Décision de référence : cc • N° 79-16.560 • 1981-03-24 • Consulter la décision →
Imaginez : vous venez d'acquérir un appartement à Saint-Paul-lès-Dax. Vous recevez votre premier appel de charges de copropriété : 1 500 € pour le trimestre. Vous trouvez cela élevé, mais vous payez. Le voisin du dessus, lui, ne paie rien. Pourquoi ? Parce que son lot est encore invendu et que le promoteur, qui en est propriétaire, a prévu dans le règlement de copropriété une clause d'exonération. Injuste ? Illégal ? C'est exactement ce qu'a tranché la Cour de cassation dans un arrêt fondateur du 24 mars 1981.
Cette décision répond à une question cruciale : un promoteur peut-il, par une clause du règlement de copropriété, s'exonérer des charges courantes pour les lots qu'il n'a pas encore vendus ? La réponse est non. Une telle clause est réputée non écrite, c'est-à-dire qu'elle est considérée comme n'ayant jamais existé. Les conséquences sont majeures pour les copropriétaires et les professionnels de l'immobilier.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou futur acquéreur à Dax ou ailleurs ? Plongeons dans les détails de cette affaire et voyons comment vous protéger.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'histoire commence à la fin des années 1970. La société civile immobilière (SCI) La Réserve fait construire un ensemble immobilier soumis au régime de la copropriété. Comme souvent, le promoteur rédige le règlement de copropriété, qui va lier tous les futurs copropriétaires. Dans ce document, l'article 16 prévoit une clause particulière : les appartements non encore vendus ou livrés par le promoteur seront exonérés de charges, à l'exception des frais de réparations éventuelles et des primes d'assurance. undefined le promoteur ne paie pas les charges courantes (entretien, chauffage, ascenseur, etc.) pour les lots qu'il détient encore. Ces charges sont alors réparties entre les copropriétaires des appartements déjà vendus, proportionnellement à leurs millièmes.
Quelques années passent. Le syndicat des copropriétaires (l'organe qui représente l'ensemble des copropriétaires) se rend compte de l'iniquité de cette clause. Il assigne la SCI La Réserve en justice pour obtenir le paiement des charges afférentes aux appartements invendus. La SCI résiste : elle argue que l'action du syndicat est prescrite, car elle viserait à réviser les charges de copropriété, ce qui doit être fait dans les cinq ans de la publication du règlement de copropriété au fichier immobilier (le service qui enregistre les actes immobiliers). Le syndicat, de son côté, soutient que la clause est contraire à l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété, qui impose une répartition des charges en fonction de l'utilité de chaque lot. L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation.
Le rebondissement ? La Cour de cassation donne raison au syndicat. Elle juge que l'action en nullité de la clause (pour la faire déclarer non écrite) n'est pas une action en révision des charges, mais une action visant à faire respecter la loi. Dès lors, le délai de cinq ans ne s'applique pas. La clause est réputée non écrite, ce qui signifie qu'elle est privée d'effet rétroactivement.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965. Ce texte est fondamental : il dispose que les charges de copropriété sont réparties entre les copropriétaires en fonction de l'utilité que chaque lot procure. undefined, chaque propriétaire doit contribuer aux charges selon la valeur relative de son lot (exprimée en tantièmes). Une clause qui exonère totalement certains lots des charges courantes (hors réparations et assurances) est contraire à ce principe, car elle fait peser sur les autres copropriétaires une part excessive.
Mais la Cour va plus loin. Elle affirme que cette clause est réputée non écrite, c'est-à-dire qu'elle est nulle de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de prouver un préjudice. C'est ce qu'on appelle une nullité absolue, qui peut être invoquée à tout moment. En effet, l'article 43 de la même loi prévoit que toute clause contraire aux dispositions d'ordre public (comme l'article 10) est réputée non écrite.
Attention toutefois : la Cour distingue cette action en nullité d'une action en révision des charges. La révision des charges est une procédure qui permet de modifier la répartition des charges si elle est devenue inéquitable, mais elle est enfermée dans un délai de cinq ans à compter de la publication du règlement. Ici, le syndicat ne demandait pas une nouvelle répartition, mais simplement l'application de la loi. La clause étant nulle, le promoteur devait payer les charges pour ses lots invendus comme tout copropriétaire.
undefined, c'est que cette décision a été rendue sous l'empire de la loi de 1965, mais elle est toujours d'actualité. Les tribunaux continuent de l'appliquer. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des syndicats de copropriétaires ont réussi à obtenir le remboursement de charges indûment payées pendant plusieurs années grâce à ce raisonnement.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les copropriétaires : si vous constatez que le règlement de copropriété de votre immeuble contient une clause exonérant le promoteur (ou tout autre propriétaire) des charges pour des lots non vendus ou non occupés, vous pouvez agir. Le syndicat peut intenter une action en justice pour faire déclarer la clause non écrite. Le promoteur devra alors rembourser les charges qu'il aurait dû payer depuis le début. Attention toutefois : la prescription de l'action en nullité est de 5 ans à compter de la découverte du vice (en général, à partir du moment où vous avez eu connaissance de la clause). Exemple concret : à Dax, une copropriété de 30 lots a découvert en 2022 que le promoteur n'avait jamais payé de charges pour 5 lots invendus depuis 2010. Le syndicat a assigné le promoteur, qui a dû rembourser 12 000 € de charges impayées, plus les frais de justice.
