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Bail unique sur deux appartements : pas de novation par quittances séparées (Cour de cassation, 1974)
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Bail unique sur deux appartements : pas de novation par quittances séparées (Cour de cassation, 1974)

📅 Décision du 02 juillet 1974⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'un bail unique portant sur deux appartements ne se transforme pas en deux baux distincts par le seul fait que le propriétaire calcule séparément la surface corrigée et établit des quittances distinctes pour chaque logement. Cela constitue une simple modification des modalités de paiement du loyer, sans changer l'objet ni la cause du contrat.

Décision de référence : cc • N° 73-20.019 • 1974-07-02 • Consulter la décision →

Imaginez-vous, propriétaire d'un immeuble à Cannes, louant depuis vingt ans deux appartements à un même locataire, avec un bail unique. Un jour, pour simplifier la gestion, vous calculez la surface corrigée de chaque logement et envoyez deux quittances distinctes. Le locataire, de son côté, estime que cela crée deux baux séparés, ce qui lui permettrait par exemple de donner congé pour un seul appartement. Qui a raison ? C'est précisément la question posée à la Cour de cassation en 1974.

Cette décision, bien qu'ancienne, reste d'actualité pour les baux d'habitation soumis à la loi de 1948 ou aux conventions d'occupation. Elle fixe un principe clair : la novation (transformation d'un contrat en un autre) ne se présume pas. Pour qu'il y ait novation, il faut une volonté claire et non équivoque des parties de modifier l'objet ou la cause du contrat. Or, le simple fait de détailler le loyer par appartement ne change pas la nature juridique du bail unique.

undefined cette décision protège le propriétaire contre une fragmentation non souhaitée du bail, mais elle impose aussi une vigilance : si vous souhaitez réellement diviser un bail unique en plusieurs contrats, vous devez le faire expressément, par un avenant ou un nouveau bail. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Valbonne se sont retrouvés piégés par leur propre gestion, pensant avoir modifié le contrat alors qu'ils n'avaient fait qu'en changer les modalités de paiement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme X, propriétaire d'un immeuble à Cannes, avait consenti en 1949 un bail unique portant sur deux appartements : l'un à usage d'étude d'huissier, l'autre à usage d'habitation. Le locataire était un huissier de justice, M. Y. Le bail était conclu pour une durée de trois, six, neuf, douze, quinze et dix-huit ans, avec des clauses spécifiques. En 1970, après le décès de M. Y, sa veuve occupe les lieux. Mme X lui donne congé pour l'appartement d'habitation par lettre recommandée du 24 novembre 1970, tout en maintenant la location de l'étude. La veuve conteste : selon elle, le bail unique s'était transformé en deux baux distincts en raison du calcul séparé de la surface corrigée et de l'établissement de quittances distinctes par le propriétaire. Elle soutient donc que le congé pour l'appartement d'habitation est valable et que la location de l'étude se poursuit séparément.

Le tribunal de première instance donne raison à la veuve, estimant qu'il y a eu novation (transformation du contrat initial) en deux baux distincts. Mme X fait appel. La cour d'appel infirme le jugement : elle considère qu'il n'y a pas eu novation, car les éléments invoqués (calcul de surface corrigée par appartement, quittances distinctes) ne modifient que les modalités de fixation et de paiement du loyer, sans changer l'objet ou la cause du contrat initial. La veuve se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation rejette le pourvoi. Elle approuve la cour d'appel d'avoir souverainement apprécié que les circonstances invoquées ne constituaient pas une novation. Ainsi, le bail unique demeure, et le congé donné pour l'appartement d'habitation est donc inopérant car il ne peut y avoir de résiliation partielle d'un bail unique.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La question juridique centrale est celle de la novation, définie à l'article 1271 du Code civil (ancien, repris dans le nouveau Code civil aux articles 1329 et suivants). La novation est l'extinction d'une obligation par la création d'une nouvelle obligation qui la remplace. Elle ne se présume pas : la volonté de nover doit être claire et non équivoque. Ici, la Cour de cassation applique ce principe strictement.

