Clause résolutoire : quand un seul mois de retard de loyer justifie l'expulsion
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Clause résolutoire : quand un seul mois de retard de loyer justifie l'expulsion

📅 Décision du 12 janvier 1965⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 6 min de lecture

Un propriétaire de locaux commerciaux peut résilier le bail et expulser le locataire dès le premier mois de loyer impayé, si le commandement de payer n'a pas été contesté dans le délai d'un mois. Une offre tardive de payer les arriérés ne sauve pas le bail.

Décision de référence : cc • N° 63-13.572 • 1965-01-12 • Consulter la décision →

Un propriétaire de locaux commerciaux fait face à un impayé de loyer. Il délivre un commandement de payer visant la clause résolutoire, laissant un mois au locataire pour s'exécuter. Ce dernier reste silencieux. Passé ce délai, il propose de payer. La question se pose : cette offre tardive peut-elle empêcher l'expulsion ? La Cour de cassation, dans une décision du 12 janvier 1965, y répond par la négative.

Cette question, la Cour de cassation (la plus haute juridiction française) y a répondu le 12 janvier 1965 dans une affaire opposant un propriétaire de locaux commerciaux à son locataire. L'enjeu : la rigueur des délais dans les baux commerciaux. Et la réponse est sans appel : une fois le délai d'un mois écoulé sans que le locataire ait payé ou contesté le commandement, la clause résolutoire joue automatiquement. L'offre de payer postérieure, même sincère, est déclarée « tardive » et ne remet pas en cause la résiliation.

Pour les propriétaires comme pour les locataires, cette décision ancienne mais toujours d'actualité rappelle une vérité simple : en matière de loyers commerciaux, le temps n'attend pas. Un mois peut suffire à perdre son bail. Décryptons ensemble cette affaire, ses faits, son raisonnement et ce qu'elle change concrètement pour vous, que vous soyez bailleur (propriétaire qui loue) ou preneur (locataire).

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En l’espèce, un propriétaire de locaux commerciaux consent un bail à un locataire. Le bail comporte une clause résolutoire stipulant qu'à défaut de paiement du loyer à l'échéance, et après un commandement de payer demeuré infructueux pendant un mois, le bail sera résilié de plein droit.

En 1962, le propriétaire constate un impayé de loyer. Il fait délivrer au locataire un commandement de payer, rappelant la clause résolutoire et le délai d'un mois pour régulariser. Le locataire ne paie pas dans le délai. Le propriétaire saisit alors le juge des référés pour faire constater la résiliation du bail et ordonner l'expulsion. Le juge accueille sa demande.

Le locataire décède avant l'appel. Ses héritiers, reprenant la procédure, proposent alors de payer les loyers arriérés. Mais la cour d'appel d'Aix-en-Provence, dans un arrêt du 24 juin 1963, déclare cette offre tardive et confirme l'expulsion. Les héritiers se pourvoient en cassation, arguant que l'offre de payer, même après le délai, devrait purger la clause résolutoire. La Cour de cassation rejette leur pourvoi.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur un principe simple : la clause résolutoire est une clause contractuelle qui prévoit les conséquences du non-paiement. Le législateur, pour protéger le locataire, impose un formalisme : le commandement de payer doit être délivré par acte d'huissier et mentionner le délai d'un mois. Si le locataire ne paie pas dans ce délai et ne conteste pas la validité du commandement, la clause joue automatiquement. Le bail est résilié sans qu'aucun juge n'ait à le prononcer.

Ici, les héritiers n'ont pas soulevé la nullité du commandement (par exemple, pour défaut de mention). Ils ont simplement proposé de payer après le délai. Or, pour la Cour, une offre de payer postérieure à l'expiration du délai d'un mois ne peut pas effacer la résiliation déjà acquise. Le mécanisme est comparable à un verrou qui se ferme : une fois le mois écoulé, la clause résolutoire est déclenchée, et rien ne peut la « dé-déclencher » – pas même un paiement tardif.

Cette solution est constante depuis un arrêt de la Chambre des requêtes du 14 novembre 1934, et elle a été confirmée à de nombreuses reprises. La Cour rappelle que le but de la clause résolutoire est de donner au bailleur un moyen efficace et rapide de recouvrer ses loyers, sans avoir à attendre une décision de justice longue et coûteuse. Le locataire, de son côté, est protégé par le délai d'un mois qui lui laisse le temps de payer ou de contester. S'il ne le fait pas, il subit les conséquences de sa négligence.

En l'espèce, la cour d'appel a donc eu raison de déclarer l'offre tardive. La Cour de cassation rejette le pourvoi, et l'expulsion est maintenue. Moralité : en matière de clause résolutoire, le temps est impitoyable.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : cette décision est un outil précieux. Elle vous permet d'agir vite en cas d'impayé. Dès que le loyer est dû et non payé, vous pouvez faire délivrer un commandement de payer par huissier. Assurez-vous qu'il mentionne clairement le délai d'un mois et la clause résolutoire. Si le locataire ne paie pas dans le mois et ne conteste pas, vous pouvez obtenir l'expulsion sans procès long. Par exemple, si vous êtes propriétaire d'un local commercial et que le locataire ne paie pas son loyer, vous pouvez déclencher la procédure dès le premier impayé. Mais attention : un commandement mal rédigé peut être annulé. Faites-vous assister par un avocat.

