Congé pour reprise par une SCI : la Cour de cassation invalide la dispense de relogement
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Congé pour reprise par une SCI : la Cour de cassation invalide la dispense de relogement

📅 Décision du 07 luglio 2016⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation a jugé qu'une SCI familiale ne peut pas bénéficier de la dispense d'offre de relogement lors d'un congé pour reprise au profit d'un associé, contrairement à un bailleur personne physique. Cette décision protège les locataires âgés ou modestes.

Décision de référence : cc • N° 14-29.148 • 2016-07-07 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes locataire d'un appartement à Pacé, près de Rennes, depuis quinze ans. Un jour, vous recevez un congé pour reprise : le propriétaire, une SCI familiale, veut loger l'un de ses associés. Vous avez plus de 65 ans et vos ressources sont modestes. La loi vous protège normalement : le bailleur doit vous proposer un relogement. Mais la SCI estime ne pas y être obligée, car elle agit pour un associé. Qui a raison ? La Cour de cassation a tranché en 2016 : la SCI ne peut pas se prévaloir de la dispense d'offre de relogement réservée aux personnes physiques. Explications.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme F., locataire de deux appartements à Saint-Malo, propriété de la SCI Marjebes, reçoit le 30 mai 2012 deux congés pour reprise au profit d'un associé de la SCI. Elle conteste leur validité. La SCI soutient qu'elle n'a pas à proposer de relogement, car la reprise bénéficie à un associé, personne physique. Le tribunal donne raison à la locataire : les congés sont nuls. La SCI fait appel, mais la cour d'appel confirme. Pourquoi ? Parce que la dispense d'offre de relogement prévue par l'article 15, III, alinéa 2 de la loi du 6 juillet 1989 est réservée au bailleur personne physique. La SCI, personne morale, ne peut pas en bénéficier, même si elle est familiale et agit pour un associé. L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation, qui rejette le pourvoi de la SCI en 2016.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La question était simple : une SCI familiale qui donne un congé pour reprise au profit d'un associé peut-elle être dispensée d'offrir un relogement au locataire ? La loi du 6 juillet 1989, dans son article 15, III, prévoit que le bailleur peut reprendre le logement pour y habiter lui-même ou pour loger un proche. Mais si le locataire est âgé (plus de 65 ans) et a des ressources modestes, le bailleur doit lui proposer un logement correspondant à ses besoins. L'alinéa 2 de ce même article dispense de cette obligation les bailleurs personnes physiques qui reprennent pour eux-mêmes ou pour un proche. La SCI Marjebes invoquait cette dispense, arguant que l'associé est une personne physique. La Cour de cassation a dit non : le texte est clair, la dispense ne profite qu'au bailleur personne physique. Une SCI, même familiale, reste une personne morale. Le législateur a voulu protéger les locataires vulnérables, et cette protection ne peut être contournée par le choix d'une structure sociétale. Les juges ont donc validé l'annulation des congés.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un bien immobilier via une SCI, vous ne pouvez pas vous exonérer de l'obligation de relogement en cas de congé pour reprise, même si le bénéficiaire est un associé. Concrètement, si votre locataire a plus de 65 ans et que ses revenus annuels sont inférieurs à un certain plafond (environ 22 000 € par an pour une personne seule en 2024), vous devez lui trouver un logement équivalent dans le même secteur. À Saint-Malo, où les loyers sont élevés, cela peut représenter un effort financier important. Si vous êtes locataire, cette décision vous protège : vous ne pouvez pas être expulsé sans solution de relogement, même si le propriétaire est une SCI. En cas de congé pour reprise, vérifiez vos droits : si vous remplissez les conditions d'âge et de ressources, exigez une offre de relogement. Un exemple chiffré : Mme F. avait 70 ans et des revenus de 1 200 € par mois. Sans cette décision, elle aurait dû quitter son logement sans aucune aide. Grâce à elle, la SCI a dû lui proposer un logement ou renoncer à la reprise.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Avant de donner un congé pour reprise, vérifiez si votre locataire est protégé : âge, ressources, présence de personnes handicapées. Si oui, préparez une offre de relogement conforme.
  • Si vous êtes en SCI, ne vous croyez pas automatiquement dispensé : la dispense ne vaut que pour les bailleurs personnes physiques. Consultez un avocat pour évaluer votre situation.
  • Pour le locataire : à réception d'un congé, examinez vos droits : si vous avez plus de 65 ans et des ressources modestes, répondez par écrit en exigeant un relogement. Conservez tous les justificatifs.
  • En cas de doute, saisissez la commission de conciliation avant toute action judiciaire. Cela peut résoudre le litige à l'amiable et éviter des frais.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une tendance protectrice des locataires vulnérables. La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 4 novembre 2010 (n° 09-69.976), que la dispense d'offre de relogement ne s'applique pas aux sociétés civiles immobilières. L'arrêt de 2016 confirme et précise que même une SCI familiale, dont l'objet est de loger ses associés, ne peut y prétendre. Les tribunaux sont stricts : ils vérifient la nature du bailleur (personne physique ou morale) et ne se laissent pas influencer par la finalité de la reprise. Pour l'avenir, les propriétaires doivent intégrer cette règle dans leur stratégie locative : une SCI n'est pas un moyen de contourner la protection des locataires âgés. Une réforme législative est peu probable, car la protection des personnes vulnérables est un enjeu social fort.

