Décision de référence : cc • N° 16-13.333 • 2018-01-24 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Douarnenez, loué à un commerçant. Un jour, vous apprenez que votre locataire est en redressement judiciaire. L'administrateur (la personne désignée par le tribunal pour gérer l'entreprise) vous annonce qu'il ne veut plus du bail, mais en précisant que la résiliation n'aura lieu que dans trois mois. Vous vous demandez : à partir de quand le bail est-il vraiment fini ? Puis-je relouer le local immédiatement ?
Cette question, cruciale pour tout bailleur, a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 24 janvier 2018. La haute juridiction a jugé que la résiliation du bail intervient au jour où le bailleur est informé de la décision de l'administrateur, même si celui-ci a indiqué une date ultérieure. Une décision qui sécurise les propriétaires, mais qui exige une vigilance accrue.
Dans cet article, je décrypte pour vous cette décision, avec des exemples concrets, et je vous donne les clés pour réagir si vous êtes confronté à une situation similaire. Que vous soyez propriétaire à Châteaulin, locataire à Quimper, ou professionnel de l'immobilier, vous repartirez avec des repères clairs.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un local commercial à Douarnenez, avait conclu un bail avec une société exploitant un magasin de vêtements. En 2016, la société est placée en redressement judiciaire (procédure collective permettant à une entreprise en difficulté de continuer son activité sous contrôle judiciaire). Un administrateur est nommé pour gérer l'entreprise et décider du sort des contrats en cours.
L'administrateur décide d'abord de continuer le bail – ce qui signifie que le contrat se poursuit normalement, les loyers sont dus. Mais quelques mois plus tard, il change d'avis : il informe le bailleur par lettre recommandée qu'il résilie le bail, mais en précisant que cette résiliation prendra effet à une date ultérieure, par exemple le 30 juin. Le propriétaire, pensant avoir encore du temps, ne cherche pas immédiatement un nouveau locataire.
Or, entre-temps, le locataire cesse son activité et quitte les lieux. Le propriétaire se retrouve avec un local vide, mais sans pouvoir le relouer immédiatement, car il estime que le bail court jusqu'à la date indiquée par l'administrateur. Lorsqu'il tente de relouer, le nouveau locataire potentiel se rétracte, et le propriétaire subit une perte de loyers de plusieurs mois.
Le propriétaire assigne alors l'administrateur en justice pour obtenir des dommages et intérêts, arguant que la résiliation n'était pas régulière ou que la date ultérieure devait être respectée. La cour d'appel lui donne tort, et il se pourvoit en cassation. La question posée à la Cour de cassation était claire : à quel moment la résiliation du bail est-elle effective ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi du propriétaire, confirmant l'arrêt d'appel. Pour comprendre, il faut se plonger dans l'article L. 622-14, 1°, du code de commerce (dans sa version applicable à l'époque). Ce texte prévoit que la résiliation du bail des immeubles utilisés pour l'activité de l'entreprise intervient au jour où le bailleur est informé de la décision de l'administrateur de ne pas continuer le bail. undefined, c'est la notification qui fait foi, et non la date que l'administrateur peut éventuellement mentionner.
Mais attention : l'administrateur peut prendre cette décision à tout moment, même si les loyers sont payés à l'échéance. Cela semble contredire un autre article, l'article L. 622-13, II, qui oblige l'administrateur à résilier un contrat à exécution successive (comme un bail) s'il n'a pas assez de fonds pour payer le terme suivant. La Cour de cassation précise que ces deux articles ne sont pas incompatibles : l'administrateur peut résilier même si les fonds sont suffisants, dès lors qu'il estime que la continuation du bail n'est pas utile à l'activité.
Dans cette affaire, l'administrateur avait informé le bailleur de sa décision de résilier, mais en fixant une date ultérieure. La Cour juge que ce n'est pas une résiliation conditionnelle ou différée : la résiliation est immédiate dès la notification. La mention d'une date ultérieure est sans effet sur la date légale de résiliation. undefined le propriétaire pouvait relouer son local dès réception de la lettre de l'administrateur, sans attendre la date indiquée.
undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une logique de protection du bailleur : elle évite que l'administrateur ne bloque indéfiniment le local en annonçant une résiliation future, ce qui empêcherait le propriétaire de trouver un nouveau locataire. Mais elle impose aussi une vigilance : le bailleur doit réagir immédiatement.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire d'un local commercial (bailleur), cette décision est une bonne nouvelle. Dès que vous recevez une notification de résiliation de la part de l'administrateur, le bail est résilié, et vous pouvez librement relouer le local. Attention toutefois : si l'administrateur ne précise pas de date, la résiliation est immédiate. S'il en précise une, elle est sans effet. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont attendu plusieurs mois, croyant que le bail se poursuivait, et ont perdu des loyers. Ne faites pas cette erreur.
Pour les locataires (entreprises en redressement judiciaire), sachez que l'administrateur peut résilier le bail à tout moment, même si vous payez vos loyers. Cela peut être brutal, mais c'est légal. Si vous êtes locataire à Châteaulin et que votre entreprise est en difficulté, anticipez : l'administrateur peut décider de résilier le bail pour réduire les coûts, vous laissant sans local.
Pour les professionnels de l'immobilier (agents, notaires), cette décision rappelle l'importance de vérifier la situation juridique du preneur avant de signer un bail. Si le locataire est en procédure collective, le bail peut être résilié du jour au lendemain. Conseil pratique : dans un bail, incluez une clause prévoyant que le preneur doit informer le bailleur de toute procédure collective dans les huit jours, sous peine de résiliation de plein droit.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Ne tardez pas à réagir : dès réception d'une notification de résiliation de l'administrateur, considérez le bail comme résilié. Ne vous fiez pas à une date ultérieure mentionnée. Relouez rapidement pour limiter votre préjudice.
- Exigez une notification écrite : la résiliation doit être notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception. Conservez précieusement ce document. Si l'administrateur vous contacte oralement, demandez-lui une confirmation écrite.
- Anticipez l'impayé : si vous êtes bailleur, souscrivez une assurance loyers impayés ou exigez un dépôt de garantie conséquent. En redressement judiciaire, les loyers postérieurs au jugement sont privilégiés, mais mieux vaut prévenir.
- Consultez un avocat spécialisé : chaque dossier est unique. Un avocat vous aidera à vérifier la régularité de la notification et à engager les actions nécessaires (recouvrement, résiliation de plein droit).
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 2018 confirme une jurisprudence antérieure de la Cour de cassation, notamment un arrêt du 13 septembre 2011 (n° 10-23.906) qui avait déjà jugé que la résiliation du bail par l'administrateur prend effet dès la notification. Cependant, une certaine confusion régnait lorsque l'administrateur fixait une date ultérieure. L'arrêt de 2018 clarifie définitivement ce point : la date mentionnée est inopérante.
Depuis, la tendance des tribunaux est constante : les juges du fond appliquent strictement l'article L. 622-14. Aucun revirement n'est à prévoir. Toutefois, attention : si l'administrateur ne notifie pas sa décision mais laisse le bail se poursuivre, la résiliation n'intervient que si le bailleur demande la résiliation pour défaut de paiement des loyers postérieurs au jugement. Dans ce cas, c'est le juge-commissaire qui autorise la résiliation.
Pour l'avenir, cette sécurité juridique est bénéfique pour les bailleurs, mais elle impose une réactivité. En pratique, si vous êtes bailleur et que vous recevez une notification, vous avez tout intérêt à relouer rapidement pour éviter une vacance locative.
En pratique : ce qu'il faut faire
Checklist pour le bailleur confronté à une résiliation par l'administrateur :
- Vérifiez la date de réception : la résiliation est effective le jour de la réception de la lettre recommandée. Conservez l'enveloppe et l'AR.
- Relouez immédiatement : vous n'avez pas à attendre une date ultérieure. Proposez le local à la location dès le lendemain.
- Récupérez les clés : si le locataire ne libère pas les lieux, engagez une procédure d'expulsion. La résiliation du bail vous donne droit à la restitution immédiate.
- Déclarez votre créance : si des loyers sont impayés, déclarez votre créance auprès du mandataire judiciaire dans les deux mois suivant le jugement d'ouverture.
- Consultez un avocat : si le locataire conteste la résiliation ou si vous subissez un préjudice, un avocat vous aidera à obtenir des dommages et intérêts.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat bail commercial |
→ Tous nos articles juridiques

