectivement à exploiter la terre). La déclaration préalable doit être déposée, mais elle peut l'être après le congé, à condition de l'être avant que le repreneur ne commence à travailler la terre.

La cour d'appel avait pourtant exigé que la déclaration soit faite avant le congé. La Cour de cassation rappelle que c'est une erreur : « il résulte de l'article R. 331-7 […] que le bénéficiaire d'un droit de reprise n'est pas tenu de justifier du dépôt de cette déclaration dès la date d'effet du congé, mais seulement avant de mettre en valeur les biens ». undefined, le propriétaire peut donner congé, puis, dans un délai raisonnable avant la reprise effective, déposer sa déclaration.

undefined : cette interprétation est une confirmation de la jurisprudence antérieure. La Cour de cassation n'innove pas, elle rappelle un principe déjà établi. Mais elle le fait avec force, en censurant une cour d'appel qui s'en était écartée. C'est une décision de principe qui s'impose à tous les tribunaux.

Attention toutefois : la déclaration préalable reste obligatoire. Si le repreneur commence à exploiter sans l'avoir déposée, il s'expose à des sanctions, notamment l'impossibilité de bénéficier de certaines aides ou une amende. Mais pour la validité du congé, ce n'est pas un préalable.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur (celui qui donne à louer) : vous pouvez désormais donner congé en vue d'une reprise familiale sans avoir à fournir immédiatement la preuve du dépôt de la déclaration préalable. Cela vous laisse le temps de monter votre dossier administratif après le congé. Exemple concret : si vous donnez congé pour le 31 décembre 2024, vous pouvez déposer votre déclaration préalable en janvier 2025, à condition que votre fils ne commence à exploiter qu'après ce dépôt. À Mont-de-Marsan, où les baux ruraux sont fréquents, cette souplesse est précieuse pour les propriétaires qui veulent transmettre leur exploitation sans précipitation.

Pour le locataire (l'exploitant en place) : attention, vous ne pouvez plus contester un congé uniquement sur le défaut de déclaration préalable au moment du congé. Mais vous pouvez toujours vérifier que la déclaration a bien été faite avant la mise en valeur. Si le propriétaire laisse son fils exploiter sans déclaration, vous pouvez agir pour faire annuler la reprise ou demander des dommages et intérêts (une indemnité pour le préjudice subi).

Pour le repreneur (celui qui veut exploiter) : vous devez impérativement déposer votre déclaration préalable avant de commencer à travailler la terre. Ne négligez pas cette formalité, même si vous avez déjà donné congé. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des repreneurs, croyant que le congé suffisait, ont commencé à exploiter sans déclaration et se sont retrouvés en situation irrégulière, avec des conséquences financières lourdes.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Anticipez le dépôt de la déclaration préalable : même si la loi ne l'exige pas au moment du congé, déposez-la le plus tôt possible. Cela évite tout risque de contestation et sécurise votre reprise. Comptez environ 2 à 3 mois pour obtenir le récépissé (l'accusé de réception) de la déclaration.
  • Rédigez un congé précis et motivé : le congé doit mentionner le bénéficiaire du droit de reprise (votre fils, votre fille, etc.) et viser l'article L. 331-2, II du code rural. Un congé mal rédigé peut être annulé, indépendamment de la déclaration préalable.
  • Conservez toutes les preuves : gardez une copie du congé avec accusé de réception, la déclaration préalable déposée, et le récépissé de la déclaration. En cas de litige, ces documents sont essentiels.
  • Consultez un avocat spécialisé avant d'engager une procédure : chaque dossier est unique. Un avocat vous aidera à respecter les délais et à éviter les pièges. Par exemple, à Mont-de-Marsan, les tribunaux sont très attentifs à la forme des congés.

Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 2018 (Civ. 3e, 15 mars 2018, n° 17-14.792), la Cour avait jugé que la déclaration préalable n'est pas une condition de validité du congé, mais une condition de la mise en valeur. L'arrêt de 2023 confirme cette position, en la précisant pour le cas particulier des biens de famille.

En revanche, certaines cours d'appel, comme celle de Pau dans cette affaire, avaient une lecture plus restrictive, exigeant la déclaration avant le congé. Désormais, la jurisprudence est claire : le congé et la déclaration sont deux actes distincts, avec des temporalités différentes.