Points clés à retenir

FAQ :
1. Une SCI peut-elle donner un congé pour reprise ? Oui, mais elle doit respecter l'obligation de relogement si le locataire est âgé ou modeste.
2. Quels sont les critères pour bénéficier de la protection ?

Questions fréquentes

Une SCI peut-elle donner un congé pour reprise sans proposer de relogement ?

Non, sauf si le locataire ne remplit pas les conditions d'âge (moins de 65 ans) ou de ressources. La dispense d'offre de relogement est réservée aux bailleurs personnes physiques.

Que faire si je suis locataire et que je reçois un congé pour reprise d'une SCI ?

Vérifiez si vous avez plus de 65 ans et/ou des ressources modestes. Si oui, exigez par écrit une offre de relogement. En l'absence d'offre, contestez le congé devant le tribunal dans les deux mois.

Quels sont les délais pour contester un congé pour reprise ?

Vous avez deux mois à compter de la réception du congé pour saisir le tribunal d'instance. Passé ce délai, le congé devient définitif.

Puis-je, en tant que SCI, bénéficier de la dispense si l'associé est une personne physique ?

Non, la Cour de cassation a clairement jugé que la dispense ne profite qu'au bailleur personne physique, même si l'associé repreneur est une personne physique.

Quel est le plafond de ressources pour bénéficier de la protection ?

Le plafond est actualisé chaque année. Pour 2024, il est d'environ 22 000 € par an pour une personne seule en métropole (hors Île-de-France).

Informations juridiques

  • Numéro: 14-29.148
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 juillet 2016

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur via une SCI à Pacé

Vous êtes gérant d'une SCI familiale propriétaire d'un appartement à Pacé. Vous souhaitez donner congé à votre locataire de 70 ans pour loger votre fils. Ses revenus sont de 1 500 €/mois.

Application pratique:

Vous devez proposer un relogement correspondant à ses besoins (même nombre de pièces, loyer similaire, dans le même secteur). Si vous ne le faites pas, le congé sera nul et le locataire pourra rester. Consultez un avocat pour rédiger l'offre de relogement.

2

Locataire âgé à Saint-Malo

Vous avez 68 ans, vivez dans un T2 à Saint-Malo avec 1 200 € de retraite. La SCI propriétaire vous donne congé pour reprise au profit d'un associé, sans offre de relogement.

Application pratique:

Vous êtes protégé. Répondez par lettre recommandée en exigeant une offre de relogement. Si la SCI refuse, saisissez le tribunal d'instance dans les deux mois. Vous pouvez aussi demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi.

3

Acquéreur d'un bien loué en SCI

Vous achetez un appartement occupé par un locataire de plus de 65 ans. La SCI venderesse vous cède les droits. Vous voulez donner congé pour y habiter.

Application pratique:

Vous êtes désormais bailleur personne morale (SCI). Vous devez respecter l'obligation de relogement si le locataire est protégé. Prévoyez cette contrainte dans votre projet d'acquisition. Négociez le prix en conséquence.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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