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Cession de droit au bail sans fonds : la résiliation même pour commerce identique (Cass. 1977)
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Cession de droit au bail sans fonds : la résiliation même pour commerce identique (Cass. 1977)

📅 Décision du 28 mars 1977⚖️ Cour de cassation👁️ 6 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation a jugé en 1977 que la cession du droit au bail sans le fonds de commerce, en violation d'une clause d'agrément, justifie la résiliation du bail, même si le cessionnaire exerce le même commerce. Une décision toujours d'actualité pour les propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 75-14.472 • 1977-03-28 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Annecy, rue Sainte-Claire, loué à un commerçant qui vend de l'électroménager. Un jour, sans vous demander votre avis, il cède son droit au bail à un tiers. Ce tiers ouvre le même type de commerce. Vous découvrez la situation et vous vous interrogez : puis-je résilier le bail ? Le nouveau locataire vous dit : « Mais je fais exactement le même métier, où est le problème ? »

C'est exactement la question qui s'est posée dans une affaire jugée par la Cour de cassation le 28 mars 1977 (n° 75-14.472). Et la réponse est tranchée : oui, le propriétaire peut obtenir la résiliation du bail, même si le cessionnaire exerce une activité identique. Pourquoi ? Parce que le bail contenait une clause interdisant la cession sans l'accord écrit du bailleur, sauf au profit d'un successeur dans le commerce. Or, la cession du seul droit au bail, sans le fonds de commerce, constitue une violation de cette clause, quelle que soit l'activité exercée ensuite.

Cette décision, bien qu'ancienne, reste une référence absolue en droit des baux commerciaux. Elle rappelle une règle d'or : une clause d'agrément n'est pas une formalité vide de sens. Dans cet article, nous allons décortiquer cette affaire, comprendre le raisonnement des juges, et surtout, vous donner des clés concrètes pour éviter ce type de litige, que vous soyez bailleur (propriétaire) ou preneur (locataire).

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1971, la société Électro-Confort est locataire d'un local commercial à Paris, appartenant à un certain Naudier. Le bail commercial comporte une clause classique : « le preneur ne pourra céder son droit au présent bail sans le consentement exprès et écrit du bailleur, sauf à un successeur dans le commerce ». undefined, si le locataire veut transférer le bail à quelqu'un d'autre, il doit obtenir l'accord du propriétaire, à moins qu'il ne s'agisse d'un repreneur de l'intégralité du fonds de commerce (clientèle, stock, matériel).

Or, que se passe-t-il ? La société Électro-Confort décide de céder son droit au bail à la société Électro-Domestique… mais sans lui vendre le fonds de commerce. Elle cède uniquement le droit d'occuper les lieux, pas la clientèle, pas les marchandises, pas le nom commercial. Et elle ne demande pas l'autorisation du propriétaire. Naudier, le bailleur, découvre la manœuvre et intente une action en justice pour faire résilier le bail et obtenir l'expulsion de la société Électro-Domestique.

Devant la cour d'appel de Paris, la société Électro-Domestique se défend en arguant qu'elle exerce exactement la même activité que la précédente locataire (la vente d'électroménager), et que le propriétaire ne subit aucun préjudice (préjudice = dommage). Les juges du fond ne sont pas convaincus : ils prononcent la résiliation du bail aux torts du preneur. La société Électro-Domestique se pourvoit en cassation (forme de recours devant la plus haute juridiction). Mais la Cour de cassation rejette le pourvoi, confirmant ainsi l'arrêt d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La question juridique centrale est la suivante : une clause qui interdit la cession du droit au bail sans l'accord du bailleur, sauf au profit d'un successeur dans le commerce, est-elle violée lorsque le locataire cède uniquement le droit au bail, sans le fonds, à un tiers qui exerce le même commerce ?

La Cour de cassation répond par l'affirmative. Son raisonnement tient en quelques lignes, mais il est fondamental. Elle considère que la cession du seul droit au bail, sans les éléments corporels (matériel, marchandises) et incorporels (clientèle, nom commercial) du fonds de commerce, ne constitue pas une cession à un « successeur dans le commerce ». En effet, le successeur doit reprendre l'ensemble du fonds, c'est-à-dire l'exploitation commerciale dans sa globalité. Or, ici, la société Électro-Confort a conservé son fonds et n'a cédé que le bail. Le cessionnaire n'a donc pas la qualité de successeur, et la clause d'agrément s'applique pleinement.

undefined, peu importe que le cessionnaire exerce une activité identique : ce qui compte, c'est que la cession du droit au bail sans le fonds est une infraction contractuelle (violation du contrat). La clause d'agrément protège le droit du bailleur de choisir son locataire. Ce droit est absolu, sauf si le cessionnaire est un successeur dans le commerce. Mais encore faut-il qu'il y ait véritable succession, c'est-à-dire transmission de l'entreprise.

