Aller au contenu principal
Arrêt maladie et reprise du travail : quand l'aptitude à un travail léger stoppe les indemnités journalières
Droit-immobilier

Arrêt maladie et reprise du travail : quand l'aptitude à un travail léger stoppe les indemnités journalières

📅 Décision du 15 mai 1968⚖️ Cour de cassation👁️ 19 vues📖 8 min de lecture

Un salarié malade ne peut pas continuer à percevoir des indemnités journalières s'il est jugé apte à un travail normal léger, même s'il ne peut plus exercer son ancien métier. Décision de la Cour de cassation de 1968 qui fait toujours autorité.

Décision de référence : cc • N° 66-12.145 • 1968-05-15 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Colombes, vous louez un appartement, et votre locataire, employé dans le BTP, est en arrêt maladie depuis des mois. Il vous dit qu'il ne peut plus payer son loyer car il n'a plus d'indemnités journalières. La CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie) a stoppé ses versements, estimant qu'il peut faire un travail léger. Lui se considère toujours inapte à son poste. Qui a raison ? Cette situation, plus fréquente qu'on ne le croit, oppose régulièrement salariés et organismes sociaux.

La question centrale est : un salarié qui ne peut plus assumer son travail d'avant, mais qui est déclaré apte à un travail normal léger, a-t-il droit de continuer à percevoir les indemnités journalières de l'assurance maladie ? La réponse de la Cour de cassation, rendue le 15 mai 1968, est claire : non. Cet arrêt, toujours cité aujourd'hui, fixe une règle essentielle du droit de la sécurité sociale.

Dans cet article, je vous explique les faits, le raisonnement des juges, et surtout ce que cela change concrètement pour vous, que vous soyez salarié, employeur, ou même propriétaire bailleur à Levallois-Perret confronté à un locataire en arrêt maladie.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, salarié d'une entreprise de construction à Strasbourg, est victime d'une maladie qui l'empêche de reprendre son poste habituel. Il perçoit des indemnités journalières de la sécurité sociale. Mais après un certain temps, le médecin-conseil de la CPAM l'estime apte à un travail normal léger. La CPAM (caisse primaire d'assurance maladie, l'organisme qui verse les indemnités) décide donc de cesser le versement des indemnités journalières à compter du 1er mars 1965. M. X conteste cette décision : selon lui, il est toujours dans l'incapacité physique de reprendre le travail, car son poste exigeait une force physique qu'il n'a plus.

L'affaire est portée devant la commission de première instance de Strasbourg (ancêtre du tribunal judiciaire spécialisé en sécurité sociale). Cette commission donne raison à M. X, estimant qu'il est encore inapte. Mais le directeur régional de la sécurité sociale de Strasbourg fait appel. La Cour de cassation, saisie, doit trancher : l'inaptitude au poste précédent suffit-elle pour continuer à percevoir des indemnités ?

Le rebondissement : la Cour de cassation casse la décision de la commission de première instance. Elle renvoie l'affaire devant une autre formation, estimant que les juges du fond n'ont pas correctement appliqué la loi.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 283 du Code de la sécurité sociale (aujourd'hui codifié aux articles L. 321-1 et suivants). Ce texte prévoit que le salarié a droit aux indemnités journalières tant qu'il se trouve dans l'incapacité physique de reprendre le travail. Mais attention : cette incapacité s'apprécie par rapport à tout travail rémunéré, et pas seulement par rapport à son emploi antérieur.

En l'espèce, la commission de première instance avait considéré que M. X était dans l'incapacité de reprendre son travail spécifique. Mais la Cour de cassation lui répond : vous avez mal interprété la loi. L'incapacité doit être absolue, c'est-à-dire qu'elle doit empêcher toute activité professionnelle, même légère. Or, le médecin-conseil avait déclaré M. X apte à un travail normal léger. Dès lors, il n'est plus dans l'incapacité physique au sens de l'article 283.