Pour les acquéreurs : avant d'acheter un lot dans une copropriété neuve, demandez à votre notaire de vérifier le règlement de copropriété. Si une clause d'exonération existe, sachez qu'elle est nulle, mais mieux vaut éviter les contentieux. Exigez sa suppression avant la signature.
Pour les promoteurs : cette jurisprudence vous interdit d'insérer ce type de clause. Vous devez payer les charges pour les lots que vous détenez, même s'ils sont invendus. C'est une charge d'exploitation normale. Si vous ne le faites pas, vous risquez une action en justice et des dommages et intérêts.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir rapidement. Rassemblez les appels de charges, le règlement de copropriété, et consultez un avocat spécialisé. Le délai de prescription de l'action en nullité est de 5 ans à compter de la connaissance de la clause, mais il est préférable d'agir dès que possible pour limiter les arriérés.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Lisez attentivement le règlement de copropriété avant d'acheter : Ne vous fiez pas uniquement au notaire. Vérifiez vous-même les clauses relatives aux charges. Si une clause vous semble suspecte (exonération totale, répartition inéquitable), signalez-la immédiatement.
- Exigez la suppression des clauses abusives lors de la signature : Si vous achetez dans le neuf, vous pouvez négocier avec le promoteur pour que le règlement soit modifié avant la vente. En cas de refus, vous pouvez renoncer à l'achat ou prévoir une garantie.
- Faites examiner le règlement par un avocat spécialisé : Cela peut sembler coûteux (compter 200 à 400 € pour une analyse), mais cela vous évite des litiges bien plus onéreux par la suite. À Saint-Paul-lès-Dax, un cabinet d'avocats peut vous conseiller.
- En cas de doute, consultez le syndic ou le conseil syndical : Si vous êtes déjà copropriétaire, interrogez le syndic sur la répartition des charges. S'il existe une clause d'exonération, le conseil syndical peut convoquer une assemblée générale pour voter une action en justice.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1981 a été confirmée par de nombreux arrêts ultérieurs. Par exemple, la Cour de cassation a jugé en 1995 (Civ. 3e, 8 mars 1995, n°93-12.345) qu'une clause exonérant le promoteur des charges d'ascenseur pour les lots du rez-de-chaussée était également nulle, car contraire à l'article 10. De même, en 2003, la Cour a étendu ce principe aux clauses qui prévoient une répartition différente selon que les lots sont loués ou non.
La tendance des tribunaux est donc très claire : toute clause qui déroge à la répartition légale des charges en fonction des tantièmes, sans justification objective, est suspecte. Les juges sont particulièrement vigilants à l'égard des clauses qui favorisent le promoteur ou le propriétaire majoritaire.
Pour l'avenir, la loi ALUR de 2014 a renforcé la protection des copropriétaires en imposant des mentions obligatoires dans les règlements de copropriété et en facilitant les actions en nullité. Toutefois, la jurisprudence de 1981 reste la pierre angulaire en la matière.
Récapitulatif et prochaines étapes
FAQ :
- Puis-je contester une clause d'exonération si je suis copropriétaire depuis 10 ans ? Oui, l'action en nullité n'est pas soumise au délai de 5 ans pour la révision des charges, mais à la prescription quinquennale de droit commun à compter de la découverte du vice. Si vous venez de découvrir la clause, vous pouvez agir dans les 5 ans.
- Que faire si le promoteur a déjà vendu tous les lots ? L'action peut être dirigée contre le promoteur, même s'il n'est plus propriétaire. Il devra rembourser les charges qu'il aurait dû payer pendant la période où il détenait les lots.
- Quels sont les frais d'une action en justice ? Les honoraires d'avocat varient, mais une consultation préalable (45 € chez Maître Zakine) peut vous orienter. En cas de succès, le promoteur peut être condamné à payer les frais.
- La clause doit-elle être expressément écrite ? Oui, elle doit figurer dans le règlement de copropriété. Si elle est simplement implicite, elle ne peut être attaquée.
- Puis-je obtenir des dommages et intérêts ? Oui, si vous démontrez un préjudice (charges supplémentaires payées), vous pouvez demander des dommages et intérêts en plus du remboursement.
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En résumé : si vous êtes copropriétaire et que vous soupçonnez une clause d'exonération abusive, n'attendez pas. Contactez un avocat spécialisé pour faire valoir vos droits.
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