Les juges du fond (cour d'appel) ont constaté que le bail initial était unique, portant sur deux appartements. Le propriétaire, en calculant la surface corrigée par appartement et en établissant des quittances distinctes, n'a fait que détailler le loyer global. Cela n'affecte ni l'objet du contrat (la location des deux appartements) ni sa cause (la volonté de louer ensemble ces deux biens). En d'autres termes, il s'agit d'une simple modification des modalités de paiement, pas d'un changement de la nature du contrat.

La Cour de cassation rappelle que l'appréciation de la volonté des parties relève du pouvoir souverain des juges du fond. La cour d'appel n'a pas dénaturé le contrat en estimant qu'il n'y avait pas novation. Elle a simplement exercé son pouvoir d'interprétation. Ce point est important : en droit, la qualification d'une situation de fait (comme la volonté de nover) est laissée à l'appréciation des juges du fond, sauf erreur de droit.

undefined, cette décision confirme que pour transformer un bail unique en plusieurs baux, il faut un acte exprès, comme un avenant ou un nouveau bail. Les actes de gestion courante (quittances séparées, calculs individuels) ne suffisent pas. Attention toutefois : si le propriétaire avait, par exemple, adressé deux congés séparés ou conclu deux renouvellements distincts, la solution pourrait être différente. undefined, c'est que la novation peut aussi résulter d'un comportement non écrit, mais il faut qu'il soit clair et non équivoque.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : si vous avez un bail unique portant sur plusieurs locaux, vous pouvez continuer à émettre des quittances séparées pour chaque logement sans craindre de créer des baux distincts. Mais attention : si vous souhaitez réellement diviser le bail (par exemple, pour vendre un appartement loué), vous devez formaliser cette division par un avenant signé par les deux parties. Sans cela, le bail reste unique, ce qui peut compliquer une vente partielle.

Pour les locataires : si vous occupez plusieurs logements dans le même immeuble sous un bail unique, vous ne pouvez pas donner congé pour un seul logement. Le bail est indivisible. Si vous souhaitez quitter un appartement, vous devez résilier l'intégralité du bail. À Valbonne, un locataire qui loue un appartement et un studio sous un même bail ne peut pas rendre le studio seul, sauf accord du propriétaire.

Pour les acquéreurs : si vous achetez un immeuble loué avec un bail unique, vous devez vérifier si le bail a été modifié en plusieurs baux. Si ce n'est pas le cas, vous ne pouvez pas, par exemple, donner congé pour un seul appartement. Cela peut avoir un impact sur la valeur du bien.

Exemple chiffré : à Cannes, un propriétaire loue un deux-pièces (60 m²) et un studio (25 m²) sous un bail unique à 1 500 € par mois. Il souhaite vendre le studio libre. Il doit d'abord diviser le bail en deux contrats distincts, ce qui nécessite l'accord du locataire. Sans cela, le locataire peut refuser de libérer le studio, et la vente est bloquée. La division peut être négociée, par exemple en baissant le loyer global de 100 € en contrepartie.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un bail clair : si vous louez plusieurs logements, indiquez expressément s'il s'agit d'un bail unique ou de baux distincts. Mentionnez la surface de chaque local et le loyer global ou détaillé.
  • Utilisez un avenant pour toute modification : si vous voulez diviser un bail unique, faites signer un avenant aux deux parties. Un simple changement de modalités de paiement ne suffit pas.
  • Conservez les preuves de votre volonté : gardez les correspondances (lettres, e-mails) montrant que les parties ont convenu de modifier la nature du contrat. La novation ne se présume pas, mais elle peut être prouvée par écrit.
  • Consultez un avocat avant de donner congé : si vous êtes locataire et que vous voulez quitter un seul logement d'un bail unique, sachez que le congé partiel n'est pas valable. Votre avocat pourra négocier une résiliation amiable avec le propriétaire.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1974 s'inscrit dans une ligne constante de la Cour de cassation : la novation est d'interprétation stricte. On peut citer un arrêt du 3 novembre 1977 (n° 76-10.392) où la Cour a jugé que la modification du montant du loyer ne constitue pas une novation. À l'inverse, dans un arrêt du 12 mai 1993 (n° 91-15.383), elle a admis une novation lorsque les parties avaient signé un nouveau bail avec des clauses substantiellement différentes (durée, destination).

