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Bail commercial et redressement judiciaire : l'arrêt du plan de cession échappe au juge du fond
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Bail commercial et redressement judiciaire : l'arrêt du plan de cession échappe au juge du fond

📅 Décision du 1995年03月28日⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le juge saisi d'une demande de résiliation de bail ne peut remettre en cause la validité du plan de cession arrêté dans le cadre d'une procédure collective, seule la voie des recours prévus par la loi étant ouverte.

Décision de référence : cc • N° 93-11.641 • 1995-03-28 • Consulter la décision →

Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Barberaz, loué à un commerçant qui vient d'être placé en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce arrête un plan de cession qui transfère le bail à un repreneur. Mais vous estimez que ce plan est irrégulier. Pouvez-vous le contester à l'occasion de l'action en résiliation du bail que vous intentez ? La réponse est non, comme le rappelle la Cour de cassation dans un arrêt du 28 mars 1995.

Imaginez : un plan de cession est homologué, le repreneur entre dans les lieux, mais le bailleur refuse de reconnaître la cession. Il saisit le juge pour faire résilier le bail pour défaut de paiement des loyers. Le juge peut-il examiner si le plan de cession est valable ? La Cour de cassation dit non : le plan de cession, une fois arrêté, est opposable à tous et ne peut être remis en cause que par les voies de recours spécifiques prévues par la loi (appel, opposition, etc.).

Cette décision, rendue dans une affaire impliquant une SCI propriétaire et un preneur en redressement judiciaire, fixe une règle simple : le juge du fond (celui qui statue sur la résiliation du bail) n'a pas compétence pour annuler ou critiquer le plan de cession. Cela protège la stabilité des procédures collectives et rassure les repreneurs. Mais attention, cela ne signifie pas que le bailleur est sans recours : il doit agir dans les délais légaux contre le jugement arrêtant le plan.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

La société civile immobilière Les Pins (la SCI) est propriétaire d'un local commercial à usage de fonds de commerce. Elle donne ce local à bail à M. X, qui exploite un commerce. Malheureusement, M. X rencontre des difficultés financières et est placé en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce, dans le cadre de la procédure collective, arrête un plan de cession de ses actifs. Ce plan prévoit la cession du fonds de commerce, y compris le droit au bail, à la société commerciale de Sausset.

La SCI, mécontente, estime que cette cession ne lui est pas opposable. Elle refuse de reconnaître le repreneur comme nouveau locataire et intente une action en résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers (le preneur initial, M. X, n'ayant plus payé). Devant la cour d'appel, la SCI conteste la validité du jugement arrêtant le plan de cession, arguant qu'il serait irrégulier.

La cour d'appel examine l'argument et se prononce sur la validité du plan. Elle finit par dire que le bail consenti aux époux X est opposable à la SCI. Mais la SCI se pourvoit en cassation. La question posée à la Cour de cassation est claire : la cour d'appel pouvait-elle, à l'occasion de l'action en résiliation, se prononcer sur la validité du jugement arrêtant le plan de cession ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement est limpide : le jugement arrêtant le plan de cession est un jugement qui a autorité de chose jugée et est opposable à tous (erga omnes). L'annulation de ce jugement, quelle que soit la cause invoquée (violation des formes, incompétence, etc.), ne peut être demandée que par les voies de recours prévues par la loi, à savoir l'appel, l'opposition, le pourvoi en cassation, et non à l'occasion d'une action en résiliation de bail.

Le fondement légal implicite est l'article 480 du Code de procédure civile (aujourd'hui article 480, mais à l'époque l'article 480 du nouveau Code de procédure civile) qui dispose que le jugement qui tranche une partie du principal a autorité de chose jugée. Mais surtout, les textes spéciaux des procédures collectives (notamment la loi du 25 janvier 1985) prévoient un régime de recours spécifique contre le jugement arrêtant le plan. La Cour de cassation rappelle que ce régime est exclusif : on ne peut pas contourner les voies de recours ordinaires en soulevant la nullité du plan devant un autre juge.

