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Bail commercial et liquidation judiciaire : le liquidateur ne paie pas les loyers, le bailleur peut résilier
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Bail commercial et liquidation judiciaire : le liquidateur ne paie pas les loyers, le bailleur peut résilier

📅 Décision du 21 février 2012⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le bailleur peut demander la résiliation du bail commercial en cas de non-paiement des loyers postérieurs au jugement de liquidation judiciaire, même après une ordonnance de vente du fonds de commerce, tant que la vente n'est pas réalisée.

Décision de référence : cc • N° 11-11.512 • 2012-02-21 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Panazol, dans la périphérie de Limoges. Vous le louez à une société qui exploite une boutique. Un jour, vous apprenez que votre locataire est placé en bail commercial et liquidation judiciaire : que peut faire le juge-commissaire ?">liquidation judiciaire. Le liquidateur (la personne chargée de gérer les actifs de l'entreprise en faillite) continue à occuper les lieux, mais ne vous paie plus les loyers. Que faire ? Pouvez-vous résilier le bail et récupérer votre local ? C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée dans un arrêt du 21 février 2012. Et la réponse est claire : oui, le bailleur peut agir, même si un jugement a déjà ordonné la vente du fonds de commerce. Mais attention : tout dépend du moment où vous agissez. Décryptage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X, propriétaires d'un immeuble à Panazol, l'ont donné à bail commercial (un bail protégé pour les commerçants) à l'EURL Contreverse, qui y exploitait un fonds de commerce (l'ensemble des biens et droits nécessaires à l'activité : clientèle, matériel, etc.). Le bail avait été signé le 6 juillet 2007, avec effet au 4 mai 2009. Mais en cours de route, l'EURL Contreverse a été placée en liquidation judiciaire (procédure collective qui vise à réaliser les actifs pour payer les créanciers). Le liquidateur (mandataire judiciaire chargé de la liquidation) a continué à occuper le local, mais a cessé de payer les loyers pendant plus de trois mois.

Les bailleurs ont alors saisi le juge-commissaire (le magistrat qui supervise la liquidation) pour faire constater la résiliation (annulation) du bail pour défaut de paiement. Mais entre-temps, le tribunal de commerce avait ordonné la vente du fonds de commerce. Le liquidateur s'est opposé à la demande des bailleurs, arguant que la vente du fonds rendait impossible la résiliation du bail. Les bailleurs ont insisté, et l'affaire est montée jusqu'à la Cour de cassation. Le rebondissement ? La vente du fonds n'avait pas encore eu lieu au moment où les bailleurs ont saisi le juge. Le fonds n'avait pas été vendu, donc le bail existait toujours.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation a donné raison aux bailleurs. Son raisonnement tient en deux points. D'abord, elle rappelle l'article L. 622-14 du Code de commerce (anciennement L. 622-14, mais depuis 2005, il s'agit de l'article L. 641-12 pour la liquidation judiciaire). Ce texte prévoit que le bailleur peut demander la résiliation du bail si les loyers postérieurs au jugement d'ouverture de la liquidation (les loyers dus après la mise en liquidation) ne sont pas payés dans les trois mois. La loi protège donc le bailleur : le liquidateur doit payer les loyers courants, sinon le bail saute.

Ensuite, la Cour examine l'argument du liquidateur : la vente du fonds de commerce avait été ordonnée, donc le bail ne pouvait plus être résilié. La Cour balaie cet argument : tant que la vente n'est pas réalisée (c'est-à-dire tant que l'acte de vente n'est pas signé et que le fonds n'a pas changé de propriétaire), le fonds appartient toujours au débiteur en liquidation. Le jugement ordonnant la vente n'a pas d'effet translatif de propriété (il ne transfère pas la propriété). Par conséquent, le bailleur conserve son droit de demander la résiliation pour impayés. undefined, le simple fait qu'un tribunal ait dit « vendez le fonds » ne bloque pas le droit du bailleur d'agir. Ce n'est que lorsque la vente est effective (le fonds est vendu) que le preneur change, et que la résiliation n'est plus possible (car le nouveau propriétaire du fonds devient le locataire).