Pour le locataire : la leçon est claire : ne laissez jamais passer le délai d'un mois. Dès réception du commandement, payez immédiatement ou contestez-le devant le juge (par exemple, si le montant est erroné ou si vous avez un motif légitime de refus). Si vous êtes en difficulté financière, négociez un échéancier avec votre bailleur avant la délivrance du commandement. Une fois le mois écoulé, il est trop tard. Même si vous proposez de payer après, le bail est résilié et vous pouvez être expulsé. Pensez-y : un simple oubli ou un retard de trésorerie peut vous coûter votre fonds de commerce.

Pour l'acquéreur d'un local commercial : avant d'acheter, vérifiez que le locataire en place est à jour de ses loyers. Un commandement de payer non suivi d'effet peut avoir résilié le bail à votre insu, vous privant de tout revenu locatif. Exigez les quittances de loyer des trois dernières années et une attestation du bailleur.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Pour le bailleur : faites délivrer le commandement par huissier dès le premier loyer impayé. N'attendez pas plusieurs mois. Un commandement doit être précis : montant dû, clause résolutoire visée, délai d'un mois. Conservez une copie signée par l'huissier.
  • Pour le locataire : payez ou contestez dans les 30 jours. Dès que vous recevez un commandement, ne le mettez pas de côté. Si vous estimez la dette injustifiée, saisissez le juge des référés pour faire suspendre la clause. Sinon, payez immédiatement, même partiellement.
  • Pour les deux parties : privilégiez la communication. Avant d'en arriver au commandement, un simple échange de courriers ou un appel peut résoudre bien des malentendus. Le locataire peut demander un délai de grâce au juge, mais mieux vaut négocier en amont.
  • Pour le bailleur : n'acceptez pas un paiement tardif sans précaution. Si le locataire vous propose de payer après le délai d'un mois, vous pouvez refuser et maintenir la résiliation. Mais si vous acceptez ce paiement, vous risquez de renoncer à la clause résolutoire. Consultez un professionnel avant toute décision.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?

C'est une clause du contrat de bail qui prévoit que si le locataire ne paie pas son loyer à temps, le bail est résilié automatiquement, sans avoir besoin d'une décision de justice, après un commandement de payer resté infructueux pendant un mois.

Puis-je encore payer après le délai d'un mois pour éviter l'expulsion ?

Non, selon l'arrêt de 1965, une fois le délai d'un mois écoulé sans paiement ni contestation, la clause résolutoire joue automatiquement. Une offre de payer postérieure est considérée comme tardive et ne remet pas en cause la résiliation du bail.

Que faire si je reçois un commandement de payer alors que j'estime ne rien devoir ?

Vous devez contester le commandement devant le juge des référés dans le délai d'un mois. Si vous ne le faites pas, la clause résolutoire s'appliquera même si la dette est contestable. Consultez un avocat rapidement.

Le commandement de payer doit-il mentionner la clause résolutoire ?

Oui, le commandement doit reproduire les termes de la clause résolutoire et indiquer le délai d'un mois. S'il ne le fait pas, il peut être annulé et la clause ne peut pas jouer.

Un paiement partiel pendant le délai d'un mois suffit-il à empêcher la résiliation ?

Non, seul le paiement intégral de la dette éteint la clause. Un acompte ne suspend pas le délai. Il faut payer la totalité des sommes dues pour éviter la résiliation.

Informations juridiques

  • Numéro: 63-13.572
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 12 janvier 1965

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Saint-Vincent-de-Tyrosse : impayé de loyer

Un propriétaire de local commercial à Saint-Vincent-de-Tyrosse constate que son locataire n'a pas payé le loyer de mars 2024, soit 1 200 €. Il fait délivrer un commandement de payer le 1er avril. Le locataire ne paie pas et ne conteste pas. Le 2 mai, le propriétaire saisit le juge des référés qui constate la résiliation et ordonne l'expulsion.

Application pratique:

Le propriétaire a respecté la procédure : commandement avec clause résolutoire, délai d'un mois, puis référé. Le locataire aurait dû payer avant le 1er mai ou demander un délai de grâce au juge. Désormais, il doit quitter les lieux et payer les loyers arriérés.

2

Locataire à Mimizan : offre tardive de paiement

Un locataire de Mimizan, en retard de deux mois de loyer (2 400 €), reçoit un commandement le 15 janvier 2024. Il ne réagit pas, pensant pouvoir payer plus tard. Le 20 février, il propose de régler l'intégralité par chèque. Le propriétaire refuse et engage une procédure d'expulsion.

Application pratique:

L'offre de paiement du 20 février est tardive : la clause résolutoire a joué le 15 février. Le locataire perd son bail. Il aurait dû payer avant le 15 février ou, à défaut, contester le commandement. Il peut encore tenter de négocier un accord amiable avec le propriétaire, mais sans garantie.

3

Acquéreur d'un local commercial : vérification des loyers

Un investisseur achète un local commercial à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Il ne vérifie pas les quittances de loyer. Après la vente, il découvre que le locataire avait reçu un commandement de payer un mois avant la vente et n'avait pas payé. Le bail est résilié, le locataire est expulsé, et l'investisseur se retrouve sans revenu locatif.

Application pratique:

L'acquéreur aurait dû exiger les quittances des 3 dernières années et une attestation du vendeur certifiant l'absence de commandement. Il peut se retourner contre le vendeur pour défaut d'information, mais la procédure est longue. Mieux vaut prévenir en faisant appel à un avocat lors de l'acquisition.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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