Bail commercial verbal et congé sans indemnité : ce que vous devez savoir
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Bail commercial verbal et congé sans indemnité : ce que vous devez savoir

📅 Décision du 07 juin 1990⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation valide un congé sans offre d'indemnité d'éviction pour un locataire commercial sans bail écrit, dès lors que le locataire est inscrit au registre du commerce. Une décision qui bouleverse les idées reçues sur les baux verbaux.

Décision de référence : cc • N° 89-12.122 • 1990-06-07 • Consulter la décision →

Dans cette affaire, un propriétaire d'un local commercial à Aix-en-Provence avait loué son bien sans bail écrit. Il souhaitait récupérer les lieux pour y installer son fils. Pouvez-vous donner congé sans indemnité d'éviction ? La réponse n'est pas celle que l'on croit souvent.

Beaucoup pensent que sans bail écrit, le locataire ne bénéficie pas de la protection du statut des baux commerciaux (décret du 30 septembre 1953). Erreur. Un bail verbal peut conférer ce statut. Mais alors, comment reprendre son bien sans verser une indemnité ?

La Cour de cassation, dans un arrêt du 7 juin 1990 (n° 89-12.122), apporte une réponse : le congé avec refus de renouvellement sans offre d'indemnité d'éviction peut être valable si le locataire est inscrit au registre du commerce. Explications.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un local commercial à Aix-en-Provence, avait donné à bail verbalement un local à un commerçant. Ce dernier exploitait son fonds de commerce sans contrat écrit, mais il était inscrit au registre du commerce pour les lieux loués.

En mars 1985, M. X délivre un congé (acte par lequel le bailleur signifie au locataire qu'il met fin au bail) avec refus de renouvellement (le bailleur refuse de prolonger le bail) et sans offre d'indemnité d'éviction (somme due au locataire évincé pour compenser la perte de son fonds). Le locataire conteste : selon lui, le bail verbal lui conférait la propriété commerciale (droit au maintien dans les lieux et à indemnité en cas d'éviction). Il soutient que le congé est nul car le bailleur n'a pas produit de bail écrit pour justifier son droit.

La cour d'appel d'Aix-en-Provence, le 16 juin 1988, donne raison au propriétaire. Elle valide le congé au motif que l'absence de bail écrit n'empêche pas l'inscription au registre du commerce, et que cette inscription prouve l'existence d'un bail commercial. Le locataire se pourvoit en cassation.

Il argue que le locataire titulaire d'un bail verbal bénéficie bien du statut des baux commerciaux, mais qu'il ne peut exiger la production d'une pièce justificative (le bail) pour s'opposer au congé. La Cour de cassation rejette son pourvoi : le juge commis à la surveillance du registre du commerce peut dispenser de produire une pièce justificative. Dès lors, l'inscription suffit à établir l'existence du bail, et le congé est valable.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La question centrale était : un congé avec refus de renouvellement sans offre d'indemnité d'éviction peut-il être valablement délivré à un locataire qui n'a pas de bail écrit, mais qui est inscrit au registre du commerce ?

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 2 du décret du 30 septembre 1953 (aujourd'hui codifié aux articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce), qui exige que le locataire soit immatriculé au registre du commerce pour bénéficier du statut. Mais elle précise que le juge commis à la surveillance du registre (magistrat chargé de contrôler les inscriptions) peut dispenser de la production d'une pièce justificative, comme le bail écrit, si d'autres éléments prouvent l'existence du bail.

En l'espèce, le locataire était inscrit au registre du commerce pour les lieux loués. Cette inscription valait présomption de l'existence d'un bail commercial. Le propriétaire n'avait pas à prouver l'existence d'un bail écrit pour donner congé.

Attention : ce n'est pas un revirement de jurisprudence, mais une confirmation. La Cour de cassation avait déjà admis que le bail verbal confère le statut (Cass. 3e civ., 12 février 1985). Ici, elle va plus loin en validant le congé sans indemnité malgré l'absence d'écrit. Le locataire ne peut pas se retrancher derrière l'absence de bail écrit pour exiger une indemnité.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : Vous pouvez donner congé à un locataire sans bail écrit, sans être obligé de lui verser une indemnité d'éviction, à condition que le locataire soit inscrit au registre du commerce. Mais prudence : le congé doit respecter les formes (acte d'huissier, délai de 6 mois avant la fin du bail).

Si vous êtes locataire commercial sans bail écrit : Vous bénéficiez du statut, mais votre inscription au registre du commerce peut être utilisée contre vous. Si vous recevez un congé sans indemnité, vérifiez que vous êtes bien inscrit pour les lieux loués. Si oui, le congé peut être valable. Si non, contestez.

Si vous êtes acquéreur d'un fonds de commerce : Avant d'acheter, exigez la communication du bail écrit. Si le vendeur n'en a pas, vérifiez son inscription au registre du commerce. Cela peut affecter la valeur du fonds.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un bail écrit : Même entre proches, un écrit évite toute contestation. Le bail doit mentionner la durée (9 ans minimum), le loyer, la destination des lieux.
  • Vérifiez l'inscription au registre du commerce : Avant de donner congé, consultez l'extrait Kbis du locataire. Assurez-vous que l'adresse du local est bien mentionnée.
  • Respectez les formes du congé : Le congé doit être signifié par huissier au moins 6 mois avant la fin du bail. À défaut, il est nul.
  • Consultez un avocat avant toute action : Un congé mal rédigé peut entraîner le paiement d'une indemnité d'éviction.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une ligne constante : la Cour de cassation protège le droit du propriétaire de reprendre son bien, même en l'absence d'écrit. La Cour de cassation avait déjà jugé que le bail verbal confère le statut (Cass. 3e civ., 12 février 1985). Mais ici, elle précise que l'inscription au registre du commerce peut suppléer l'absence de bail écrit pour valider un congé sans indemnité.

Depuis 1990, les tribunaux appliquent cette règle de manière constante. Cependant, attention : si le locataire n'est pas inscrit au registre du commerce, le congé sans indemnité est impossible. La tendance est donc à exiger une inscription régulière. Pour l'avenir, la digitalisation du registre du commerce (Infogreffe) facilite les vérifications.

Questions fréquentes

Un bail verbal est-il valable pour un local commercial ? Oui, le statut des baux commerciaux s'applique même sans écrit. Mais l'absence de bail écrit complique la preuve de son existence et de ses conditions.

Puis-je donner congé à un locataire sans bail écrit ? Oui, à condition de respecter les formes légales et que le locataire soit inscrit au registre du commerce pour les lieux loués.

Dois-je payer une indemnité d'éviction si le locataire n'a pas de bail écrit ? Pas nécessairement. Si le locataire est inscrit au registre du commerce, vous pouvez refuser le renouvellement sans indemnité, à condition de motiver votre refus (par exemple, reprise pour habiter).

Que faire si je suis locataire sans bail écrit et que je reçois un congé sans indemnité ? Vérifiez votre inscription au registre du commerce. Si vous n'êtes pas inscrit pour les lieux, contestez le congé. Consultez un avocat rapidement (délai de 2 mois pour agir).

Quels sont les risques si je donne congé sans respecter les formes ?

Questions fréquentes

Un bail verbal est-il valable pour un local commercial ?

Oui, le statut des baux commerciaux s'applique même sans écrit. Mais l'absence de bail écrit complique la preuve de son existence et de ses conditions.

Puis-je donner congé à un locataire sans bail écrit ?

Oui, à condition de respecter les formes légales et que le locataire soit inscrit au registre du commerce pour les lieux loués.

Dois-je payer une indemnité d'éviction si le locataire n'a pas de bail écrit ?

Pas nécessairement. Si le locataire est inscrit au registre du commerce, vous pouvez refuser le renouvellement sans indemnité, à condition de motiver votre refus.

Que faire si je suis locataire sans bail écrit et que je reçois un congé sans indemnité ?

Vérifiez votre inscription au registre du commerce. Si vous n'êtes pas inscrit pour les lieux, contestez le congé. Consultez un avocat rapidement (délai de 2 mois pour agir).

Quels sont les risques si je donne congé sans respecter les formes ?

Le congé peut être déclaré nul, et vous devrez payer une indemnité d'éviction, souvent très élevée (plusieurs années de loyer).

Informations juridiques

  • Numéro: 89-12.122
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 juin 1990

Mots-clés

bail commercialbail verbalcongéindemnité d'évictionregistre du commerce

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire souhaitant récupérer son local à Blagnac

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Blagnac, loué verbalement depuis 10 ans à un boulanger. Il veut y installer sa fille. Le locataire est inscrit au registre du commerce pour ce local.

Application pratique:

M. Dupont peut donner congé avec refus de renouvellement sans indemnité d'éviction, car le locataire est inscrit au registre du commerce. Il doit signifier le congé par huissier 6 mois avant la fin du bail. S'il respecte les formes, il récupérera les lieux sans payer d'indemnité.

2

Locataire sans bail écrit recevant un congé à Muret

Mme Martin, gérante d'une boutique de vêtements à Muret, n'a pas de bail écrit. Elle reçoit un congé sans indemnité de son propriétaire. Elle est inscrite au registre du commerce pour l'adresse du local.

Application pratique:

Le congé est probablement valable. Mme Martin doit vérifier son extrait Kbis. Si l'adresse est bien mentionnée, elle ne peut pas exiger d'indemnité. Elle doit quitter les lieux à la fin du préavis, sauf à négocier un départ amiable.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce sans bail écrit

M. Leblanc souhaite acheter un fonds de commerce à Toulouse. Le vendeur n'a pas de bail écrit, mais est inscrit au registre du commerce.

Application pratique:

M. Leblanc doit exiger la communication de l'extrait Kbis et vérifier l'inscription. Il peut demander au propriétaire de régulariser un bail écrit avant la vente. À défaut, le risque est que le propriétaire donne congé sans indemnité après l'acquisition, réduisant la valeur du fonds.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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