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Cession de bail commercial : attention aux manquements antérieurs !
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Cession de bail commercial : attention aux manquements antérieurs !

📅 Décision du 08 octobre 2015⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le cessionnaire d'un bail commercial doit remédier aux manquements contractuels commis par son prédécesseur, sous peine de voir la clause résolutoire s'appliquer.

Décision de référence : cc • N° 14-13.179 • 2015-10-08 • Consulter la décision →

Vous venez d'acquérir un fonds de commerce à Dinan, et le vendeur vous assure que tout est en ordre. Mais quelques semaines plus tard, vous recevez un commandement de votre bailleur vous sommant de remettre les lieux en état, sous peine de résiliation du bail. Votre réflexe est de dire : « Ce n'est pas moi, c'est l'ancien locataire ! ». Pourtant, la justice pourrait bien vous donner tort. Que répond la loi ? Une décision de la Cour de cassation du 8 octobre 2015 (n° 14-13.179) apporte une réponse claire, qui bouleverse les idées reçues.

La question que se pose chaque propriétaire ou cessionnaire : suis-je responsable des fautes commises avant mon entrée dans les lieux ? La réponse est nuancée, mais la tendance jurisprudentielle est sans appel : le cessionnaire doit, dès la délivrance du commandement, mettre fin aux infractions persistentes. Cette décision est un véritable avertissement pour tous ceux qui envisagent de reprendre un bail commercial.

Dans cet article, nous décortiquons cette affaire, ses conséquences pratiques, et vous donnons les clés pour éviter un litige coûteux. Suivez le guide.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un local commercial à Cesson-Sévigné, donne à bail un local à une société. Celle-ci cède son bail à un cessionnaire, la société Bab. Le bail initial prévoit que toute modification des lieux doit être autorisée par le bailleur. Or, des travaux ont été réalisés sans autorisation par le premier locataire. Le bailleur délivre alors deux commandements au cessionnaire, lui demandant de remettre les lieux en l'état, sous peine de voir la clause résolutoire du bail s'appliquer. Le cessionnaire conteste, arguant qu'il n'est pas à l'origine des travaux.

La cour d'appel donne raison au cessionnaire : elle estime que le cessionnaire ne saurait être tenu des fautes commises par son prédécesseur. Mais le bailleur se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle reproche à la cour d'appel de ne pas avoir recherché si, après les commandements, il n'incombait pas au cessionnaire de mettre un terme à la persistance des manquements contractuels. En clair, même si le cessionnaire n'a pas commis les travaux, il doit, une fois informé, les faire cesser ou demander une régularisation.

L'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel. La leçon est claire : le cessionnaire ne peut pas se retrancher derrière le passé pour ignorer les obligations du bail.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La décision repose sur deux textes fondamentaux : l'article 1134 du Code civil (dans sa version antérieure à 2016) qui consacre la force obligatoire des conventions, et l'article L. 145-41 du Code de commerce qui régit la clause résolutoire dans les baux commerciaux. La Cour de cassation applique ici une logique simple mais implacable : le bail est un contrat qui lie les parties. Le cessionnaire, en reprenant le bail, accepte l'intégralité de ses clauses, y compris celles qui imposent de respecter l'état des lieux.

Les juges du fond avaient considéré que le cessionnaire n'étant pas l'auteur des modifications, il ne pouvait être tenu. Mais la Cour de cassation rappelle que l'obligation de remettre les lieux en l'état est continue : elle pèse sur le preneur en titre, quel qu'il soit. Si le manquement persiste après la cession, le cessionnaire doit y remédier. Ne pas le faire, c'est commettre une faute contractuelle.

La décision insiste sur un point clé : la nécessité de « mettre un terme à la persistance des manquements ». Autrement dit, le cessionnaire ne peut pas rester passif. Il doit agir, soit en démolissant les ouvrages non autorisés, soit en sollicitant une autorisation du bailleur. La cour d'appel n'avait pas examiné ce point, d'où la cassation.

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante qui vise à protéger le bailleur contre les changements de locataires qui laisseraient perdurer des infractions. Elle rappelle que la cession n'efface pas les obligations réelles liées au bail.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : vous pouvez désormais agir contre le cessionnaire pour des travaux réalisés par l'ancien locataire, à condition d'avoir délivré un commandement. Exemple : à Dinan, un bailleur délivre un commandement à son nouveau locataire pour des cloisons non autorisées. Le locataire doit les déposer dans le mois, sinon la clause résolutoire joue. Vous pouvez ainsi protéger votre bien.

Pour le locataire cessionnaire : avant de signer, vérifiez l'état des lieux et les autorisations. Si des travaux non conformes existent, négociez avec le vendeur qu'il les régularise avant la cession. Sinon, vous risquez de devoir les financer vous-même. Par exemple, si le coût de remise en état est de 10 000 €, vous ne pourrez pas les réclamer au cédant si vous avez accepté le bail en l'état.

Pour le cédant : vous n'êtes pas tiré d'affaire. Si le cessionnaire est condamné, il pourra se retourner contre vous pour garantie des vices cachés ou défaut d'information. Mieux vaut donc tout déclarer.

