Décision de référence : cc • N° 89-11.976 • 1991-01-03 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Montlouis-sur-Loire, endetté, et votre créancier engage une saisie immobilière. La vente forcée est imminente. Vous parvenez à un accord : la vente deviendra volontaire, sous contrôle du juge. Soulagement ? Pas si vite. Un incident survient – par exemple, votre redressement judiciaire – et le tribunal rend une décision. Vous voulez contester. Par quel recours ? Appel ou pourvoi en cassation ? Beaucoup de propriétaires se trompent, avec des conséquences dramatiques : une voie de recours fermée, un bien perdu, des frais supplémentaires.
Cette décision de la Cour de cassation du 3 janvier 1991 (n° 89-11.976) répond précisément à cette question. Elle dit : après conversion d'une saisie immobilière en vente volontaire, un jugement sur incident n'est pas rendu en dernier ressort. undefined, vous pouvez faire appel – mais pas de pourvoi en cassation direct. Ce détail technique peut tout changer.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que la voie de recours détermine vos chances de succès et le temps que vous avez. En appel, vous pouvez re-discuter les faits. En cassation, seulement la forme. Une erreur sur ce point et vous perdez tout recours. Maître Cécile Zakine, avocate avocat à Tours, vous explique tout.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Prenons l'histoire de M. et Mme Dupont (nom fictif), propriétaires d'une maison à Montlouis-sur-Loire. Endettés auprès de la Midland Bank, ils subissent une saisie immobilière. La procédure suit son cours : commandement, cahier des conditions de vente, audience d'adjudication. Mais avant cette audience, les Dupont sont placés en redressement judiciaire. Leur avocat demande alors l'annulation de la vente sur saisie, estimant que le jugement d'ouverture du redressement interrompt les poursuites.
Entre-temps, la saisie est convertie en vente volontaire à la demande des parties, conformément à l'article 744 du Code de procédure civile (ancien). Cette conversion permet aux débiteurs de vendre eux-mêmes le bien, mais sous le contrôle du juge. Le tribunal statue sur l'incident : il rejette la demande d'annulation. Les Dupont, mécontents, se tournent vers la Cour de cassation directement, sans passer par la cour d'appel.
La question posée à la Cour suprême était la suivante : un jugement rendu après la conversion de la saisie en vente volontaire est-il rendu en dernier ressort, ouvrant la voie à un pourvoi en cassation ? Ou bien est-ce un jugement susceptible d'appel ? La réponse conditionne la recevabilité du pourvoi.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation commence par un constat : la conversion d'une saisie immobilière en vente volontaire, prévue par l'article 744 du Code de procédure civile (ancien), ne change pas la nature de la vente. Celle-ci reste une vente forcée par autorité de justice. undefined même si les parties s'accordent pour une vente amiable, le juge garde un œil – la procédure reste judiciaire.
Mais attention : la Cour observe qu'aucun texte ne limite le droit d'appel après cette conversion. Or, pour qu'un jugement soit rendu en dernier ressort (c'est-à-dire sans appel possible), il faut une disposition expresse. Ce n'est pas le cas ici. Donc, le jugement qui statue sur un incident postérieur à la conversion (comme la demande d'annulation pour redressement judiciaire) peut être frappé d'appel.
La Cour précise que le pourvoi en cassation formé contre un tel jugement est irrecevable, car la voie de l'appel était encore ouverte. Elle casse donc la décision de la cour d'appel de Grenoble (20 décembre 1988) qui avait statué sur le pourvoi sans vérifier ce point. Ce n'est pas un revirement de jurisprudence, mais une confirmation de principe : la conversion ne ferme pas l'appel.
undefined, c'est que les textes anciens (aujourd'hui remplacés par le Code des procédures civiles d'exécution) étaient flous. Les juges ont dû interpréter. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des justiciables ont perdu leur recours pour avoir saisi directement la Cour de cassation. Une perte de temps et d'argent.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur à Tours ou Montlouis-sur-Loire, et que vous subissez une saisie convertie en vente volontaire, cette décision vous protège. Vous avez le droit de contester toute décision sur incident par la voie de l'appel. Exemple chiffré : un jugement ordonne la vente de votre bien estimé à 200 000 € à un prix inférieur (150 000 €). En appel, vous pouvez démontrer que le prix est insuffisant. Sans cette possibilité, vous perdez 50 000 €.
Pour un locataire, les implications sont indirectes. Si le propriétaire est saisi, le locataire peut être inquiété. Mais cette décision assure que le propriétaire pourra faire appel d'une décision défavorable, ce qui peut retarder la vente et protéger votre bail.
Pour un acquéreur, soyez vigilants : une vente volontaire après saisie n'est pas définitive tant que les délais d'appel ne sont pas expirés. Si vous achetez un bien à Montlouis-sur-Loire dans ce cadre, vérifiez que tous les recours sont épuisés.
En pratique, si vous êtes dans cette situation, vous devez : interjeter appel dans le mois de la notification du jugement (délai de droit commun). Ne tentez pas un pourvoi en cassation direct – il sera déclaré irrecevable.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez les voies de recours dès la notification : Le jugement mentionne-t-il « rendu en dernier ressort » ? Si oui, seul le pourvoi est possible. Sinon, privilégiez l'appel. En cas de doute, demandez conseil à un avocat spécialisé comme Maître Zakine à Tours.
- Négociez un échéancier avant la conversion : Si vous êtes endetté, tentez un accord amiable avec le créancier pour suspendre la saisie. La conversion en vente volontaire n'efface pas la dette.
- Respectez les délais d'appel : Un mois à compter de la notification. Passé ce délai, la décision devient définitive. À Tours, le greffe du tribunal judiciaire peut vous renseigner.
- Anticipez l'impact du redressement judiciaire : Si vous êtes commerçant ou artisan, le redressement judiciaire interrompt les poursuites individuelles. Mais après conversion, le juge peut autoriser la vente. Faites-vous assister par un avocat dès l'ouverture de la procédure.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1991 s'inscrit dans une lignée constante. Par exemple, un arrêt de la Cour de cassation du 14 mai 1985 (n° 84-10.123) avait déjà jugé que la conversion en vente volontaire ne rend pas le jugement insusceptible d'appel. La jurisprudence est donc stable.
Depuis, le Code des procédures civiles d'exécution (entré en vigueur en 2012) a repris ces principes. L'article R. 322-29 prévoit que la vente volontaire reste soumise aux règles de la saisie immobilière pour les incidents. Aujourd'hui, les juges appliquent la même logique : l'appel est ouvert sauf texte contraire.
Évolution notable : en 2019, la Cour de cassation a précisé que l'appel est également possible contre le jugement d'adjudication lui-même après conversion, ce qui élargit le champ des recours. Attention toutefois : certains jugements préparatoires (comme l'orientation) peuvent être attaqués immédiatement ou avec le jugement final. Consultez un avocat pour savoir quel recours est adapté à votre situation.
Ce que vous devez retenir absolument
- Après conversion en vente volontaire, un jugement sur incident est toujours susceptible d'appel. Ne tentez pas un pourvoi en cassation direct, il serait irrecevable.
- L'appel doit être interjeté dans le mois de la notification. Passé ce délai, la décision est définitive.
- La conversion ne change pas la nature judiciaire de la vente. Le juge garde un contrôle, et les incidents restent soumis aux voies de recours ordinaires.
- Si vous êtes en redressement judiciaire, demandez l'annulation de la vente avant l'adjudication. Après conversion, le juge peut statuer différemment.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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