La tendance est donc à la protection du contrat initial. Les tribunaux sont réticents à considérer qu'un simple changement de modalités transforme la nature du contrat. Cela signifie qu'en pratique, pour diviser un bail, il faut un acte exprès. L'évolution récente du droit des contrats (ordonnance du 10 février 2016) a maintenu ce principe : la novation ne se présume pas (article 1330 du Code civil).

Ce que vous devez retenir absolument

  • Un bail unique reste unique jusqu'à preuve du contraire. Les quittances séparées ne le transforment pas en plusieurs baux.
  • Pour diviser un bail, il faut un avenant ou un nouveau contrat. Pas de novation tacite par simple changement de mode de paiement.
  • Le locataire ne peut pas donner congé partiel. Il doit résilier l'intégralité du bail ou obtenir l'accord du propriétaire.
  • Le propriétaire doit être vigilant : s'il veut vendre un seul logement, il doit anticiper la division du bail.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la novation d'un bail ?

La novation est la transformation d'un contrat en un autre, par exemple un bail unique en deux baux distincts. Elle requiert une volonté claire des parties et ne se présume pas.

Puis-je diviser un bail unique en plusieurs baux sans l'accord du locataire ?

Non, la division nécessite un avenant signé par les deux parties. Un simple changement de modalités de paiement (quittances séparées) ne suffit pas.

Que faire si je suis locataire et que je veux quitter un seul appartement d'un bail unique ?

Vous ne pouvez pas donner congé partiellement. Vous devez résilier l'intégralité du bail ou négocier avec le propriétaire une division amiable.

Quels sont les risques pour un propriétaire qui émet des quittances séparées ?

Aucun risque de novation, mais attention à ne pas créer une apparence de baux distincts qui pourrait être invoquée par le locataire. Mieux vaut préciser dans le bail qu'il s'agit d'un contrat unique.

Cette décision est-elle encore applicable aujourd'hui ?

Oui, le principe de non-présomption de la novation a été maintenu par le nouveau Code civil (article 1330). Elle reste une référence pour les baux d'habitation.

Informations juridiques

  • Numéro: 73-20.019
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 02 juillet 1974

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Cannes avec un bail unique pour deux appartements

M. Dupont loue un T2 et un T1 sous un même bail à 2 000 €/mois. Il émet deux quittances distinctes. Son locataire prétend qu'il y a deux baux et donne congé pour le T1. La décision permet à M. Dupont de contester le congé partiel.

Application pratique:

M. Dupont doit refuser le congé partiel en invoquant l'arrêt de 1974. Pour vendre le T1, il devra signer un avenant divisant le bail avec l'accord du locataire, éventuellement en ajustant le loyer.

2

Locataire à Valbonne souhaitant libérer un studio

Mme Martin loue un appartement principal et un studio sous un bail unique. Elle veut rendre le studio pour réduire ses charges. Le propriétaire refuse la résiliation partielle.

Application pratique:

Mme Martin ne peut pas imposer la résiliation partielle. Elle doit négocier un avenant divisant le bail, par exemple en proposant une augmentation du loyer sur le logement restant en compensation.

3

Acquéreur d'un immeuble à Cannes avec bail unique

M. Leroy achète un immeuble loué avec un bail unique sur deux appartements. Il souhaite récupérer un logement pour son fils, mais le locataire refuse le congé partiel.

Application pratique:

M. Leroy ne peut pas donner congé pour un seul appartement. Il doit attendre le terme du bail ou négocier une résiliation amiable globale. Il peut aussi proposer une indemnité au locataire pour obtenir la libération d'un logement.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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