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Bail rural : une EARL ne peut revendiquer un bail si le preneur reste titulaire
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Bail rural : une EARL ne peut revendiquer un bail si le preneur reste titulaire

📅 Décision du 13 juillet 2011⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

Lorsqu'un agriculteur met des terres louées à disposition d'une EARL sans résilier son bail, celle-ci ne peut pas se prévaloir d'un bail direct avec le propriétaire. La Cour de cassation rappelle que seul le preneur initial reste titulaire du bail, et que les bailleurs doivent demander la résiliation pour qu'un nouveau bail soit conclu.

Décision de référence : cc • N° 10-22.986 • 2011-07-13 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Chelles, en Seine-et-Marne, un propriétaire baille des terres agricoles à un fermier. Ce fermier, pour optimiser son exploitation, décide de les mettre à disposition d'une EARL (Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée) qu'il a créée avec son fils. Les années passent, et l'EARL estime qu'elle est devenue le véritable preneur. Problème : le propriétaire n'a jamais été consulté, et le bail initial court toujours. Qui est vraiment locataire ?

Cette question, que se posent de nombreux propriétaires fonciers et exploitants agricoles, a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 13 juillet 2011. La réponse est nette : l'EARL ne peut pas se prévaloir d'un bail sur ces terres, car le preneur initial reste seul titulaire du bail. undefined, une mise à disposition ne vaut pas cession de bail.

undefined si vous êtes propriétaire d'une parcelle à Claye-Souilly ou ailleurs, et que votre locataire confie la terre à une société sans vous en informer, vous n'avez pas à subir un changement de locataire imposé. Cette décision protège vos droits tout en clarifiant les règles pour les exploitants.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Chelles, a consenti un bail rural à M. Y en 1988, par acte notarié. M. Y exploite les terres pendant plusieurs années, puis décide, avec son fils, de créer une EARL. Sans en informer le propriétaire, il met les terres louées à disposition de cette EARL, qui les cultive à sa place. Le bail initial n'est pas résilié, et le propriétaire continue de percevoir les fermages de M. Y.

Quelques années plus tard, un différend éclate : l'EARL estime qu'elle est devenue la véritable locataire, et qu'elle peut se prévaloir d'un bail direct avec le propriétaire. Elle demande même le renouvellement du bail. Le propriétaire, lui, n'a jamais accepté ce transfert et considère que le seul locataire est M. Y. La situation se tend, et l'affaire atterrit devant le tribunal paritaire des baux ruraux.

Le tribunal donne raison à l'EARL, estimant que la mise à disposition équivaut à une cession tacite du bail. Le propriétaire fait appel, et la cour d'appel infirme cette décision. L'EARL se pourvoit alors en cassation. Mais la Haute juridiction confirme l'arrêt d'appel : l'EARL ne peut pas se prévaloir d'un bail. Pour obtenir un nouveau bail, il aurait fallu que le propriétaire demande la résiliation du bail initial – ce qu'il n'a jamais fait.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur le statut du fermage, et plus précisément sur l'article L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime (qui régit les cessions et mises à disposition de baux ruraux). Ce texte dispose que toute cession de bail ou mise à disposition doit être notifiée au bailleur, et que celui-ci peut s'y opposer. En l'espèce, la mise à disposition a bien eu lieu, mais sans aucune notification au propriétaire, et surtout sans résiliation du bail initial.

Le raisonnement est simple : tant que le bail initial n'est pas résilié, le preneur reste seul titulaire du bail. L'EARL n'est qu'un sous-locataire de fait, sans droits directs vis-à-vis du propriétaire. La Cour précise que la résiliation du bail ne peut être demandée que par les bailleurs, et non par le preneur ou l'EARL. Or, en l'espèce, les bailleurs n'ont jamais sollicité la résiliation – ils ont au contraire continué à percevoir les fermages de M. Y.