Ce n'est pas un revirement : la Cour confirme une jurisprudence constante. Elle rappelle que l'assurance maladie n'a pas pour objet de compenser la perte d'un emploi spécifique, mais de couvrir l'incapacité totale de travailler. Si le salarié peut exercer une autre activité, même moins rémunérée, l'indemnité cesse. Ce raisonnement est sévère, mais logique : les indemnités journalières sont financées par la solidarité nationale, et leur versement doit être réservé à ceux qui ne peuvent absolument pas travailler.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes salarié : vous devez comprendre que votre arrêt maladie ne vous protège que si vous êtes médicalement inapte à tout travail. Si le médecin-conseil vous déclare apte à un travail léger, vos indemnités s'arrêtent, même si vous n'avez pas retrouvé d'emploi. Par exemple, un maçon à Levallois-Perret qui ne peut plus porter de charges lourdes, mais qui peut faire un travail de bureau, perdra ses indemnités. Vous pouvez contester l'avis du médecin-conseil devant le tribunal judiciaire (contentieux de la sécurité sociale), mais le délai est court : 2 mois à compter de la notification.

Si vous êtes employeur : cette décision vous conforte : vous pouvez exiger la reprise du travail si le salarié est apte à un poste aménagé. Mais attention : vous devez proposer un reclassement (poste adapté) avant d'envisager un licenciement pour inaptitude.

Si vous êtes propriétaire bailleur : un locataire qui perd ses indemnités journalières peut avoir des difficultés à payer son loyer. Vous ne pouvez pas l'expulser du jour au lendemain, mais vous pouvez engager une procédure pour impayés. À Colombes, un propriétaire m'a consulté récemment : son locataire, chauffeur-livreur, avait perdu ses indemnités car jugé apte à un travail sédentaire. Le locataire ne payait plus depuis 3 mois. Nous avons pu obtenir un commandement de payer, puis une résiliation de bail.

Si vous êtes copropriétaire : pas d'impact direct, mais si votre syndic est un salarié en arrêt, cette jurisprudence peut accélérer son retour.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conservez tous les avis médicaux : dès le début de votre arrêt, demandez au médecin traitant un certificat détaillé sur votre incapacité. Si le médecin-conseil vous déclare apte à un travail léger, faites établir un contre-avis par votre médecin traitant.
  • Contestez rapidement : si la CPAM cesse vos indemnités, vous avez 2 mois pour saisir la commission de recours amiable (CRA). Passé ce délai, la décision est définitive. À Levallois-Perret, une cliente a perdu 6 mois d'indemnités pour ne pas avoir contesté à temps.
  • Demandez une expertise médicale : en cas de désaccord avec le médecin-conseil, vous pouvez demander une expertise auprès du tribunal judiciaire. Cela coûte quelques centaines d'euros, mais peut vous faire gagner des mois d'indemnités.
  • Anticipez la perte d'indemnités : si votre médecin vous annonce une possible reprise en travail léger, préparez votre budget. N'attendez pas la décision de la CPAM pour chercher un autre emploi ou demander des aides (RSA, allocation adulte handicapé).

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1968 a été confirmée à de nombreuses reprises. Par exemple, la Cour de cassation a jugé dans un arrêt du 14 février 1975 (n° 73-14.215) qu'un salarié déclaré apte à un travail à mi-temps ne peut plus percevoir d'indemnités journalières à temps plein. La tendance est constante : l'incapacité doit être totale.

Cependant, une évolution récente est à noter : la loi du 2 août 2021 (loi « santé au travail ») a renforcé l'obligation de reclassement pour l'employeur. Désormais, si le salarié est déclaré inapte à son poste mais apte à un autre, l'employeur doit rechercher un poste adapté, sous peine de devoir verser une indemnité compensatrice. Cela ne change rien à la règle des indemnités journalières, mais cela peut aider le salarié à retrouver un emploi plus rapidement.

Pour l'avenir, il est possible que la jurisprudence évolue vers une prise en compte plus nuancée de l'incapacité partielle, mais pour l'instant, la règle de 1968 reste la référence.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

1. Puis-je contester l'avis du médecin-conseil de la CPAM ?
Oui, dans les 2 mois suivant la notification. Saisissez d'abord la commission de recours amiable (CRA) de votre CPAM, puis le tribunal judiciaire en cas de rejet.