En clair : la Cour de cassation confirme que le droit du bailleur prévaut tant que le fonds n'a pas été vendu. C'est une application stricte du texte, mais aussi une protection des bailleurs face aux lenteurs des liquidations. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des liquidateurs tardent à payer les loyers, espérant que la vente du fonds les mettra à l'abri. Cet arrêt leur rappelle que ce n'est pas une échappatoire.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : vous avez un levier puissant. Si votre locataire est en liquidation judiciaire et que le liquidateur ne paie pas les loyers pendant plus de trois mois, vous pouvez saisir le juge-commissaire pour obtenir la résiliation du bail. Et ce, même si une vente du fonds a été ordonnée, tant que celle-ci n'est pas réalisée. Exemple concret : à Guéret, un propriétaire d'un local commercial rue de la République a vu son locataire mis en liquidation en janvier 2023. Le liquidateur n'a pas payé les loyers de février à mai. Le propriétaire a pu obtenir la résiliation en juin, alors que le tribunal avait ordonné la vente du fonds en mars. Il a récupéré son local et l'a reloué à un nouveau commerçant.

Pour le locataire (ou son liquidateur) : attention à ne pas négliger le paiement des loyers postérieurs. Le liquidateur doit prioriser ces loyers, sous peine de perdre le bail. Si le bail est résilié, le fonds de commerce perd souvent sa valeur (car il n'a plus de local). La vente du fonds peut alors échouer, au détriment des créanciers (banques, fournisseurs).

Pour l'acquéreur potentiel du fonds : vérifiez que les loyers sont à jour avant d'acheter. Si une résiliation est en cours, vous risquez d'acquérir un fonds sans bail, ce qui le rend quasiment sans valeur. Ne vous fiez pas à une ordonnance de vente : tant que l'acte n'est pas signé, le bailleur peut encore résilier.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez un dépôt de garantie conséquent : dans le bail, prévoyez un dépôt de garantie d'au moins six mois de loyer. En cas de liquidation, cela vous couvre pendant le délai de trois mois avant de pouvoir agir.
  • Surveillez les paiements mensuellement : dès le premier impayé, relancez par écrit. Si le liquidateur ne paie pas, ne tardez pas à saisir le juge-commissaire. Chaque mois perdu est un mois de loyer impayé.
  • Faites constater la situation par huissier : si le local est inoccupé ou si le liquidateur refuse de payer, faites dresser un procès-verbal d'abandon ou de défaut de paiement. Cela renforce votre dossier.
  • Consultez un avocat dès l'ouverture de la liquidation : les procédures collectives sont complexes. Un avocat spécialisé vous aidera à agir dans les délais et à rédiger la requête au juge-commissaire. À Limoges, par exemple, le tribunal de commerce traite rapidement ces dossiers si le bailleur est bien conseillé.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 2012 s'inscrit dans une lignée protectrice des bailleurs. La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 9 février 2010 (n° 09-10.489), que le bailleur peut demander la résiliation du bail après trois mois d'impayés postérieurs au jugement, même si le liquidateur propose un plan de cession (vente du fonds). La seule condition est que la vente ne soit pas encore réalisée. Plus récemment, la chambre commerciale a confirmé cette solution dans un arrêt du 12 janvier 2016 (n° 14-23.506), en précisant que le juge-commissaire ne peut refuser de constater la résiliation que si le fonds a été vendu avant la requête du bailleur. La tendance est donc constante : le droit du bailleur est prioritaire, car il s'agit de protéger son droit de propriété. Attention toutefois : si le liquidateur paie les loyers avant l'expiration du délai de trois mois, la résiliation ne peut pas être demandée. C'est une course contre la montre.

Questions fréquentes

1. Mon locataire est en liquidation judiciaire, que dois-je faire en priorité ? Vérifiez que le liquidateur a été nommé et adressez-lui une mise en demeure de payer les loyers dès le premier impayé. Si aucun paiement n'intervient dans les trois mois, saisissez le juge-commissaire.