La décision ne se fonde pas sur un article précis du Code civil, mais sur l'interprétation de la volonté des parties dans le contrat. En droit des contrats, les clauses claires et précises doivent être appliquées à la lettre (principe de la force obligatoire du contrat, article 1103 du Code civil). Ici, la clause était claire : pas de cession sans accord, sauf successeur. La cession sans accord et sans fonds est donc une faute contractuelle qui justifie la résiliation.

Cette jurisprudence est constante : elle n'a pas été remise en cause depuis 1977. Elle confirme que le propriétaire peut s'opposer à toute cession du droit au bail qui ne s'accompagne pas du fonds, même si l'activité reste la même.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : cette décision est une arme puissante. Si votre locataire cède son droit au bail sans votre accord et sans le fonds, vous pouvez demander la résiliation du bail et l'expulsion du cessionnaire. Même si celui-ci exerce le même commerce, vous n'êtes pas obligé de l'accepter. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Annecy ou La Roche-sur-Foron ont pu ainsi se débarrasser de locataires indésirables qui avaient « passé la main » en douce. Attention toutefois : vous devez agir rapidement, car le silence peut être interprété comme une acceptation tacite (article 1289 du Code civil). Si vous laissez le cessionnaire s'installer sans réagir pendant plusieurs mois, vous risquez de perdre votre droit de vous opposer.

Pour le locataire preneur : si vous souhaitez céder votre bail, vous devez impérativement respecter la clause d'agrément. La solution la plus sûre est de céder l'intégralité de votre fonds de commerce (clientèle, stock, matériel, droit au bail) à un repreneur. Dans ce cas, le bailleur ne peut pas s'opposer si l'activité reste dans la même branche (sauf motif grave et légitime). Si vous ne voulez céder que le bail, vous devez obtenir l'accord écrit du propriétaire. Sinon, vous vous exposez à une résiliation du bail et à des dommages et intérêts (indemnités). Un exemple concret : à La Roche-sur-Foron, un commerçant a voulu céder son bail à un ami sans vendre le fonds. Le propriétaire a obtenu la résiliation et le locataire a dû payer 15 000 € de frais de procédure et de relocation.

Pour l'acquéreur du droit au bail : méfiez-vous. Si vous achetez un droit au bail sans le fonds, sans vérifier que le propriétaire a donné son accord, vous risquez de vous retrouver expulsé. Avant de signer, demandez à voir l'autorisation écrite du bailleur. Sinon, votre investissement (souvent plusieurs dizaines de milliers d'euros) peut être perdu.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une clause d'agrément sans ambiguïté : dans votre bail, précisez que toute cession du droit au bail, même avec le fonds, est soumise à votre accord écrit. Mentionnez que la cession sans accord entraîne la résiliation de plein droit. Cela vous donnera une base solide pour agir.
  • Exigez un justificatif de cession du fonds : si votre locataire vous demande l'autorisation de céder le bail, demandez-lui de vous prouver que le fonds de commerce est bien cédé (acte de cession, inventaire). Ne donnez votre accord qu'après vérification.
  • Agissez vite en cas de cession non autorisée : dès que vous avez connaissance d'une cession sans votre accord, envoyez une mise en demeure (lettre recommandée avec accusé de réception) au locataire et au cessionnaire pour dénoncer la violation. Si vous attendez trop, vous risquez d'être réputé avoir accepté tacitement.
  • Consultez un avocat avant de céder ou d'acquérir un droit au bail : un professionnel vérifiera la clause du bail, les autorisations nécessaires et les risques. C'est un investissement qui peut vous éviter des années de procédure.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1977 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, dans un arrêt du 7 mars 1972 (n° 70-13.496), la Cour avait jugé que la cession du seul droit au bail, sans le fonds, constitue une violation de la clause d'agrément. Plus récemment, la chambre commerciale a réaffirmé ce principe dans un arrêt du 13 septembre 2017 (n° 16-11.863), en précisant que le bailleur peut refuser son agrément sans avoir à justifier d'un motif, sauf abus de droit.