2. Que faire si je suis déclaré apte à un travail léger mais que je n'ai pas d'emploi ?
Vous pouvez vous inscrire à Pôle emploi et demander l'allocation chômage. Vous pouvez aussi demander une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) pour faciliter votre reclassement.

3. Mon employeur peut-il me licencier si je ne peux pas reprendre mon poste ?
Non, pas directement. Il doit d'abord rechercher un poste de reclassement. S'il ne peut pas, il peut engager un licenciement pour inaptitude, avec une indemnité spécifique.

4. Les indemnités journalières sont-elles imposables ?
Oui, elles sont soumises à l'impôt sur le revenu, mais avec un abattement de 50% pour les arrêts de plus de 3 mois.

5. Puis-je travailler à temps partiel tout en percevant des indemnités ?
Oui, sous conditions : votre médecin traitant doit autoriser la reprise à temps partiel thérapeutique, et la CPAM peut maintenir une partie des indemnités.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre rendez-vous pour une consultation  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Puis-je contester l'avis du médecin-conseil de la CPAM ?

Oui, dans les 2 mois suivant la notification. Saisissez d'abord la commission de recours amiable (CRA) de votre CPAM, puis le tribunal judiciaire en cas de rejet.

Que faire si je suis déclaré apte à un travail léger mais que je n'ai pas d'emploi ?

Vous pouvez vous inscrire à Pôle emploi et demander l'allocation chômage. Vous pouvez aussi demander une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) pour faciliter votre reclassement.

Mon employeur peut-il me licencier si je ne peux pas reprendre mon poste ?

Non, pas directement. Il doit d'abord rechercher un poste de reclassement. S'il ne peut pas, il peut engager un licenciement pour inaptitude, avec une indemnité spécifique.

Les indemnités journalières sont-elles imposables ?

Oui, elles sont soumises à l'impôt sur le revenu, mais avec un abattement de 50% pour les arrêts de plus de 3 mois.

Puis-je travailler à temps partiel tout en percevant des indemnités ?

Oui, sous conditions : votre médecin traitant doit autoriser la reprise à temps partiel thérapeutique, et la CPAM peut maintenir une partie des indemnités.

Informations juridiques

  • Numéro: 66-12.145
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 15 mai 1968

Mots-clés

indemnités journalièresaptitude travail légerarrêt maladieCour de cassation 1968sécurité sociale

Cas d'usage pratiques

1

Salarié déclaré apte à un travail léger mais sans emploi

Un ouvrier du bâtiment à Colombes, victime d'un accident du travail, est déclaré apte à un travail sédentaire par le médecin-conseil. Il perd ses indemnités journalières, mais n'a pas retrouvé d'emploi. Il doit 3 mois de loyer à son propriétaire.

Application pratique:

Il doit contester rapidement l'avis du médecin-conseil (2 mois), demander une expertise médicale, et s'inscrire à Pôle emploi pour percevoir l'allocation chômage. Il peut aussi demander la RQTH pour faciliter son reclassement.

2

Propriétaire bailleur face à un locataire en arrêt maladie

Un propriétaire à Levallois-Perret a un locataire, chauffeur-livreur, qui ne paie plus son loyer depuis que la CPAM a cessé ses indemnités journalières. Le locataire se dit inapte à tout travail, mais le médecin-conseil l'a déclaré apte à un travail léger.

Application pratique:

Le propriétaire peut engager une procédure pour impayés de loyers : commandement de payer, puis assignation en résiliation de bail. Il doit prouver que le locataire n'est pas dans l'incapacité totale de travailler, en s'appuyant sur l'avis du médecin-conseil.

3

Employeur confronté à un salarié inapte à son poste

Un employeur à Paris a un commercial qui ne peut plus se déplacer en voiture après une maladie. Le médecin-conseil le déclare apte à un travail sédentaire. Le salarié refuse de reprendre un poste au siège, estimant que son métier est le terrain.

Application pratique:

L'employeur doit proposer un poste de reclassement adapté (travail au bureau). Si le salarié refuse, l'employeur peut engager un licenciement pour inaptitude, après avis du médecin du travail. Il doit respecter la procédure légale : consultation des délégués du personnel, recherche de reclassement.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide