Empiètement sur terrain voisin : peut-on éviter la démolition totale ? (Cass. 1975)
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Empiètement sur terrain voisin : peut-on éviter la démolition totale ? (Cass. 1975)

📅 Décision du 26 novembre 1975⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 4 min de lecture

Un propriétaire peut éviter la démolition totale de sa construction qui empiète chez le voisin, si la suppression partielle est techniquement possible. La Cour de cassation l'a rappelé en 1975, une solution toujours d'actualité pour les litiges de mitoyenneté.

Décision de référence : cc • N° 74-12.036 • 1975-11-26 • Consulter la décision →

Dans un litige opposant deux propriétaires, la Cour de cassation a eu à se prononcer sur l'étendue de l'obligation de démolition en cas d'empiètement sur le terrain voisin. Par un arrêt du 26 novembre 1975 (n° 74-12.036), la troisième chambre civile a jugé que le juge peut ordonner une démolition partielle de la construction litigieuse, dès lors qu'une telle mesure est techniquement possible et suffisante pour mettre fin à l'empiètement.

Les faits et la procédure

Un propriétaire avait réalisé des travaux qui débordaient sur la propriété voisine. Le voisin, invoquant une violation de son droit de propriété, assigna le constructeur en justice pour obtenir la démolition totale de l'ouvrage. Le tribunal de première instance fit droit à cette demande, mais la cour d'appel, tout en constatant l'empiètement, considéra que la suppression de la seule partie débordante était techniquement réalisable et n'affecterait pas la solidité du reste de la construction. Elle ordonna donc une remise en état partielle. Le propriétaire lésé forma un pourvoi en cassation, soutenant que tout empiètement devait entraîner une démolition complète. La Cour de cassation rejeta le pourvoi, validant ainsi l'appréciation souveraine des juges du fond quant à la possibilité d'une démolition partielle.

Le raisonnement juridique

Le fondement de l'action repose sur l'article 544 du Code civil, qui consacre le droit de propriété, et sur l'article 1240 (ancien 1382), selon lequel tout fait quelconque de l'homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. L'empiètement constitue ainsi une faute engageant la responsabilité de son auteur, et la réparation peut prendre la forme d'une démolition.

Cependant, la Cour de cassation rappelle un principe d'exécution proportionnée : le propriétaire lésé a droit à la cessation de l'empiètement, mais pas nécessairement à une démolition totale si une mesure moins radicale est suffisante. Les juges du fond apprécient souverainement si la suppression partielle est réalisable techniquement. En l'espèce, la cour d'appel avait estimé que l'empiètement ne portait que sur une partie limitée de l'ouvrage et que sa suppression ne compromettrait pas la solidité du reste, autorisant ainsi une simple régularisation.

Implications pratiques pour les propriétaires

Si vous découvrez que votre construction empiète sur le terrain voisin, vous pourriez n'être condamné qu'à une démolition partielle, à condition que cela soit techniquement possible. Les frais seront alors bien moindres que ceux d'une reconstruction complète.

En tant qu'acquéreur, la vigilance s'impose : si l'empiètement est tel qu'une suppression partielle est impossible (par exemple, si un mur porteur est concerné), la démolition totale demeure envisageable. Avant d'acheter, faites réaliser un bornage et un diagnostic technique par un géomètre-expert.

Pour les locataires, si le logement loué empiète sur le fonds voisin, les frais de remise en état incombent au propriétaire bailleur. Vous pouvez solliciter une réduction de loyer ou la résiliation du bail si l'empiètement rend le logement impropre à l'usage prévu.

Enfin, si vous êtes le propriétaire lésé, vous avez droit à la suppression de l'empiètement, mais le juge peut n'ordonner qu'une démolition partielle si elle est suffisante, sans que vous puissiez exiger une solution plus contraignante.

Conseils pour éviter les litiges

  • Réalisez un bornage avant toute construction. Faites appel à un géomètre-expert pour délimiter précisément votre terrain. Le coût de cette opération est bien inférieur à celui d'un procès.
  • Consultez les règles d'urbanisme locales. Le Plan Local d'Urbanisme (PLU) de votre commune impose souvent des distances minimales par rapport aux limites séparatives.
  • Photographiez l'état des lieux avant travaux. Ces clichés pourront constituer des preuves en cas de contestation.
  • Privilégiez une résolution amiable. Si l'empiètement est minime, envisagez une servitude de passage ou une indemnité transactionnelle.