La tendance est donc claire : les juges protègent le droit du propriétaire de choisir son locataire. Cependant, il existe une limite : si le bailleur refuse systématiquement toute cession sans motif valable, il peut être condamné pour abus de droit (article 1240 du Code civil). Par exemple, s'il s'oppose à la cession uniquement pour nuire au locataire, il pourrait devoir l'indemniser.

Pour l'avenir, la loi Pinel de 2014 a renforcé la protection du locataire en cas de cession du fonds : le bailleur ne peut plus s'opposer à la cession du fonds à un descendant ou au conjoint, sous certaines conditions. Mais la cession du seul droit au bail reste strictement encadrée par la clause d'agrément.

Points clés à retenir

FAQ :

  • Puis-je céder mon droit au bail sans vendre mon fonds de commerce ? Oui, mais seulement si le bailleur donne son accord écrit. Sinon, vous risquez la résiliation du bail.
  • Le propriétaire peut-il refuser la cession du bail si le nouveau locataire exerce la même activité ? Oui, car la clause d'agrément lui permet de choisir son locataire, quel que soit le commerce.
  • Que faire si j'ai acheté un droit au bail sans vérifier l'accord du propriétaire ? Vous êtes en situation précaire. Contactez immédiatement un avocat pour régulariser ou négocier un nouveau bail.
  • Quels sont les délais pour agir ? En général, l'action en résiliation doit être intentée dans les 5 ans à compter de la cession (prescription de droit commun). Mais il est conseillé d'agir dans les mois qui suivent la découverte.
  • Puis-je obtenir des dommages et intérêts en plus de la résiliation ? Oui, si vous prouvez un préjudice (par exemple, perte de loyers, frais de relocation).

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je céder mon droit au bail sans vendre mon fonds de commerce ?

Oui, mais seulement si le bailleur donne son accord écrit. Sinon, vous risquez la résiliation du bail et des dommages-intérêts.

Le propriétaire peut-il refuser la cession du bail si le nouveau locataire exerce la même activité ?

Oui, car la clause d'agrément lui permet de choisir librement son locataire, quel que soit le commerce exercé, sauf abus de droit.

Que faire si j'ai acheté un droit au bail sans vérifier l'accord du propriétaire ?

Vous êtes en situation précaire. Contactez immédiatement un avocat pour tenter de régulariser ou négocier un nouveau bail avec le propriétaire.

Quels sont les délais pour agir en résiliation du bail ?

L'action en résiliation doit être intentée dans les 5 ans à compter de la cession (prescription de droit commun), mais il est conseillé d'agir rapidement après la découverte.

Puis-je obtenir des dommages et intérêts en plus de la résiliation ?

Oui, si vous prouvez un préjudice (ex : perte de loyers, frais de relocation). Les dommages-intérêts viennent s'ajouter à la résiliation.

Informations juridiques

  • Numéro: 75-14.472
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 28 mars 1977

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire découvre une cession de bail sans son accord

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Annecy, apprend que son locataire a cédé le droit au bail à un tiers sans le prévenir. Le nouveau locataire exerce le même commerce de vêtements.

Application pratique:

M. Dupont peut demander la résiliation du bail et l'expulsion du cessionnaire. Il doit envoyer une mise en demeure au locataire initial et au cessionnaire, puis saisir le tribunal judiciaire. Il peut aussi réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice subi.

2

Locataire souhaitant céder son bail mais garder son fonds

Mme Martin, gérante d'un salon de coiffure à La Roche-sur-Foron, veut déménager mais garder sa clientèle. Elle envisage de céder son droit au bail à un repreneur sans lui vendre le fonds.

Application pratique:

Elle doit obtenir l'accord écrit du propriétaire avant toute cession. Sans cet accord, elle risque la résiliation du bail. Si le propriétaire refuse sans motif valable, elle peut contester ce refus pour abus de droit.

3

Acquéreur d'un droit au bail sans autorisation du propriétaire

M. Legrand achète un droit au bail pour ouvrir une boulangerie à Annecy. Il ne vérifie pas si le propriétaire a autorisé la cession. Quelques mois après, le propriétaire découvre la situation et demande l'expulsion.

Application pratique:

M. Legrand est en situation précaire. Il doit tenter de régulariser en demandant un nouveau bail au propriétaire ou en rachetant le fonds de commerce. Sinon, il risque l'expulsion sans indemnité. Il peut aussi se retourner contre le cédant pour vices cachés.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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