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Saisie-attribution sur usufruit indivis : la Cour de cassation autorise la saisie du prix de vente
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Saisie-attribution sur usufruit indivis : la Cour de cassation autorise la saisie du prix de vente

📅 Décision du 15 mai 2019⚖️ Cour de cassation👁️ 18 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation valide la saisie-attribution du prix de vente d'un immeuble par le créancier personnel d'un usufruitier unique, même si la nue-propriété est indivise avec un tiers. Décryptage pour les propriétaires et créanciers.

Décision de référence : cc • N° 18-12.779 • 2019-05-15 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Lagny-sur-Marne d'un appartement dont vous détenez l'usufruit (le droit d'user du bien et d'en percevoir les loyers), et vos enfants en sont nus-propriétaires (ils ont la propriété, mais pas l'usage). Un créancier personnel vous poursuit pour une dette personnelle. Peut-il saisir la part de votre usufruit dans le prix de vente de l'immeuble ? La Cour de cassation répond oui, et c'est une révolution pour les créanciers. Comment est-ce possible ?

Cette décision du 15 mai 2019 clarifie un point crucial : l'usufruit est un droit réel (un droit sur une chose) qui peut être saisi individuellement, même si la nue-propriété est détenue en indivision avec un tiers. En pratique, un créancier peut demander la vente de l'immeuble et se faire payer sur la part du prix correspondant à l'usufruit. De quoi faire réfléchir les usufruitiers endettés.

Que vous soyez propriétaire à Torcy, locataire à Meaux, ou professionnel de l'immobilier, cette jurisprudence change la donne. Plongeons dans les faits, le raisonnement des juges, et surtout, ce que vous devez faire pour protéger vos droits.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme Place était usufruitière d'un appartement situé à Torcy (Seine-et-Marne). Elle détenait également un quart en pleine propriété (usufruit + nue-propriété) dans la succession de son conjoint décédé. Le reste de la nue-propriété appartenait à ses enfants, en indivision (copropriété sans partage matériel). Un créancier personnel de Mme Place a obtenu une saisie-attribution (saisie d'une somme d'argent) sur le prix de vente de l'immeuble, après que celui-ci a été vendu lors d'une procédure de licitation (vente forcée d'un bien indivis).

Les enfants de Mme Place ont contesté la saisie, arguant que l'usufruit était indivis avec la nue-propriété, et que le créancier ne pouvait saisir que la part indivise de leur mère, et non la totalité de la valeur de l'usufruit. Ils estimaient que le prix de vente devait être réparti entre tous les indivisaires (propriétaires en indivision) selon leurs quotes-parts, sans distinguer la valeur de l'usufruit.

La cour d'appel de Paris a donné raison aux enfants, annulant la saisie. Le créancier s'est pourvu en cassation. La Cour de cassation a cassé l'arrêt d'appel, estimant que l'usufruit est un droit réel distinct de la nue-propriété. Mme Place avait un droit propre sur la portion du prix correspondant à la valeur de son usufruit, qui n'était pas indivis. Le créancier pouvait donc le saisir.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article 578 du Code civil (définition de l'usufruit : droit de jouir des choses dont un autre a la propriété) et l'article 582 (l'usufruitier a le droit de jouir de toute espèce de fruits). Mais surtout, elle a rappelé que l'usufruit est un droit réel (un droit sur une chose, comme la propriété) qui peut être saisi comme tout autre bien, indépendamment de la nue-propriété.

Le raisonnement des juges est clair : « l'usufruit est un droit réel qui se reporte sur le prix de vente de l'immeuble ». Autrement dit, quand l'immeuble est vendu, l'usufruit se transforme en une créance sur le prix. Cette créance appartient à l'usufruitier seul, et non à l'indivision. Donc, le créancier personnel de l'usufruitier peut la saisir.

Cette décision confirme une jurisprudence antérieure (Civ. 1re, 15 mai 2008, n°07-13.277) qui admettait déjà la saisie de l'usufruit. Mais elle innove en précisant que même si l'usufruitier est en indivision avec des tiers sur la nue-propriété, son usufruit reste un droit distinct saisissable. Les juges du fond (cour d'appel) avaient commis une erreur en considérant que l'usufruit était « indivis » avec la nue-propriété : or, ce sont deux droits différents, même s'ils portent sur le même bien.

En pratique, cela signifie que pour calculer ce que le créancier peut saisir, on doit évaluer la valeur de l'usufruit (par exemple, selon le barème fiscal : 50% de la valeur du bien si l'usufruitier a 50 ans) et saisir cette somme sur le prix de vente. Le reste du prix (correspondant à la nue-propriété) revient aux nus-propriétaires.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire usufruitier endetté, cette décision est un avertissement. Si vous devez de l'argent à un créancier, il peut potentiellement saisir votre usufruit, même si vous n'êtes que partiellement propriétaire. Imaginons que vous soyez usufruitier à 100% d'un bien valant 200 000 €, et que vos enfants soient nus-propriétaires. Si un créancier vous réclame 40 000 €, il peut faire vendre le bien et se payer sur les 60 000 € correspondant à la valeur de votre usufruit (si vous avez 60 ans, valeur estimée à 30% du bien, soit 60 000 €). Vous perdez votre droit d'usage et de perception des loyers.

Pour un créancier, cette décision ouvre une voie de recours efficace. À Lagny-sur-Marne, un créancier peut désormais saisir directement la quote-part d'usufruit dans le prix de vente, sans attendre le partage de l'indivision. Il peut même provoquer la vente du bien par licitation si nécessaire.

Pour un nu-propriétaire, c'est une inquiétude : la vente forcée de l'immeuble peut être ordonnée pour une dette qui n'est pas la vôtre. Vous serez alors contraint de vendre votre part (la nue-propriété) avec un usufruitier défaillant. Vous recevrez votre quote-part du prix, mais perdrez l'immeuble.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier si vous êtes usufruitier ou nu-propriétaire, et anticiper les risques. Par exemple, si vous êtes usufruitier et que vous avez des dettes, envisagez de vendre votre usufruit à un tiers (avec l'accord du nu-propriétaire) pour désintéresser vos créanciers.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Évaluez régulièrement la valeur de votre usufruit : Faites estimer votre usufruit par un notaire ou un expert, surtout si vous avez des dettes. Cela vous permettra de connaître le montant saisissable.
  • Négociez avec vos créanciers avant la saisie : Si vous êtes en difficulté, proposez un échéancier ou une vente amiable de votre usufruit. Évitez la saisie qui entraîne des frais et une vente forcée.
  • Protégez vos nus-propriétaires : Si vous êtes nu-propriétaire, exigez que l'usufruitier souscrive une assurance ou une garantie pour éviter que ses dettes n'entraînent la vente du bien. Vous pouvez aussi demander la conversion de l'usufruit en rente viagère.
  • Consultez un avocat dès les premières menaces de saisie : À Torcy ou ailleurs, une action rapide peut bloquer une saisie abusive ou organiser une vente à meilleur prix.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une tendance favorable aux créanciers. Déjà, la Cour de cassation avait admis la saisie de l'usufruit en cas de dette personnelle (Civ. 1re, 15 mai 2008, n°07-13.277). Plus récemment, elle a étendu cette possibilité à l'usufruit successif (Civ. 1re, 10 mars 2021, n°19-22.503).

En revanche, un arrêt de 2016 (Civ. 2e, 14 janvier 2016, n°14-29.037) avait semblé limiter la saisie en cas d'indivision, en exigeant le partage préalable. La décision de 2019 clarifie que l'usufruit n'est pas indivis, donc pas besoin de partage. Les tribunaux suivent désormais cette logique : le créancier peut saisir directement la quote-part d'usufruit dans le prix.

À l'avenir, on peut s'attendre à ce que les créanciers utilisent davantage cette voie, et que les usufruitiers cherchent à protéger leur droit par des clauses dans l'acte de donation ou de succession.

Points clés à retenir

FAQ sur la saisie de l'usufruit :

  • Puis-je perdre mon usufruit à cause d'une dette personnelle ? Oui, un créancier peut saisir votre usufruit et demander la vente du bien. Vous perdrez votre droit d'usage.
  • Le nu-propriétaire peut-il s'opposer à la vente ? Non, mais il recevra sa part du prix (la nue-propriété). Il peut toutefois racheter l'usufruit pour éviter la vente.
  • Comment évaluer la valeur de l'usufruit ? Selon un barème fiscal basé sur l'âge : 50% à 50 ans, 30% à 60 ans, 10% à 80 ans. Mais une expertise peut être nécessaire.
  • Que faire si je suis menacé de saisie ? Consultez un avocat expert à Torcy ou Lagny-sur-Marne. Vous pouvez négocier un plan de remboursement ou vendre votre usufruit amiablement.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je perdre mon usufruit à cause d'une dette personnelle ?

Oui, un créancier peut saisir votre usufruit et demander la vente du bien. Vous perdrez votre droit d'usage et de perception des loyers. La valeur de l'usufruit est estimée selon votre âge.

Que faire si mon usufruit est saisi ?

Consultez un avocat immédiatement. Vous pouvez négocier un échéancier avec le créancier, vendre votre usufruit à un tiers, ou demander un délai de grâce au juge.

Le nu-propriétaire peut-il s'opposer à la vente ?

Non, mais il recevra sa part du prix de vente correspondant à la nue-propriété. Il peut toutefois racheter l'usufruit pour éviter la vente forcée.

Comment est évaluée la valeur de l'usufruit ?

Selon un barème fiscal basé sur l'âge de l'usufruitier : 50% de la valeur du bien à 50 ans, 30% à 60 ans, 10% à 80 ans. Une expertise peut être nécessaire en cas de contestation.

Quels sont les délais pour contester une saisie-attribution ?

Le délai est d'un mois à compter de la dénonciation de la saisie. Passé ce délai, la saisie devient définitive. Agissez vite !

Informations juridiques

  • Numéro: 18-12.779
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 15 mai 2019

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire usufruitier endetté à Torcy

M. Dupont, 65 ans, est usufruitier d'une maison à Torcy valant 300 000 €. Il doit 50 000 € à un créancier. Ce dernier saisit son usufruit (évalué à 30% = 90 000 €) et fait vendre la maison.

Application pratique:

M. Dupont aurait pu vendre son usufruit à un proche pour 90 000 €, rembourser sa dette et conserver l'usage du bien. Il doit consulter un avocat pour négocier ou proposer une vente amiable.

2

Créancier souhaitant recouvrer sa créance à Lagny-sur-Marne

Une société de crédit a une créance de 20 000 € sur Mme Martin, usufruitière d'un appartement à Lagny-sur-Marne (valeur 150 000 €). Ses enfants sont nus-propriétaires.

Application pratique:

Le créancier peut saisir la part d'usufruit (environ 45 000 € si Mme Martin a 55 ans) et obtenir le paiement intégral. Il doit faire délivrer un commandement puis pratiquer une saisie-attribution sur le prix de vente.

3

Nu-propriétaire inquiet à Meaux

M. Leroy est nu-propriétaire d'un bien à Meaux avec son père usufruitier. Son père a des dettes. Un créancier menace de vendre le bien.

Application pratique:

M. Leroy peut racheter l'usufruit de son père pour éviter la vente. Il doit proposer un prix correspondant à la valeur de l'usufruit et faire constater l'accord par acte notarié.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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