Attention toutefois : cette décision n'est pas un revirement, mais une confirmation de la jurisprudence constante. La Cour rappelle que la conclusion d'un nouveau bail avec l'EARL suppose la résiliation préalable du bail en cours. Et cette résiliation n'est pas automatique : elle doit être demandée par le bailleur. undefined, c'est que même si le preneur ne cultive plus lui-même, le bail reste valable tant que le propriétaire n'a pas agi.

undefined la Cour a considéré que l'EARL ne pouvait pas se prévaloir d'un bail, car elle n'était pas partie au contrat initial et que le bailleur n'avait pas consenti à un transfert. Les juges ont ainsi protégé le droit de propriété et la liberté contractuelle du bailleur.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : Vous n'êtes pas tenu d'accepter que votre locataire mette les terres à disposition d'une société sans votre accord. Si cela arrive, vous pouvez exiger le respect du bail initial et, si vous le souhaitez, demander la résiliation pour faute. Par exemple, à Claye-Souilly, si votre fermier confie la parcelle à une EARL sans vous prévenir, vous pouvez contester. Mais si vous continuez à percevoir les fermages sans réagir, vous risquez de paraître acquiescer.

Si vous êtes locataire (preneur) : Vous ne pouvez pas unilatéralement transférer votre bail à une EARL. Si vous souhaitez que la société devienne locataire, vous devez obtenir l'accord écrit du propriétaire, et généralement passer par un avenant ou une résiliation suivie d'un nouveau bail. Sinon, vous restez seul responsable des fermages et des obligations.

Si vous êtes une EARL : Vous ne pouvez pas revendiquer un statut de preneur si le bail initial n'a pas été résilié. Vous êtes simplement un sous-locataire de fait, sans droit au renouvellement. Pour sécuriser votre exploitation, il est impératif de régulariser la situation avec le propriétaire.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des EARL avaient investi des sommes importantes dans des terres sans être titulaires du bail. Résultat : des années de procédure pour tenter de régulariser, avec des frais d'avocat de 3 000 à 8 000 €, sans garantie de succès.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Notifiez toute mise à disposition au propriétaire : Si vous êtes preneur et souhaitez faire exploiter vos terres par une société, envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception au bailleur, en précisant les modalités. Cela permet d'obtenir son accord ou de discuter d'une solution.
  • Faites signer un avenant au bail : Pour que l'EARL devienne officiellement locataire, le mieux est de résilier le bail initial et d'en conclure un nouveau avec la société. Cela nécessite l'accord du propriétaire, mais évite tout litige futur.
  • Vérifiez les clauses du bail : Certains baux interdisent formellement la mise à disposition sans autorisation. Si vous êtes propriétaire, faites insérer une clause en ce sens. Si vous êtes preneur, sachez que même sans clause, la mise à disposition non notifiée peut être une faute.
  • Conservez les preuves de paiement des fermages : Si vous êtes propriétaire et que vous acceptez les fermages d'une EARL sans avoir résilié le bail initial, cela peut être interprété comme une acceptation tacite du transfert. Soyez cohérent : si vous voulez garder le preneur initial, refusez les paiements de l'EARL.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 2005 (Civ. III, 9 mars 2005, n° 03-19.876), la Cour avait jugé que la mise à disposition d'un bail rural à une société, sans l'accord du bailleur, ne confère aucun droit à la société. Plus récemment, en 2018 (Civ. III, 14 juin 2018, n° 17-18.234), la Cour a précisé que le preneur qui cesse d'exploiter personnellement et confie les terres à une société sans autorisation peut voir son bail résilié pour faute.

La tendance est donc claire : les juges protègent le droit de propriété et exigent le respect des formalités légales. Pour l'avenir, il est probable que la Cour maintienne cette rigueur, d'autant que le statut du fermage est d'ordre public. undefined pas de place pour l'à-peu-près.

undefined, c'est que cette jurisprudence s'applique aussi aux mises à disposition entre époux ou entre parents et enfants. Même en famille, un transfert sans accord écrit peut être contesté.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ - Questions pratiques :

