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Servitude non aedificandi : pas de prohibition sans titre, même si le règlement de copropriété l'impose
Droit-foncier

Servitude non aedificandi : pas de prohibition sans titre, même si le règlement de copropriété l'impose

📅 Décision du 27 mars 1973⚖️ Cour de cassation👁️ 18 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'une servitude non aedificandi (interdiction de construire) ne peut naître du seul règlement de copropriété : elle doit être établie par titre, usage ou destination du père de famille. Sans cela, un copropriétaire peut construire librement, même si les règles en vigueur au moment de la division du fonds semblaient l'interdire.

Décision de référence : cc • N° 71-13.790 • 1973-03-27 • Consulter la décision →

Imaginez : vous venez d'acheter une maison à Mimizan, avec un grand terrain. Vous projetez d'y construire un garage, mais votre voisin vous arrête net : « C'est interdit, le règlement de copropriété l'empêche ! ». Sauf que ce règlement date de 1960, et depuis, les règles d'urbanisme ont changé. Qui a raison ? Cette question, pourtant banale, a donné lieu à un arrêt fondateur de la Cour de cassation en 1973. Dans cette affaire, une société civile immobilière revendiquait une servitude non aedificandi (interdiction de construire) sur le lot voisin, en se fondant sur le règlement de copropriété en vigueur au jour de la division du fonds. Mais la Cour a tranché : sans titre, pas de servitude. Explications.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Dans cette affaire, une société civile immobilière (SCI) était propriétaire de plusieurs lots dans un immeuble en copropriété à Paris. Elle estimait que le lot voisin, appartenant à un autre copropriétaire, était grevé d'une servitude non aedificandi (interdiction de construire) sur une bande de terrain de plusieurs mètres de part et d'autre de la ligne séparative. Cette servitude résulterait, selon elle, du règlement de copropriété en vigueur au moment de la division du fonds (c'est-à-dire au moment où le propriétaire initial a divisé son terrain en plusieurs lots). En outre, elle revendiquait une servitude de passage par une porte cochère, une servitude de cour commune et une servitude d'égout. Le voisin, lui, avait construit sur son lot une construction conforme à la réglementation en vigueur au moment de sa réalisation. La SCI a alors assigné le voisin en justice pour faire reconnaître ces servitudes et obtenir la démolition de la construction. La cour d'appel a rejeté ses demandes, estimant que la servitude non aedificandi n'était pas établie. La SCI s'est pourvue en cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La question juridique centrale est la suivante : une servitude non apparente (comme la non aedificandi) peut-elle résulter du seul règlement de copropriété en vigueur au jour de la division du fonds ? La Cour de cassation répond non. Pour qu'une servitude existe, elle doit être établie par un titre (acte notarié, contrat), par l'usucapion (possession trentenaire) ou par la destination du père de famille (le propriétaire commun a organisé les lieux comme s'il y avait servitude avant la division). Or, en l'espèce, la SCI ne produisait aucun titre, et l'usucapion était impossible pour une servitude non apparente (car elle ne se manifeste pas par des signes extérieurs). Quant à la destination du père de famille, elle supposerait que le propriétaire d'origine ait établi une situation permanente de servitude avant la division, ce qui n'était pas prouvé. La Cour constate que la construction édifiée sur le lot était conforme à la réglementation en vigueur lors de sa réalisation. Ce seul motif suffit à justifier le refus de reconnaître la servitude non aedificandi. undefined, le simple fait que le règlement de copropriété initial prévoyait une interdiction de construire ne crée pas une servitude opposable aux propriétaires successifs. Cette décision est une application stricte du principe selon lequel les servitudes sont de droit étroit (article 686 du Code civil).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Que vous soyez propriétaire, acquéreur ou copropriétaire, cet arrêt vous concerne directement. Pour les propriétaires bailleurs : si vous projetez de construire une extension ou un garage sur votre lot, vérifiez les titres de propriété. Ne vous fiez pas uniquement au règlement de copropriété. Sans titre écrit, vous pouvez contester une interdiction de construire. Exemple à Mont-de-Marsan : un propriétaire d'un lot dans une résidence des années 1970 veut ajouter une véranda. Le règlement interdit les constructions nouvelles, mais la Cour de cassation dit que cette interdiction n'est pas une servitude opposable. Il peut construire, sous réserve des règles d'urbanisme. Pour les acquéreurs : avant d'acheter, exigez une liste des servitudes dans l'acte de vente. Si le vendeur vous dit « c'est interdit par le règlement », demandez-lui de vous montrer le titre. Pour les copropriétaires : si vous voulez protéger votre vue ou votre ensoleillement, ne comptez pas sur le règlement : faites inscrire une servitude dans l'acte de copropriété. En pratique, cela signifie qu'une interdiction de construire dans un règlement de copropriété peut être contournée si elle n'est pas reprise dans les titres individuels. Mais attention : le règlement de copropriété peut imposer des restrictions contractuelles (clauses) qui sont valables entre copropriétaires, même sans être des servitudes réelles. C'est une nuance importante que peu de gens connaissent.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez vos titres de propriété : avant d'entreprendre des travaux, lisez attentivement l'acte de vente et le règlement de copropriété. Une servitude non aedificandi doit y figurer expressément.
  • Faites appel à un notaire ou un avocat spécialisé : pour interpréter les clauses du règlement et déterminer si elles créent des servitudes ou seulement des obligations contractuelles.
  • Consultez le plan local d'urbanisme (PLU) : même si le règlement de copropriété interdit de construire, les règles d'urbanisme peuvent autoriser des dérogations. À l'inverse, le PLU peut interdire ce que le règlement autorise.
  • En cas de doute, engagez une action en référé : si votre voisin commence des travaux que vous estimez contraires à une servitude, saisissez le juge des référés pour faire cesser le trouble. Mais préparez vos preuves (titre, actes, constats d'huissier).