Évolutions jurisprudentielles

Cette solution a été confirmée à plusieurs reprises. Par exemple, dans un arrêt du 31 mai 2018 (n° 17-18.519), la Cour de cassation a précisé que le juge peut ordonner la démolition partielle même si le propriétaire lésé réclame la démolition totale, dès lors que la mesure est techniquement possible et met fin à l'empiètement. En revanche, lorsque l'empiètement est irréversible (immeuble construit en limite sans possibilité de recul), la démolition totale reste la seule issue.

Cette approche pragmatique s'inscrit dans une tendance à privilégier des sanctions proportionnées, sans toutefois remettre en cause le caractère absolu du droit de propriété.

FAQ

  • Mon voisin empiète de quelques centimètres, puis-je exiger la démolition totale ? Non, si la suppression partielle est techniquement possible, le juge peut l'ordonner.
  • Que faire si mon voisin refuse de supprimer l'empiètement ? Envoyez-lui une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. En l'absence de réaction, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour faire cesser l'empiètement.

Questions fréquentes

Puis-je exiger la démolition totale si mon voisin empiète de quelques centimètres ?

Non, si la suppression partielle est techniquement possible, le juge peut ordonner seulement le retrait de la partie qui dépasse, sans démolir le reste. C'est ce qu'a rappelé la Cour de cassation en 1975.

Que faire si mon voisin refuse de supprimer l'empiètement ?

Envoyez d'abord une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. En cas de refus, saisissez le tribunal judiciaire pour obtenir une décision judiciaire ordonnant la suppression de l'empiètement.

Quels sont les délais pour agir en justice pour un empiètement ?

L'action en démolition se prescrit par 30 ans à compter de la construction de l'ouvrage empiétant (article 2227 du Code civil). Au-delà, vous perdez le droit d'agir.

Combien coûte un procès pour empiètement ?

Comptez entre 3 000 et 8 000 € d'honoraires d'avocat, auxquels s'ajoutent les frais d'expertise judiciaire (1 500 à 3 000 €) si une expertise est ordonnée.

Puis-je obtenir des dommages et intérêts en plus de la démolition ?

Oui, si l'empiètement vous a causé un préjudice spécifique, comme une perte de jouissance ou une dépréciation de votre bien. Vous devrez le prouver.

Informations juridiques

  • Numéro: 74-12.036
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 26 novembre 1975

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'une maison à Grosseto-Prugna avec garage empiétant

M. Martin, propriétaire à Grosseto-Prugna, découvre que son garage empiète de 40 cm sur le terrain voisin. Le voisin exige la démolition totale, estimant que l'empiètement lui cause un préjudice esthétique.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de 1975, M. Martin peut demander au juge une suppression partielle. Un expert technique démontrera que le toit peut être reculé sans toucher aux murs porteurs. Le coût de la reprise partielle (3 000 €) sera bien inférieur à une reconstruction totale (20 000 €).

2

Acquéreur d'un bien avec empiètement à Sartène

Mme Dupont achète une maison à Sartène. Le compromis mentionne un empiètement de la clôture sur le fonds voisin. L'agent immobilier la rassure : « ça se réglera à l'amiable ».

Application pratique:

Mme Dupont doit exiger du vendeur qu'il régularise l'empiètement avant la vente, ou qu'il lui consente une réduction de prix. Elle peut aussi faire réaliser un bornage et une note technique pour vérifier si une suppression partielle est possible. Sans cela, elle risque d'hériter d'un litige coûteux.

3

Propriétaire lésé par un empiètement à Ajaccio

M. Bianchi, propriétaire à Ajaccio, voit son voisin construire un abri de jardin qui dépasse de 20 cm sur son terrain. Il souhaite obtenir réparation.

Application pratique:

M. Bianchi peut exiger la suppression de l'empiètement. Mais si le juge estime qu'une suppression partielle est suffisante (par exemple, couper la partie débordante), il ne pourra pas obtenir la démolition totale. Il peut toutefois demander des dommages et intérêts pour le trouble de jouissance subi pendant la durée des travaux.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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