Aller au contenu principal
Bornage entre indivision et propriété privative : action recevable (Cass. 1978)
Droit-foncier

Bornage entre indivision et propriété privative : action recevable (Cass. 1978)

📅 Décision du 19 décembre 1978⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 8 min de lecture

Un propriétaire peut demander le bornage de son terrain même si le voisin est coïndivisaire de la parcelle contiguë. La Cour de cassation précise que l'action est recevable, sans nécessité d'attraire tous les indivisaires.

Décision de référence : cc • N° 77-13.211 • 1978-12-19 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une jolie villa à Mougins, avec une piscine et un jardin soigné. Un jour, votre voisin, que vous croisez souvent, vous annonce qu'il souhaite faire borné la limite entre vos terrains. Jusque-là, rien d'anormal. Mais voilà : ce voisin est aussi copropriétaire de votre propre bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">parcelle, car vous avez hérité ensemble d'une partie du terrain il y a des années. Vous vous dites : « Peut-il vraiment agir en bornage contre moi alors qu'il est coïndivisaire de mon bien ? ». C'est précisément la question que la Cour de cassation a tranchée en 1978, dans un arrêt qui reste une référence pour tous les propriétaires, surtout ceux du ressort de Grasse où les copropriétés et les indivisions sont fréquentes. Cette décision, bien que datée, est toujours d'actualité et répond à une interrogation pratique : le bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage est-il possible entre deux fonds dont l'un est en indivision et l'autre en propriété privative ? La réponse est oui, et nous allons voir pourquoi.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire se déroule à Villeneuve-lès-Avignon, mais elle pourrait tout aussi bien se passer à Grasse ou à Mougins. M. X est propriétaire privatif d'une parcelle cadastrée section AT n°... Sa parcelle est contiguë d'une autre parcelle, elle-même en indivision entre plusieurs personnes, dont M. X lui-même. En effet, M. X est l'un des coïndivisaires de la parcelle voisine. Un désaccord surgit sur la limite exacte entre les deux fonds. M. X décide alors d'assigner les autres coïndivisaires en bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage. Ceux-ci contestent la recevabilité de l'action : selon eux, M. X ne peut pas agir en bornage contre eux puisqu'il est lui-même coïndivisaire de la parcelle voisine. Ils estiment que l'action en bornage suppose que les deux fonds appartiennent à des propriétaires distincts et qu'en l'espèce, M. X est à la fois propriétaire privatif de l'un et coïndivisaire de l'autre. La cour d'appel donne raison à M. X et ordonne le bornage. Les coïndivisaires se pourvoient en cassation. La Cour de cassation rejette leur pourvoi et confirme l'arrêt d'appel. Elle considère que l'action en bornage est recevable, car M. X agit en tant que propriétaire privatif de son fonds contre les autres indivisaires du fonds voisin, et non contre lui-même. Peu importe qu'il soit aussi coïndivisaire de l'autre parcelle : l'action est dirigée contre les autres membres de l'indivision, et non contre sa propre qualité de propriétaire. undefined le bornage peut être demandé même si l'une des parcelles est en indivision et que le demandeur en fait partie.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 646 du Code civil, qui dispose que « tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës ». Ce texte est le fondement légal de l'action en bornage. Il ne précise pas que les propriétés doivent appartenir à des personnes distinctes ; il suffit qu'elles soient contiguës et que le demandeur soit propriétaire de l'une d'elles. La Cour rejette l'argument des indivisaires selon lequel le bornage suppose des fonds appartenant à des propriétaires différents. Elle explique que M. X, en tant que propriétaire privatif de sa parcelle, a le droit de faire borné la limite avec la parcelle voisine, même s'il en est coïndivisaire. L'action est dirigée contre les autres indivisaires, qui sont ses voisins au sens de l'article 646. Ce raisonnement est logique : le bornage vise à fixer la limite entre deux fonds, indépendamment de la personne du propriétaire. Si M. X ne pouvait pas agir, il serait impossible de déterminer la limite, ce qui serait contraire à l'intérêt général de la propriété. La Cour confirme ainsi une jurisprudence antérieure favorable à une interprétation large de l'article 646. undefined, les juges privilégient l'utilité pratique du bornage plutôt qu'une lecture stricte des conditions de fond. Attention toutefois : la décision ne dit pas que l'action est recevable si le demandeur est le seul propriétaire des deux fonds (ce serait alors un bornage entre ses propres biens, inutile). Ici, l'indivision crée une distinction juridique entre les coïndivisaires, ce qui justifie l'action.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques importantes, notamment pour les propriétaires du ressort de Grasse, où les terrains sont souvent morcelés et les indivisions fréquentes. Si vous êtes propriétaire privatif d'un bien contigu à un bien en indivision (par exemple, une maison à Mougins jouxtant un terrain familial en indivision), vous pouvez demander le bornage sans que les autres indivisaires puissent vous opposer votre qualité de coïndivisaire. Pour les acquéreurs : avant d'acheter un terrain, vérifiez si la parcelle voisine est en indivision. Si oui, sachez que vous pourrez ultérieurement en demander le bornage si nécessaire. Pour les locataires : en tant que locataire, vous n'avez pas qualité pour agir en bornage, mais votre bailleur (propriétaire) peut le faire, même si le terrain voisin est en indivision et qu'il en est coïndivisaire. Pour les copropriétaires : dans une copropriété, le bornage peut concerner les parties communes ou privatives ; cette jurisprudence s'applique surtout aux indivisions successorales ou conventionnelles. Exemple concret : à Grasse, un propriétaire d'un terrain constructible (valeur 150 000 €) souhaite le bornage avec la parcelle voisine en indivision. Le coût d'un bornage amiable est d'environ 1 500 € (géomètre + avocat), tandis qu'un bornage judiciaire peut coûter 5 000 à 10 000 €. Cette décision vous évite un refus de recevabilité qui vous obligerait à passer par une action plus complexe (comme une action en revendication). Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir rapidement : l'action en bornage est imprescriptible (vous pouvez la faire à tout moment), mais mieux vaut fixer les limites avant une construction ou une vente.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser un bornage amiable dès l'acquisition : Avant d'acheter un terrain, demandez au vendeur de fournir un procès-verbal de bornage signé par les voisins. Cela évite les contestations ultérieures. Le coût (environ 1 000 €) est négligeable par rapport aux frais d'un procès.
  • En cas d'indivision, formalisez un accord écrit : Si vous êtes en indivision avec un voisin, convenez à l'amiable des limites de chaque propriété. Un géomètre peut établir un document qui servira de preuve. Cela évite que l'un des coïndivisaires ne conteste le bornage plus tard.
  • Conservez tous les documents relatifs à votre propriété : Acte de vente, cadastre, plans, photos aériennes anciennes. En cas de litige, ces éléments peuvent démontrer la possession ou l'état des lieux. À Mougins, par exemple, des photos de 1950 peuvent révéler une haie qui servait de limite.
  • Consultez un avocat spécialisé dès les premières tensions : Un simple échange de courriers peut dégénérer. Une consultation de 30 minutes (45 € chez Maître Zakine) peut vous orienter vers une solution amiable et vous éviter des années de procédure.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1978 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation favorable à la recevabilité de l'action en bornage. On peut citer un arrêt du 13 mars 1973 (n° 71-14.278) qui admettait déjà le bornage entre un propriétaire et un indivisaire. Plus récemment, la Cour a confirmé cette position dans un arrêt du 10 mai 2012 (n° 11-17.134), en précisant que l'action en bornage est ouverte à tout propriétaire, même si le fonds voisin appartient à une personne morale dont il est membre. La tendance est donc à une interprétation large de l'article 646, afin de favoriser la sécurité juridique des limites de propriété. undefined, c'est que le bornage judiciaire peut être demandé même en l'absence de contestation : il suffit que les propriétaires ne parviennent pas à s'entendre. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des coïndivisaires refusaient le bornage par simple mauvaise foi. Cette jurisprudence les prive d'un argument de procédure inefficace. Pour l'avenir, les tribunaux continueront d'appliquer cette règle, mais attention : le bornage ne résout pas les questions de propriété (qui est propriétaire de quoi), il ne fait que matérialiser la limite. Si le titre de propriété est contesté, il faudra une action en revendication.