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1973 s'inscrit dans une jurisprudence constante : les servitudes non apparentes ne peuvent s'établir que par titre (Cass. civ. 3e, 18 décembre 2002, n° 01-03.287). Une autre décision, plus récente, précise que le règlement de copropriété ne peut créer une servitude que s'il est annexé au titre de propriété de chaque lot (Cass. civ. 3e, 12 mai 2010, n° 09-13.280). La tendance des tribunaux est donc protectrice du propriétaire qui construit : tant qu'aucun titre ne lui interdit, il est libre. Mais attention : depuis 1973, la jurisprudence a évolué sur la notion de destination du père de famille. Aujourd'hui, elle peut être retenue même pour des servitudes non apparentes si le propriétaire d'origine a établi une situation permanente avant la division (par exemple, en construisant un mur de soutènement qui empêche de bâtir). Ce que cela signifie pour l'avenir : les litiges de ce type se multiplieront avec la densification urbaine. À Mimizan comme ailleurs, il est crucial de formaliser par écrit toute restriction de construire.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

  • Puis-je construire si le règlement de copropriété l'interdit ? Oui, si cette interdiction n'est pas reprise dans votre titre de propriété. Le règlement de copropriété n'a qu'une valeur contractuelle entre copropriétaires, mais ne crée pas de servitude réelle.
  • Que faire si mon voisin construit en violation d'une servitude non aedificandi ? Vérifiez d'abord si cette servitude est mentionnée dans son titre de propriété ou dans le vôtre. Si oui, agissez en justice. Sinon, vous ne pouvez pas l'empêcher.
  • Quels sont les délais pour agir ? L'action en reconnaissance de servitude est imprescriptible (pas de délai), mais l'action en démolition d'une construction illicite se prescrit par 30 ans à compter de l'achèvement des travaux.
  • Combien coûte une procédure ? Une action en référé coûte entre 1 500 et 3 000 € d'avocat, plus les frais d'expertise éventuels. Une procédure au fond peut aller de 5 000 à 15 000 € selon la complexité.
  • Puis-je obtenir une servitude par prescription (usucapion) ? Pour une servitude non apparente, non, car elle ne se manifeste pas par des signes extérieurs. Seule une servitude apparente (ex : passage, vue) peut être acquise par possession trentenaire.

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Questions fréquentes

Puis-je construire si le règlement de copropriété l'interdit ?

Oui, si cette interdiction n'est pas reprise dans votre titre de propriété. Le règlement de copropriété n'a qu'une valeur contractuelle entre copropriétaires, mais ne crée pas de servitude réelle.

Que faire si mon voisin construit en violation d'une servitude non aedificandi ?

Vérifiez d'abord si cette servitude est mentionnée dans son titre de propriété ou dans le vôtre. Si oui, agissez en justice. Sinon, vous ne pouvez pas l'empêcher.

Quels sont les délais pour agir ?

L'action en reconnaissance de servitude est imprescriptible, mais l'action en démolition d'une construction illicite se prescrit par 30 ans à compter de l'achèvement des travaux.

Combien coûte une procédure pour faire respecter une servitude ?

Une action en référé coûte entre 1 500 et 3 000 € d'avocat, plus les frais d'expertise. Une procédure au fond peut aller de 5 000 à 15 000 € selon la complexité.

Puis-je obtenir une servitude par prescription (usucapion) ?

Pour une servitude non apparente, non, car elle ne se manifeste pas par des signes extérieurs. Seule une servitude apparente peut être acquise par possession trentenaire.

Informations juridiques

  • Numéro: 71-13.790
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 27 mars 1973

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Mimizan veut construire un garage

Un propriétaire d'un lot dans une résidence à Mimizan veut construire un garage. Le règlement de copropriété de 1975 interdit toute construction nouvelle. Son voisin s'y oppose.

Application pratique:

Le propriétaire peut contester l'interdiction car le règlement ne crée pas de servitude non aedificandi. Il doit vérifier son titre de propriété : si aucune servitude n'y est mentionnée, il peut construire, sous réserve du PLU. Il doit informer le syndic et ses voisins par lettre recommandée.

2

Acquéreur à Mont-de-Marsan découvre une interdiction après achat

Un acquéreur achète un lot à Mont-de-Marsan. Après la vente, il apprend que le règlement de copropriété interdit les extensions. Il voulait agrandir sa cuisine.

Application pratique:

L'acquéreur peut demander l'annulation de la clause d'interdiction si elle n'est pas reprise dans son titre. Il doit consulter un avocat pour vérifier si la clause est une servitude ou une obligation contractuelle. Si c'est une obligation, elle est opposable entre copropriétaires. Il peut aussi négocier une modification du règlement en assemblée générale.

3

Copropriétaire veut protéger sa vue sur les pins

Un copropriétaire à Mimizan veut empêcher son voisin de construire un étage qui lui boucherait la vue sur les pins. Le règlement de copropriété ne prévoit rien.

Application pratique:

Il ne peut pas compter sur le règlement. Il doit proposer une modification du règlement en assemblée générale pour créer une servitude non aedificandi, ou acheter une servitude par acte notarié. Sinon, il n'a aucun recours légal.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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