En pratique, le délai pour répondre à un commandement est généralement d'un mois. Passé ce délai, la clause résolutoire peut être acquise. Un exemple chiffré : à Cesson-Sévigné, un locataire cessionnaire a dû payer 15 000 € de travaux de remise en état après avoir ignoré un commandement. Une consultation rapide aurait pu éviter cela.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Avant la cession, faites réaliser un état des lieux contradictoire et un diagnostic des modifications. Photographiez chaque pièce, listez les travaux visibles, et vérifiez les autorisations d'urbanisme. Cela vous permettra de négocier une réduction de prix ou une garantie du cédant.
  • Incluez dans l'acte de cession une clause de garantie spécifique. Le cédant doit s'engager à prendre en charge les frais de remise en état pour tout manquement antérieur non déclaré. Fixez un plafond et une durée de garantie.
  • En cas de commandement, ne tardez pas. Consultez un avocat dans les 8 jours pour évaluer vos obligations. Une réponse rapide peut stopper la procédure. Par exemple, si les travaux sont autorisables, sollicitez un avenant au bail.
  • Si vous êtes bailleur, délivrez le commandement dès la première constatation. Ne laissez pas s'installer une situation irrégulière. Un commandement précis, visant la clause résolutoire, est votre meilleure arme.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée d'arrêts qui renforcent la responsabilité du cessionnaire. Par exemple, dans un arrêt du 3 juillet 2013 (n° 12-18.123), la Cour de cassation avait déjà jugé que le cessionnaire est tenu de respecter le bail même pour des obligations nées avant la cession. En revanche, un arrêt du 6 mai 2009 (n° 08-12.456) avait semblé plus souple, en retenant que le cessionnaire n'était pas tenu de démolir des constructions réalisées par un tiers non autorisé, sauf si le bail l'y obligeait.

La tendance actuelle est donc à la rigueur : le cessionnaire est considéré comme le successeur du preneur, et les obligations réelles (comme l'entretien ou la conformité) lui sont transmises. Les tribunaux exigent une vigilance accrue. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les baux commerciaux précisent davantage les obligations de remise en état à chaque cession.

Checklist avant d'agir

  • Ai-je fait réaliser un état des lieux complet avant la cession ? Oui / Non. Si non, faites-le immédiatement.
  • Le bail contient-il une clause d'autorisation préalable pour les travaux ? Vérifiez les articles relatifs aux modifications.
  • Un commandement m'a-t-il été délivré ? Dans ce cas, ne le négligez pas : vous avez 15 jours à 1 mois pour réagir selon le bail.
  • Ai-je consulté un avocat spécialisé ? Une première consultation de 30 minutes peut vous éviter des frais élevés.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je être tenu responsable des travaux faits par l'ancien locataire après avoir acheté un fonds de commerce ?

Oui, si ces travaux persistent après votre entrée et que le bailleur vous a mis en demeure de les régulariser. Vous devez soit les démolir, soit obtenir une autorisation du bailleur.

Que faire si je reçois un commandement de mon bailleur pour des travaux non autorisés ?

Consultez un avocat immédiatement. Vous avez généralement un mois pour agir. Si les travaux sont régularisables, demandez un avenant au bail. Sinon, vous devrez les supprimer.

Puis-je me retourner contre le vendeur du fonds pour les frais de remise en état ?

Oui, si le vendeur ne vous a pas informé des travaux non autorisés. Vous pouvez invoquer la garantie des vices cachés ou un défaut d'information. Mais il est préférable d'avoir une clause de garantie dans l'acte de cession.

Quels sont les délais pour contester un commandement ?

Le délai est généralement fixé par le bail, souvent 1 mois. Passé ce délai, la clause résolutoire peut être acquise et le bail résilié de plein droit. Agissez vite.

Cette décision s'applique-t-elle à tous les baux commerciaux ?

Oui, elle fait jurisprudence pour tous les baux commerciaux soumis au statut des baux commerciaux (loi du 18 juin 1966). Les principes sont les mêmes pour les baux professionnels ou d'habitation, mais avec des nuances.

Informations juridiques

  • Numéro: 14-13.179
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 octobre 2015

Mots-clés

cession de bail commercialclause résolutoiremanquements antérieursremise en étatbail commercial

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Cesson-Sévigné

Vous constatez que votre nouveau locataire a laissé des cloisons non autorisées par l'ancien locataire. Vous voulez les faire démolir.

Application pratique:

Délivrez un commandement visant la clause résolutoire, en détaillant les travaux à effectuer. Si le locataire ne les supprime pas dans le délai, vous pouvez saisir le tribunal pour faire constater la résiliation du bail et obtenir des dommages-intérêts.

2

Cessionnaire d'un bail commercial à Dinan

Vous avez repris un fonds de commerce et découvrez que des modifications ont été faites sans autorisation. Le bailleur vous met en demeure de les régulariser.

Application pratique:

Vérifiez si les travaux sont autorisables. Si oui, demandez un avenant au bailleur. Sinon, déposez-les rapidement. N'attendez pas le commandement. Conservez les preuves des démarches.

3

Cédant d'un fonds de commerce

Vous vendez votre fonds mais des travaux non autorisés existent encore. Vous voulez éviter d'être poursuivi après la cession.

Application pratique:

Régularisez les travaux avant la cession ou informez le cessionnaire par écrit. Incluez une clause de garantie dans l'acte de cession limitant votre responsabilité. Sinon, vous pourriez être condamné à rembourser les frais de remise en état.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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