Points clés à retenir

  • Puis-je demander le bornage si je suis coïndivisaire du terrain voisin ? Oui, à condition que vous soyez propriétaire privatif de l'autre parcelle. L'action est recevable contre les autres indivisaires.
  • Faut-il attraire tous les indivisaires ? Oui, l'action doit être dirigée contre tous les coïndivisaires pour être efficace. Si l'un d'eux est omis, le bornage pourrait être contesté.
  • Quel est le délai pour agir ? L'action en bornage est imprescriptible : vous pouvez la faire à tout moment. Mais il est conseillé d'agir dès que possible pour éviter une construction ou une prescription acquisitive.
  • Quel est le coût ? Un bornage amiable coûte environ 1 500 € (géomètre + avocat). Un bornage judiciaire peut aller de 5 000 à 10 000 € selon la complexité.
  • Que faire si mon voisin refuse le bornage ? Vous pouvez l'assigner en justice. La décision de 1978 vous protège contre l'argument de l'irrecevabilité basé sur l'indivision.

Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

Informations juridiques

  • Numéro: 77-13.211
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 19 décembre 1978

Mots-clés

bornageindivisionpropriété privativerecevabilitéarticle 646

Cas d'usage pratiques

1

Copropriétaire indivis demande bornage

À Cannes, Marc est propriétaire privatif d'une villa avec piscine. La parcelle voisine est en indivision entre lui et ses trois cousins. Un désaccord surgit sur la limite entre les deux terrains. Marc assigne ses cousins en bornage.

Application pratique:

Cet arrêt de 1978 confirme que Marc peut agir en bornage même s'il est coïndivisaire du fonds voisin. Il doit intenter une action en bornage devant le tribunal judiciaire de Grasse. La procédure aboutira à une délimitation officielle, opposable à tous les indivisaires.

2

Héritier conteste l'action en bornage

À Nice, Sophie hérite d'un appartement et d'une quote-part d'un terrain voisin en indivision avec son frère. Son frère veut faire borné la limite entre l'appartement et le terrain. Sophie s'y oppose, estimant que son frère ne peut agir car il est coïndivisaire.

Application pratique:

La Cour de cassation a jugé que l'action en bornage est recevable. Sophie ne peut pas bloquer l'action de son frère. Elle devra participer à la procédure et accepter le bornage. En pratique, elle doit consulter un avocat pour défendre ses intérêts lors de la délimitation.

3

Propriétaire privé face à une indivision

À Aix-en-Provence, Paul possède un terrain constructible. Le terrain adjacent appartient à une indivision composée de trois sœurs. Paul veut faire borné la limite pour construire une clôture. Les sœurs refusent, arguant que Paul ne peut agir seul.

Application pratique:

L'arrêt permet à Paul d'assigner toutes les coïndivisaires en bornage. Il doit les citer toutes en justice, car l'action doit être dirigée contre tous les indivisaires. Le tribunal ordonnera le bornage, ce qui sécurisera les limites avant la construction.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide