Votre locataire est en redressement judiciaire et ne paie plus les loyers ?
Vous êtes bailleur d'un local commercial et votre locataire vient d'être placé en redressement judiciaire. Depuis, il accumule les impayés de loyers. Que pouvez-vous faire ? La loi vous protège, mais à condition de respecter des règles strictes et des délais précis. Cet article vous explique, de manière claire et pratique, comment agir efficacement pour protéger vos intérêts.
Le cadre juridique : la loi du 25 janvier 1985 et ses évolutions
Le point de départ de votre réflexion se trouve dans l'article 38 de la loi du 25 janvier 1985 relative au redressement et à la liquidation judiciaires des entreprises. Ce texte a posé un principe fondamental : lorsque le preneur (votre locataire) fait l'objet d'une procédure collective, le bailleur ne peut pas agir immédiatement en résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers antérieurs au jugement d'ouverture. Il doit attendre l'expiration d'un délai de trois mois à compter de ce jugement. Ce délai, prévu à l'alinéa 1er de l'article 38, est une période de protection pour l'entreprise en difficulté, lui permettant de tenter de se redresser sans être immédiatement privée de son local d'exploitation.
Mais que se passe-t-il pour les loyers échus après l'ouverture de la procédure ? C'est là que la décision de la Cour de cassation du 2 février 1993 (n° 91-10.463) apporte un éclairage décisif. Elle précise que le bailleur peut, dès l'expiration de ce délai de trois mois, agir en résiliation du bail pour le défaut de paiement des loyers échus postérieurement à l'ouverture de la procédure collective. En d'autres termes, les loyers impayés après le jugement d'ouverture ne bénéficient pas de la même protection que ceux d'avant. Le bailleur n'est donc pas tenu d'attendre plus longtemps pour ces créances nées après l'ouverture.
Les conditions strictes pour agir en résiliation
Pour que votre action en résiliation soit recevable, plusieurs conditions doivent être réunies :
- Le délai de trois mois doit être expiré : comptez trois mois à partir du jugement d'ouverture du redressement judiciaire. Ce délai est impératif. Une action prématurée serait irrecevable.
- Les loyers impayés doivent être postérieurs au jugement d'ouverture : la décision de 1993 concerne spécifiquement les loyers échus après l'ouverture. Pour les loyers antérieurs, vous devez les déclarer au passif de la procédure collective et attendre la décision du juge-commissaire.
- Une mise en demeure préalable doit avoir été adressée : comme pour toute clause résolutoire, vous devez mettre en demeure votre locataire de payer les loyers dans un délai (souvent un mois) avant d'engager toute action en justice. Cette mise en demeure doit être claire et précise.
Si ces conditions sont remplies, vous pouvez saisir le juge des loyers commerciaux ou le tribunal de commerce pour demander la résiliation du bail. Le juge appréciera souverainement si la résiliation est justifiée, en tenant compte de la gravité du manquement et de la situation du locataire.
La portée pratique pour vous, bailleur
Cette jurisprudence est une arme précieuse pour vous. Elle signifie que vous n'êtes pas prisonnier d'une procédure collective qui s'éternise. Dès lors que le locataire ne paie pas les loyers courants (ceux d'après le jugement), vous pouvez agir rapidement pour récupérer votre local et limiter votre préjudice. Toutefois, la procédure reste complexe et semée d'embûches. Une erreur de délai, une mise en demeure mal rédigée, ou une confusion entre loyers antérieurs et postérieurs peuvent compromettre votre action.
Des exemples concrets pour mieux comprendre
Exemple 1 : Le 1er mars, le tribunal ouvre le redressement judiciaire de votre locataire. Il ne paie pas son loyer d'avril (postérieur au jugement). Vous pouvez, dès le 1er juin (après l'expiration des 3 mois), lui adresser une mise en demeure de payer sous 15 jours. S'il ne paie pas, vous pouvez saisir le juge pour obtenir la résiliation du bail.
Exemple 2 : Votre locataire avait des impayés de loyers de janvier et février (avant le jugement). Vous ne pouvez pas agir en résiliation pour ces loyers-là avant l'expiration du délai de 3 mois. Vous devez les déclarer au passif. En revanche, s'il ne paie pas le loyer de mars (postérieur), vous pourrez agir pour ce loyer, même si les impayés antérieurs existent.
Comment vous protéger efficacement ?
Face à un locataire en difficulté, la réactivité est essentielle. Voici quelques conseils pratiques :
- Surveillez les échéances : notez la date du jugement d'ouverture et le point de départ du délai de 3 mois.
- Conservez toutes les preuves : contrats, quittances, courriers, mises en demeure, justificatifs de non-paiement.
- Faites-vous assister : un avocat expert en droit immobilier peut vous guider à chaque étape et éviter les erreurs fatales.
Conclusion : ne restez pas seul face à la procédure
La décision de la Cour de cassation du 2 février 1993 est un garde-fou pour les bailleurs. Elle vous permet d'agir rapidement pour les loyers impayés après l'ouverture de la procédure collective, mais elle exige une parfaite maîtrise des règles de procédure. Un accompagnement juridique est vivement recommandé pour sécuriser votre action et maximiser vos chances de succès.
Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier à Antibes, vous reçoit en consultation pour analyser votre situation et définir la stratégie la plus adaptée.