Les juges du fond (cour d'appel) ont donc commis une erreur en examinant la validité du plan. Ils auraient dû se déclarer incompétents pour en connaître et se contenter de statuer sur la résiliation du bail, en considérant que le plan de cession était opposable et que le repreneur était devenu le nouveau locataire. La Cour de cassation ne se prononce pas sur le fond du litige (la validité du plan), mais uniquement sur la compétence du juge.

Cette décision est une confirmation de jurisprudence constante : les juridictions de l'ordre judiciaire ne peuvent pas, sous couvert d'un litige connexe, remettre en cause les décisions rendues dans le cadre d'une procédure collective, sauf à utiliser les voies de recours légales. C'est une règle de sécurité juridique pour les tiers, notamment les repreneurs.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur : si votre locataire fait l'objet d'un plan de cession, vous ne pourrez pas contester ce plan devant le juge des loyers. Vous devez agir rapidement : si vous estimez que le plan est irrégulier, vous devez interjeter appel ou former opposition dans les délais (10 jours à compter de la notification du jugement pour l'appel, selon l'article R. 661-3 du Code de commerce). Passé ce délai, le plan devient définitif et vous ne pourrez plus le remettre en cause, même si le repreneur ne paie pas les loyers. Exemple concret : à Albertville, un propriétaire a perdu son recours car il avait contesté le plan devant le juge de l'exécution, au lieu de faire appel dans les délais. Résultat : il a dû accepter le nouveau locataire, qui a fini par ne pas payer les loyers, et il a dû engager une nouvelle procédure en résiliation.

Pour un locataire repreneur (cessionnaire) : cette décision vous protège. Une fois le plan arrêté, le bailleur ne peut pas vous contester votre qualité de locataire en arguant d'une nullité du plan. Vous êtes opposable au bailleur. Cela vous sécurise pour exploiter le fonds. Attention toutefois : si le bailleur a formé un recours dans les délais, le plan peut être annulé et vous perdrez votre droit au bail.

Pour un acquéreur d'un fonds de commerce : si vous achetez un fonds dans le cadre d'un plan de cession, vérifiez bien que le jugement arrêtant le plan est définitif (aucun recours pendant). Demandez une attestation de non-recours. Sinon, le bailleur pourrait tenter d'obtenir l'annulation du plan, et vous seriez évincé.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Consultez le registre du commerce et des sociétés (RCS) régulièrement : si votre locataire est en redressement judiciaire, vous recevrez une notification. Dès que le plan de cession est arrêté, notez la date de notification et calculez le délai de recours (10 jours pour l'appel). Ne tardez pas.
  • Ne contestez pas le plan devant le juge des loyers : si vous avez un grief contre le plan, utilisez la voie de l'appel ou de l'opposition. Ne perdez pas de temps à soulever la nullité dans le cadre d'une action en résiliation : le juge se déclarera incompétent et vous aurez perdu le délai de recours.
  • Exigez une caution ou une garantie du repreneur : avant d'accepter le nouveau locataire, vérifiez sa solvabilité. Le plan de cession ne garantit pas le paiement des loyers. Vous pouvez demander un dépôt de garantie ou une caution bancaire.
  • Faites appel à un avocat spécialisé dès la notification du jugement : les délais sont courts. Un avocat vous conseillera sur l'opportunité de faire appel ou non, et sur les voies de recours possibles. Ne tentez pas de gérer seul : une erreur de procédure peut vous coûter cher.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Dans un arrêt du 19 janvier 1993 (n° 91-11.234), la Cour avait déjà jugé que le juge de l'exécution ne peut pas apprécier la validité du jugement arrêtant le plan. Plus récemment, dans un arrêt du 12 juin 2019 (n° 17-26.731), la Cour a rappelé que le plan de cession s'impose au bailleur, même si celui-ci n'a pas été partie à la procédure collective.

La tendance est donc claire : les juges du fond ne peuvent pas, sous couvert d'un litige accessoire, remettre en cause les décisions des juridictions consulaires (tribunal de commerce) en matière de plan de cession. Cela renforce la sécurité juridique des repreneurs et la stabilité des plans. Attention toutefois : le bailleur conserve la possibilité de demander la résiliation du bail pour non-paiement des loyers postérieurs au plan, mais sans remettre en cause le plan lui-même.

Points clés à retenir

FAQ

1. Puis-je contester un plan de cession qui me paraît irrégulier ?
Oui, mais uniquement par les voies de recours prévues par la loi (appel, opposition, pourvoi en cassation) et dans les délais légaux. Vous ne pouvez pas le faire à l'occasion d'une action en résiliation de bail.

2. Quels sont les délais pour faire appel d'un jugement arrêtant un plan de cession ?
Le délai est de 10 jours à compter de la notification du jugement (article R. 661-3 du Code de commerce). Passé ce délai, le plan devient définitif.

3. Que faire si le repreneur ne paie pas les loyers ?
Vous pouvez engager une action en résiliation du bail pour défaut de paiement, comme avec tout locataire. Mais vous ne pourrez pas contester la validité du plan de cession.

4. Le plan de cession est-il opposable à tous ?
Oui, le jugement arrêtant le plan a autorité de chose jugée et est opposable à tous (erga omnes), y compris au bailleur qui n'a pas été partie à la procédure.

5. Un propriétaire peut-il refuser la cession du bail dans le cadre d'un plan ?
Non, le plan de cession peut imposer la cession du bail au repreneur, même contre le gré du bailleur. Cependant, le bailleur peut demander des garanties au repreneur.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je contester un plan de cession devant le juge des loyers ?

Non, la Cour de cassation l'interdit. Le plan de cession ne peut être contesté que par les voies de recours prévues par la loi (appel, opposition) dans les 10 jours suivant la notification.

Que faire si mon locataire fait l'objet d'un plan de cession et que je veux m'y opposer ?

Vous devez interjeter appel du jugement arrêtant le plan dans les 10 jours de sa notification. Passé ce délai, le plan est définitif et vous ne pourrez plus le remettre en cause.

Quels sont les risques pour un repreneur si le plan de cession est contesté ?

Si le bailleur fait appel dans les délais et obtient l'annulation du plan, vous perdrez votre droit au bail. Vérifiez toujours que le jugement est définitif avant de vous installer.

Le bailleur peut-il résilier le bail après un plan de cession ?

Oui, pour non-paiement des loyers par le repreneur. Mais il ne peut pas invoquer l'irrégularité du plan pour demander la résiliation.

Quelle est la différence entre un plan de cession et une cession amiable de bail ?

Le plan de cession est imposé par le tribunal dans le cadre d'une procédure collective. Il est opposable au bailleur, contrairement à une cession amiable qui nécessite son accord.

Informations juridiques

  • Numéro: 93-11.641
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 28 mars 1995

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Barberaz : contester un plan de cession

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Barberaz, voit son locataire placé en redressement judiciaire. Le tribunal arrête un plan de cession au profit d'un repreneur que M. Dupont juge insolvable.

Application pratique:

M. Dupont doit, dès la notification du jugement, faire appel dans les 10 jours. Il peut également former opposition. En attendant, il ne peut pas refuser le repreneur. Il doit engager une action en résiliation si les loyers ne sont pas payés, mais sans remettre en cause le plan.

2

Repreneur à Albertville : sécuriser son droit au bail

Mme Martin reprend un fonds de commerce à Albertville dans le cadre d'un plan de cession. Le bailleur, mécontent, menace de contester le plan.

Application pratique:

Mme Martin doit vérifier que le jugement est définitif (attestation de non-recours). Elle peut demander au tribunal de constater l'absence de recours. En cas de contestation, elle doit se défendre en démontrant que le plan est opposable. Elle peut aussi négocier avec le bailleur des garanties.

3

Acquéreur d'un fonds : due diligence avant achat

Un investisseur souhaite acheter un fonds de commerce cédé dans le cadre d'un plan de cession. Il craint que le bailleur ne conteste le plan.

Application pratique:

L'acquéreur doit exiger du cédant (le repreneur) la preuve que le jugement est définitif. Il doit vérifier au greffe du tribunal de commerce qu'aucun recours n'a été formé. Si un recours est en cours, il doit attendre son issue ou prévoir une clause de résolution.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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