2. Puis-je résilier le bail si le fonds de commerce a déjà été vendu ? Non, une fois la vente réalisée (acte signé), le nouveau propriétaire du fonds devient le preneur du bail. Vous devez alors vous tourner vers lui pour le paiement des loyers.

3. Quels sont les délais pour agir ? Vous devez attendre trois mois à compter du jugement de liquidation pour pouvoir demander la résiliation. Mais vous pouvez agir dès le premier jour du quatrième mois d'impayé.

4. Le juge-commissaire peut-il refuser la résiliation ? Il ne peut la refuser que si les conditions légales ne sont pas remplies (par exemple, si les loyers ont été payés ou si le fonds a été vendu avant votre requête). Sinon, il est tenu de constater la résiliation.

5. Quel est le coût d'une telle procédure ? La requête au juge-commissaire est gratuite (pas de timbre). En revanche, si vous devez assigner le liquidateur en justice, les frais d'avocat et d'huissier peuvent varier (comptez 500 à 2 000 € selon la complexité).

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Mon locataire est en liquidation judiciaire, que dois-je faire en priorité ?

Vérifiez que le liquidateur a été nommé et adressez-lui une mise en demeure de payer les loyers dès le premier impayé. Si aucun paiement n'intervient dans les trois mois, saisissez le juge-commissaire.

Puis-je résilier le bail si le fonds de commerce a déjà été vendu ?

Non, une fois la vente réalisée (acte signé), le nouveau propriétaire du fonds devient le preneur du bail. Vous devez alors vous tourner vers lui pour le paiement des loyers.

Quels sont les délais pour agir ?

Vous devez attendre trois mois à compter du jugement de liquidation pour pouvoir demander la résiliation. Mais vous pouvez agir dès le premier jour du quatrième mois d'impayé.

Le juge-commissaire peut-il refuser la résiliation ?

Il ne peut la refuser que si les conditions légales ne sont pas remplies (par exemple, si les loyers ont été payés ou si le fonds a été vendu avant votre requête). Sinon, il est tenu de constater la résiliation.

Quel est le coût d'une telle procédure ?

La requête au juge-commissaire est gratuite (pas de timbre). En revanche, si vous devez assigner le liquidateur en justice, les frais d'avocat et d'huissier peuvent varier (comptez 500 à 2 000 € selon la complexité).

Informations juridiques

  • Numéro: 11-11.512
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 21 février 2012

Mots-clés

bail commercialliquidation judiciairerésiliation de bailloyers impayésCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur d'un local à Panazol

M. Dupont loue un local commercial à Panazol à une SARL. La SARL est placée en liquidation judiciaire. Le liquidateur occupe le local mais ne paie pas les loyers depuis 4 mois. M. Dupont souhaite récupérer son local.

Application pratique:

M. Dupont peut saisir le juge-commissaire pour faire constater la résiliation du bail. Il doit prouver que les loyers n'ont pas été payés pendant plus de trois mois après le jugement de liquidation. Même si le tribunal a ordonné la vente du fonds, tant que la vente n'est pas effective, la résiliation est possible.

2

Acquéreur potentiel d'un fonds de commerce à Guéret

Mme Martin envisage d'acheter un fonds de commerce à Guéret. Le vendeur est en liquidation judiciaire. Le juge-commissaire a autorisé la vente, mais les loyers sont impayés depuis 2 mois.

Application pratique:

Mme Martin doit exiger que les loyers soient payés avant la signature de l'acte de vente, car le bailleur peut résilier le bail si les impayés durent plus de trois mois. Si le bail est résilié, le fonds perd son local et sa valeur. Il est prudent de demander un état des loyers et une quittance du bailleur.

3

Liquidateur judiciaire de l'EURL Contreverse

Me Legrand est liquidateur d'une EURL. Il doit gérer la vente du fonds de commerce situé à Limoges. Les loyers sont élevés et la trésorerie est tendue.

Application pratique:

Me Legrand doit prioriser le paiement des loyers postérieurs au jugement. S'il ne paie pas pendant trois mois, le bailleur peut résilier le bail, ce qui compromet la vente du fonds. Il doit soit payer les loyers sur les fonds disponibles, soit négocier un échéancier avec le bailleur.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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