  • Puis-je mettre mes terres louées à disposition de mon EARL sans prévenir le propriétaire ? Non, vous devez l'informer par lettre recommandée. À défaut, le propriétaire peut demander la résiliation du bail.
  • Que faire si le propriétaire refuse la mise à disposition ? Vous pouvez négocier un avenant ou un nouveau bail avec la société. En cas de refus, vous devez continuer à exploiter personnellement, sous peine de résiliation.
  • Quels sont les risques pour l'EARL ? L'EARL ne peut pas se prévaloir d'un bail, donc elle n'a pas droit au renouvellement. Elle peut être évincée du jour au lendemain si le propriétaire décide de reprendre les terres.
  • Quel est le délai pour régulariser ? Il n'y a pas de délai légal, mais plus vous attendez, plus le risque de contentieux est grand. Agissez dès que vous envisagez une mise à disposition.
  • Combien coûte une régularisation ? Les honoraires d'avocat pour un avenant ou une résiliation amiable varient entre 800 et 2 500 €. En cas de procès, comptez 3 000 à 10 000 €.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je mettre mes terres louées à disposition de mon EARL sans prévenir le propriétaire ?

Non, vous devez informer le propriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception. À défaut, le propriétaire peut demander la résiliation du bail pour faute.

Que faire si le propriétaire refuse la mise à disposition ?

Vous pouvez négocier un avenant au bail ou un nouveau bail avec la société. En cas de refus, vous devez continuer à exploiter personnellement, sous peine de résiliation.

Quels sont les risques pour l'EARL si elle exploite sans être titulaire du bail ?

L'EARL ne peut pas se prévaloir d'un bail, donc elle n'a pas droit au renouvellement. Elle peut être évincée du jour au lendemain si le propriétaire décide de reprendre les terres.

Quel est le délai pour régulariser une mise à disposition irrégulière ?

Il n'y a pas de délai légal, mais plus vous attendez, plus le risque de contentieux est grand. Agissez dès que vous envisagez une mise à disposition.

Combien coûte une régularisation de situation avec une EARL ?

Les honoraires d'avocat pour un avenant ou une résiliation amiable varient entre 800 et 2 500 €. En cas de procès, comptez 3 000 à 10 000 €, hors frais de justice.

Informations juridiques

  • Numéro: 10-22.986
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 juillet 2011

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Chelles : un fermier met ses terres à disposition d'une EARL sans votre accord

Vous êtes propriétaire d'une parcelle à Chelles. Votre locataire, M. Y, crée une EARL avec son fils et lui confie vos terres sans vous en informer. Vous continuez à percevoir les fermages de M. Y. Un jour, l'EARL vous demande le renouvellement du bail.

Application pratique:

Vous pouvez refuser de reconnaître l'EARL comme locataire. Conformément à l'arrêt de 2011, seul M. Y reste titulaire du bail. Pour sécuriser votre situation, envoyez une lettre recommandée à M. Y lui rappelant que la mise à disposition est irrégulière et exigez le respect du bail initial. Si vous souhaitez que l'EARL devienne locataire, exigez un avenant ou un nouveau bail.

2

Exploitant agricole à Claye-Souilly : vous voulez intégrer votre EARL dans le bail

Vous êtes preneur d'un bail rural à Claye-Souilly. Vous avez créé une EARL avec votre conjoint et souhaitez que ce soit l'EARL qui devienne officiellement locataire, pour des raisons fiscales et de gestion.

Application pratique:

Vous devez obtenir l'accord écrit du propriétaire. La meilleure solution est de résilier le bail actuel et de conclure un nouveau bail avec l'EARL. Vous pouvez aussi signer un avenant au bail pour ajouter l'EARL comme co-preneur. Dans tous les cas, formalisez par acte notarié ou sous seing privé et enregistrez-le.

3

EARL en litige : vous exploitez des terres depuis des années sans bail écrit

Votre EARL exploite des terres agricoles depuis 10 ans, mises à disposition par le preneur initial. Le propriétaire vient de décéder, et ses héritiers contestent votre droit d'exploiter. Vous n'avez aucun bail écrit.

Application pratique:

Vous ne pouvez pas vous prévaloir d'un bail. Selon la jurisprudence, tant que le bail initial n'est pas résilié, vous êtes un occupant sans droit. Vous devez négocier avec les héritiers pour obtenir un bail. Si un accord est trouvé, faites-le rédiger par un notaire ou un avocat. En cas de refus, vous risquez d'être expulsé sans indemnité.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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