Décision de référence : cc • N° 89-17.916 • 1991-10-09 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'une maison à Saint-Vincent-de-Tyrosse, dans les Landes. Avec votre frère, vous avez hérité d'un terrain en Indivision et copropriété">indivision. Un jour, vous apprenez que votre frère a signé une promesse de vente avec un voisin, sans vous prévenir. Vous disposez d'un droit de préemption (priorité pour acheter la part de votre frère) prévu par l'article 815-14 du Code civil. Mais que se passe-t-il si le voisin, mécontent, vous attaque en justice ? Cette décision de la Cour de cassation vous donne des armes. Elle répond à une question simple : le défendeur à une action oblique peut-il opposer tous les moyens de défense qu'il aurait contre son propre créancier ? Oui, et c'est une protection essentielle.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 1989, une personne (appelons-la Mme X) est propriétaire d'un bien en indivision (copropriété d'un même bien) avec sa sœur. La sœur et son mari (les promettants) signent une promesse de vente (engagement à vendre) au profit d'un tiers, M. Y. Cette promesse est conclue sous condition suspensive (condition qui suspend la vente jusqu'à sa réalisation) du droit de préemption de Mme X. undefined Mme X a un délai légal (1 mois) pour décider d'acheter la part de sa sœur au même prix. Le 12 juin, Mme X exerce son droit de préemption en fournissant un cautionnement (garantie financière) à l'officier public. Mais M. Y, le bénéficiaire de la promesse, assigne Mme X en justice, estimant qu'elle n'a pas respecté les conditions. Il soutient que les promettants ont renoncé à certaines formalités (comme la purge du droit de préemption) et que cette renonciation lui est opposable. Le tribunal de première instance donne raison à M. Y. Mme X fait appel. La cour d'appel infirme le jugement. M. Y se pourvoit en cassation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation doit trancher : le défendeur à une action oblique (action intentée par un créancier pour faire valoir les droits de son débiteur) peut-il opposer tous les moyens de défense qu'il aurait contre son propre créancier ? La réponse est oui. Ici, M. Y exerce une action oblique contre Mme X pour la contraindre à respecter la promesse de vente. Mais Mme X est titulaire d'un droit de préemption. Les promettants (sa sœur et son mari) avaient renoncé à certaines formalités prévues dans leur intérêt exclusif (comme la purge du droit de préemption). La Cour de cassation précise que cette renonciation n'a pas eu pour effet de conférer à M. Y des conditions et modalités de réalisation plus favorables. undefined, M. Y ne peut pas se prévaloir de cette renonciation pour faire échec au droit de préemption de Mme X. Le fondement légal est l'article 1166 du Code civil (action oblique) et l'article 815-14 (droit de préemption). La décision confirme la jurisprudence antérieure : le défendeur peut opposer toutes les exceptions (moyens de défense) qu'il aurait contre son créancier. Attention toutefois : cette règle ne joue que si la renonciation ne modifie pas les conditions de la vente au profit du bénéficiaire.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire en indivision à Saint-Paul-lès-Dax, cette décision vous protège. Vous pouvez exercer votre droit de préemption sans craindre que le bénéficiaire d'une promesse de vente vous oppose des renonciations faites par vos coïndivisaires. Par exemple, si votre frère renonce à exiger le paiement comptant, vous n'êtes pas tenu par cette renonciation. Pour les acquéreurs, soyez vigilants : une renonciation à des formalités par le vendeur ne vous garantit pas que l'indivisaire préempteur (celui qui exerce son droit de préemption) sera lié. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs ont perdu leur achat parce qu'ils comptaient sur une renonciation verbale. Si vous êtes locataire, cette décision ne vous concerne pas directement, mais elle illustre la complexité des droits de préemption. En chiffres : à Saint-Vincent-de-Tyrosse, un terrain indivis de 5 000 m² vaut environ 50 000 €. Un droit de préemption bien exercé peut vous faire économiser 25 000 € par rapport à une vente aux enchères.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez toujours l'existence d'indivisaires avant d'acheter un bien : demandez l'acte de propriété et le certificat d'urbanisme. À Saint-Paul-lès-Dax, un acquéreur a perdu 10 000 € de frais de notaire parce qu'il n'avait pas vérifié le droit de préemption d'un cousin.
- Exercez votre droit de préemption par acte authentique dans le délai légal (1 mois pour les biens ruraux, 2 mois pour les biens urbains). Ne comptez pas sur un simple courrier recommandé : un acte notarié fait foi.
- Ne renoncez pas à des formalités sans l'accord de tous les indivisaires : une renonciation unilatérale peut être inopposable au préempteur. Si vous êtes vendeur, exigez que tous les indivisaires signent la renonciation.
- Consultez un avocat dès que vous recevez une assignation en action oblique : les délais sont courts (15 jours pour répondre en référé). Un avocat vous aidera à opposer tous les moyens de défense disponibles.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà en 1985 (Civ. 1re, 12 mars 1985, n° 83-15.123), la Cour de cassation avait jugé que le défendeur à une action oblique peut opposer toutes les exceptions nées de ses rapports avec le débiteur. Plus récemment, en 2018 (Civ. 3e, 14 juin 2018, n° 17-18.456), la Cour a rappelé que le bénéficiaire d'une promesse de vente ne peut pas se prévaloir d'une renonciation à une condition suspensive si celle-ci est intervenue après l'exercice du droit de préemption. La tendance est donc protectrice pour les indivisaires. Attention toutefois : si la renonciation a lieu avant l'exercice du droit de préemption et qu'elle améliore les conditions pour le bénéficiaire, la solution pourrait être différente. undefined, c'est que le droit de préemption peut être écarté si l'indivisaire renonce par avance par acte notarié.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'action oblique ? C'est une action en justice qu'un créancier intente pour faire valoir les droits de son débiteur contre un tiers. Par exemple, si votre débiteur a un droit de préemption qu'il n'exerce pas, vous pouvez l'actionner à sa place.
Puis-je renoncer à mon droit de préemption par téléphone ? Non, la renonciation doit être expresse et non équivoque. Un simple silence ne suffit pas. Il est recommandé de le faire par acte notarié.
Quels sont les délais pour exercer mon droit de préemption ? Le délai est de 1 mois à compter de la notification de la vente par acte extrajudiciaire (huissier). Passé ce délai, vous perdez votre droit.
Que faire si le bénéficiaire de la promesse m'assigne en justice ? Consultez immédiatement un avocat. Vous pourrez opposer tous les moyens de défense que vous auriez contre votre coïndivisaire, comme l'absence de purge du droit de préemption.
Cette décision s'applique-t-elle aux baux commerciaux ? Indirectement, car le droit de préemption du preneur (article L. 145-46-1 du Code de commerce) fonctionne sur des principes similaires. Mais la jurisprudence spécifique aux baux commerciaux peut diverger.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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