Pour l'avenir, les propriétaires peuvent être rassurés : la tendance est à la sécurisation des reprises familiales. Toutefois, le législateur pourrait modifier les textes pour imposer une déclaration plus précoce. Restez informés des évolutions législatives.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

  1. Puis-je donner congé sans avoir fait la déclaration préalable ? Oui, la déclaration peut être faite après le congé, mais avant la mise en valeur.
  2. Que faire si le locataire conteste mon congé ? Vous devez prouver que la déclaration a été faite avant la mise en valeur. Si vous l'avez faite après le congé, vous êtes en règle tant que le repreneur n'a pas commencé à exploiter.
  3. Quels sont les délais à respecter ? Le congé doit être donné au moins 18 mois avant la fin du bail (article L. 411-47 du code rural). La déclaration préalable doit être faite avant la mise en valeur, sans délai fixe mais dans un délai raisonnable.
  4. Quel est le coût d'une procédure en contestation de congé ? Les frais d'avocat peuvent varier de 1 500 à 5 000 € selon la complexité. Une médiation (un accord amiable avec l'aide d'un tiers) peut coûter moins cher et être plus rapide.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

Questions fréquentes

Puis-je donner congé à mon locataire sans avoir déposé la déclaration préalable de reprise ?

Oui, selon la Cour de cassation, la déclaration préalable n'est pas exigée au moment du congé, mais seulement avant la mise en valeur des biens. Vous pouvez donc donner congé, puis déposer la déclaration avant que le repreneur ne commence à exploiter.

Que faire si mon locataire conteste mon congé au motif que je n'ai pas prouvé la déclaration préalable ?

Vous pouvez lui opposer cette jurisprudence : la preuve du dépôt n'est requise qu'au moment de la mise en valeur, pas au moment du congé. Si vous avez déposé la déclaration avant la mise en valeur, le congé est valide.

Quels sont les risques si je commence à exploiter sans déclaration préalable ?

Vous vous exposez à des sanctions administratives (amende, refus d'aides) et à une action en justice du locataire pour faire annuler la reprise ou obtenir des dommages et intérêts.

Quel est le délai pour déposer la déclaration préalable après le congé ?

La loi ne fixe pas de délai précis, mais il doit être déposé avant le début de la mise en valeur. Il est conseillé de le faire dès que possible pour sécuriser la reprise.

Cette décision s'applique-t-elle à tous les baux ruraux ?

Elle s'applique aux baux ruraux soumis au régime de la reprise des biens de famille (article L. 331-2, II du code rural). Pour les autres reprises, les règles peuvent être différentes.

Informations juridiques

  • Numéro: 21-25.083
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 mai 2023

Mots-clés

bail ruraldroit de reprisedéclaration préalablecongéCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Tarnos souhaitant reprendre une parcelle pour son fils

M. Dupont, propriétaire à Tarnos, donne congé à son locataire pour le 31 décembre 2024, afin que son fils reprenne l'exploitation. Le locataire conteste le congé car M. Dupont n'a pas fourni la preuve de la déclaration préalable au moment du congé.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de la Cour de cassation, M. Dupont peut déposer la déclaration préalable en janvier 2025, avant que son fils ne commence à exploiter en février. Le congé reste valide. Il doit toutefois veiller à ce que la déclaration soit bien déposée avant la mise en valeur.

2

Locataire à Mont-de-Marsan contestant un congé pour absence de déclaration préalable

Mme Martin, locataire à Mont-de-Marsan, reçoit un congé de son propriétaire pour reprise familiale. Elle conteste car le propriétaire n'a pas joint la déclaration préalable au congé.

Application pratique:

Le propriétaire peut désormais lui opposer la jurisprudence : la déclaration n'est pas exigée au moment du congé. Mme Martin ne peut pas obtenir l'annulation du congé sur ce seul motif. Elle doit vérifier si la déclaration a été faite avant la mise en valeur.

3

Repreneur débutant l'exploitation sans déclaration préalable

M. Durand, fils d'un propriétaire à Mont-de-Marsan, commence à cultiver la parcelle dès la fin du bail, sans avoir déposé la déclaration préalable.

Application pratique:

M. Durand risque des sanctions : amende, perte d'éligibilité aux aides agricoles. Il doit immédiatement déposer la déclaration et cesser l'exploitation jusqu'à l'obtention du récépissé. Le propriétaire pourrait être poursuivi par l'ancien locataire pour reprise irrégulière.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide