Promesse de vente de nue-propriété : attention à l'usufruit qui s'éteint
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Promesse de vente de nue-propriété : attention à l'usufruit qui s'éteint

📅 Décision du 28 janvier 2009⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation précise que la promesse de vente de la nue-propriété d'un bien grevé d'usufruit porte en réalité sur la pleine propriété si l'usufruit s'éteint avant la vente. Une décision cruciale pour les propriétaires et acquéreurs.

Décision de référence : cc • N° 08-12.649 • 2009-01-28 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Aix-les-Bains, mais votre mère en a l'usufruit (le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les loyers). Vous signez une promesse de vente de la nue-propriété (le bien sans l'usufruit) à un acheteur. Avant la vente définitive, votre mère décède : l'usufruit s'éteint. Que se passe-t-il ? La promesse porte-t-elle encore sur la nue-propriété ou sur la pleine propriété ?

C'est exactement la question posée à la Cour de cassation dans l'arrêt du 28 janvier 2009 (n° 08-12.649). Une question que tout propriétaire ou acquéreur devrait connaître avant de signer. Car la réponse peut changer la donne financièrement.

La Cour a tranché : sauf clause contraire, la promesse de vente de la nue-propriété d'un bien grevé d'usufruit a nécessairement pour objet, en cas d'extinction de l'usufruit, la pleine propriété. Autrement dit, l'acheteur peut exiger la pleine propriété au même prix. Une décision qui protège l'acquéreur, mais qui peut surprendre le vendeur.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Y, propriétaire d'un immeuble à Cognin, avait consenti une promesse de vente de la nue-propriété de son bien à un acquéreur. L'immeuble était grevé d'un usufruit au profit de sa mère, Mme X. La promesse était signée, le prix fixé. Mais avant la réitération par acte authentique (la vente définitive chez le notaire), la mère décède. L'usufruit s'éteint donc, conformément à l'article 617 du Code civil (qui prévoit que l'usufruit prend fin à la mort de l'usufruitier).

L'acquéreur, se trouvant alors en droit de prétendre à la pleine propriété, assigne M. Y en réalisation forcée de la vente (pour l'obliger à vendre la pleine propriété au prix convenu). M. Y refuse, estimant que la promesse ne portait que sur la nue-propriété, et que l'extinction de l'usufruit modifie l'objet du contrat. Il argue que l'acquéreur doit payer un supplément de prix pour acquérir la pleine propriété.

La cour d'appel de Chambéry donne raison à M. Y. Mais l'acquéreur se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel et renvoie l'affaire devant la cour d'appel de Lyon. Pour la Haute juridiction, la promesse de vente de la nue-propriété s'analyse, en cas d'extinction de l'usufruit, comme une promesse de vente de la pleine propriété. Le vendeur ne peut donc pas exiger un prix plus élevé.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 617 du Code civil, qui énonce les causes d'extinction de l'usufruit : mort de l'usufruitier, expiration du délai, consolidation (réunion de l'usufruit et de la nue-propriété dans les mêmes mains), etc. En l'espèce, le décès de l'usufruitière a éteint l'usufruit.

Mais le raisonnement va plus loin. La Cour considère que la promesse de vente de la nue-propriété d'un bien grevé d'usufruit a « nécessairement pour objet, en cas d'extinction de l'usufruit, la pleine propriété de ce bien ». Pourquoi ? Parce que l'intention des parties, lorsqu'elles signent une telle promesse, est de transférer la propriété du bien à terme, et non de laisser subsister un usufruit qui n'existe plus. Si l'usufruit disparaît avant la vente, l'objet du contrat devient la pleine propriété, sans que le prix doive être renégocié.

Cette solution est une confirmation de la jurisprudence antérieure (Civ. 3e, 12 mai 1999, n° 97-13.869). Elle n'est pas un revirement. Mais elle est souvent méconnue des praticiens et des particuliers. La Cour d'appel de Chambéry avait commis l'erreur de raisonner comme si l'usufruit était un élément durable, alors que le contrat anticipait son extinction possible. Les juges du fond avaient violé l'article 617 en ne tirant pas les conséquences de l'extinction de l'usufruit sur l'objet de la promesse.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire (le vendeur) : si vous signez une promesse de vente de la nue-propriété et que l'usufruitier décède avant la vente définitive, vous serez obligé de vendre la pleine propriété au même prix. Perte financière potentielle : la valeur de l'usufruit, qui peut représenter 30 à 50 % de la valeur du bien selon l'âge de l'usufruitier. Exemple à Cognin : un bien valant 200 000 € en pleine propriété, l'usufruit d'une personne de 70 ans vaut environ 30 % (60 000 €). Si vous vendez la nue-propriété 140 000 € et que l'usufruit s'éteint, vous devrez livrer la pleine propriété pour 140 000 €. Soit une moins-value de 60 000 €.

Pour un acquéreur : c'est une protection. Vous pouvez exiger la pleine propriété sans payer plus. Mais attention : si vous souhaitez au contraire n'acquérir que la nue-propriété (par exemple pour des raisons fiscales), vous devez stipuler une clause de réserve d'usufruit dans la promesse, comme le mentionne le titre de l'arrêt. Sinon, la promesse portera sur la pleine propriété.

Pour un professionnel de l'immobilier (agent, notaire) : vous devez informer vos clients de cette règle. Insérez une clause précisant le sort de la promesse en cas d'extinction de l'usufruit. Sans cela, le vendeur peut être piégé.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Stipulez une clause de réserve d'usufruit dans la promesse : si vous voulez que la vente reste limitée à la nue-propriété même après extinction de l'usufruit, écrivez-le noir sur blanc. Exemple : « La présente promesse est consentie sous la condition que l'usufruit subsiste jusqu'à la réitération. En cas d'extinction, la vente sera annulée ou le prix réduit. »
  • Faites estimer la valeur de l'usufruit : avant de signer, calculez la valeur de l'usufruit selon le barème fiscal (âge de l'usufruitier). Cela vous permettra d'anticiper l'impact financier d'une extinction anticipée.
  • Prévoyez un délai de réalisation court : plus le temps entre la promesse et l'acte authentique est long, plus le risque de décès de l'usufruitier est élevé. Fixez une date butoir raisonnable (3 à 6 mois).
  • Consultez un avocat spécialisé : avant de signer une promesse de vente de nue-propriété, faites vérifier le contrat par un avocat en droit immobilier. Cela vous coûtera quelques centaines d'euros, mais évitera des litiges bien plus coûteux.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 1999 (Civ. 3e, 12 mai 1999, n° 97-13.869), la Cour avait jugé que la promesse de vente de la nue-propriété emportait, en cas d'extinction de l'usufruit, obligation de vendre la pleine propriété. L'arrêt de 2009 ne fait que confirmer cette solution, en la précisant : « sauf stipulation d'une réserve d'usufruit ».

En sens inverse, si l'acquéreur refuse d'acquérir la pleine propriété après extinction de l'usufruit, il peut être condamné à des dommages-intérêts pour inexécution contractuelle. La tendance des tribunaux est donc de maintenir l'équilibre contractuel, mais en protégeant l'acquéreur contre un changement de prix imprévu.

Pour l'avenir, il est probable que les notaires et avocats intègrent systématiquement une clause dans les promesses de vente de nue-propriété pour clarifier le sort en cas d'extinction. La jurisprudence est désormais bien établie.

Checklist avant d'agir

  • Suis-je vendeur d'une nue-propriété ? → Vérifiez si l'usufruitier est âgé ou en mauvaise santé. Si oui, insérez une clause de réserve d'usufruit.
  • Suis-je acquéreur d'une nue-propriété ? → Sachez que vous pourrez exiger la pleine propriété si l'usufruit s'éteint avant la vente, sans supplément de prix.
  • La promesse contient-elle une clause sur l'extinction de l'usufruit ? → Si non, demandez à votre notaire ou avocat d'en ajouter une.
  • Quel est l'âge de l'usufruitier ? → Utilisez le barème fiscal pour évaluer l'impact financier d'une extinction.
  • Quel est le délai entre promesse et acte authentique ? → Plus il est long, plus le risque est grand. Négociez un délai court.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Que se passe-t-il si l'usufruitier décède avant la signature de l'acte authentique ?

La promesse de vente de la nue-propriété devient automatiquement une promesse de vente de la pleine propriété. L'acquéreur peut exiger la pleine propriété au même prix, sauf clause contraire dans la promesse.

Puis-je vendre la nue-propriété en excluant le risque d'extinction de l'usufruit ?

Oui, en insérant une clause de réserve d'usufruit dans la promesse. Cette clause stipule que si l'usufruit s'éteint avant la vente, la promesse est caduque ou le prix est réduit.

Quels sont les délais pour agir en justice si le vendeur refuse de vendre la pleine propriété ?

L'acquéreur peut saisir le tribunal judiciaire dans un délai de 5 ans à compter de la promesse pour demander l'exécution forcée. Il est conseillé d'agir rapidement, car le prix peut être réévalué.

Quel est le coût d'une consultation chez un avocat pour ce type de litige ?

Une première consultation de 30 minutes coûte généralement entre 150€ et 300€ selon l'avocat. Maître Zakine propose une consultation à 45€ pour un premier diagnostic.

Cette décision s'applique-t-elle aussi aux ventes d'usufruit temporaire ?

Oui, le même raisonnement s'applique : si l'usufruit temporaire prend fin avant la vente, la promesse porte sur la pleine propriété, sauf clause contraire.

Informations juridiques

  • Numéro: 08-12.649
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 28 janvier 2009

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire vendeur d'une nue-propriété à Aix-les-Bains

M. Dupont, 60 ans, vend la nue-propriété de sa maison à Aix-les-Bains, grevée d'un usufruit au profit de sa mère de 85 ans. La promesse est signée en janvier. En mars, sa mère décède. L'acquéreur exige la pleine propriété sans supplément de prix.

Application pratique:

M. Dupont aurait dû insérer une clause de réserve d'usufruit. Sans cela, il doit livrer la pleine propriété pour le prix de la nue-propriété (perte d'environ 40% de la valeur). Il peut tenter de négocier un avenant, mais l'acquéreur peut l'y contraindre en justice.

2

Acquéreur d'une nue-propriété à Cognin

Mme Martin achète la nue-propriété d'un appartement à Cognin, avec usufruit au profit du vendeur (70 ans). Elle paie 120 000 € pour un bien valant 200 000 € en pleine propriété. Le vendeur décède avant la vente définitive.

Application pratique:

Mme Martin peut exiger la pleine propriété pour 120 000 €. Elle gagne 80 000 € de moins-value. Elle doit envoyer une lettre recommandée au vendeur (ou à ses héritiers) pour confirmer son option et demander la réitération.

3

Notaire ou agent immobilier à Chambéry

Un notaire rédige une promesse de vente de nue-propriété pour un client. Il omet de préciser le sort en cas d'extinction de l'usufruit. L'usufruitier décède, litige.

Application pratique:

Le notaire peut engager sa responsabilité professionnelle pour défaut de conseil. Il doit désormais systématiquement proposer une clause de réserve d'usufruit et informer les parties des conséquences juridiques.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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