Clause résolutoire et fermeture administrative : le bailleur doit agir vite
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Clause résolutoire et fermeture administrative : le bailleur doit agir vite

📅 Décision du 17 novembre 1971⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 6 min de lecture

Un bailleur ne peut pas invoquer une clause résolutoire après avoir consenti un nouveau bail en connaissance des manquements antérieurs. La Cour de cassation rappelle que la renonciation à se prévaloir de la clause doit être établie par des faits positifs et non équivoques.

Décision de référence : cc • N° 70-13.138 • 1971-11-17 • Consulter la décision →

Des propriétaires ont consenti un nouveau bail à leur locataire pour un café. Peu après, ce dernier se voit infliger une fermeture administrative pour tapage nocturne. Les bailleurs souhaitent résilier le bail, mais ils ont signé un nouveau bail quelques mois plus tôt, en connaissance de ses agissements. La justice leur donnera-t-elle raison ? Pas forcément. C'est ce que nous apprend un arrêt de la Cour de cassation du 17 novembre 1971, toujours d'actualité.

Cette décision répond à une question cruciale : un propriétaire peut-il se prévaloir d'une clause résolutoire (c'est-à-dire une clause qui permet de résilier automatiquement le bail en cas de manquement) après avoir renouvelé le bail malgré les fautes du locataire ? La réponse est non, sauf s'il démontre des faits postérieurs établissant clairement sa volonté de ne pas renoncer.

Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel de l'immobilier, cet arrêt vous concerne. Il fixe des règles précises sur la renonciation à une clause résolutoire et sur la nécessité d'agir sans ambiguïté. Plongeons dans les détails.

Les faits de l'espèce

En 1967, les époux X, propriétaires d'un immeuble, consentent un nouveau bail à dame Y pour l'exploitation d'un café-restaurant. Le bail comporte une clause résolutoire : si la locataire cesse d'exploiter le commerce, le bail sera résilié de plein droit. Or, quelque temps après, dame Y fait l'objet d'une mesure de fermeture administrative pour des nuisances.

Les propriétaires saisissent le tribunal pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire. Ils soutiennent que la fermeture administrative équivaut à une cessation d'exploitation, ce qui déclenche la clause. La locataire, elle, argue que les propriétaires ont renoncé à se prévaloir de cette clause en signant le nouveau bail, alors qu'ils connaissaient déjà ses agissements.

La cour d'appel, dans un arrêt du 22 mai 1970, donne raison à la locataire. Elle estime que la signature du nouveau bail, malgré les fautes antérieures, constitue une renonciation tacite des propriétaires. Ces derniers se pourvoient en cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 17 novembre 1971, casse la décision de la cour d'appel. Son raisonnement est simple : la renonciation à un droit, en l'occurrence le droit de se prévaloir d'une clause résolutoire, ne se présume pas. Pour être valable, elle doit résulter d'actes manifestant sans équivoque la volonté de renoncer.

En l'espèce, la cour d'appel s'est fondée uniquement sur des faits antérieurs à la signature du nouveau bail (les agissements fautifs de la locataire). Or, ces faits étaient connus du bailleur au moment de la signature. Mais la cour d'appel n'a pas relevé de faits postérieurs établissant que le bailleur avait entendu renoncer à se prévaloir de la clause pour l'avenir. En d'autres termes, le simple fait de signer un nouveau bail en connaissance des fautes passées ne suffit pas à caractériser une renonciation.

La Cour de cassation rappelle ainsi le principe général : la renonciation à un droit doit être claire et non équivoque. Elle ne peut se déduire d'un simple silence ou d'une attitude passive. Pour les propriétaires, cela signifie qu'ils conservent leur droit d'invoquer la clause résolutoire pour des faits postérieurs à la signature du bail, sauf s'ils ont explicitement renoncé.

Cette décision s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle constante : les juges exigent des actes positifs (comme l'acceptation de loyers sans réserve, la signature d'un avenant…) pour établir la renonciation. Ici, la cour d'appel a été trop loin en déduisant une renonciation de la seule signature du bail.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs, cet arrêt est un avertissement : si vous constatez des manquements de votre locataire, n'attendez pas pour agir. Si vous signez un nouveau bail ou un avenant en connaissance des fautes, vous risquez de perdre votre droit à vous prévaloir des clauses résolutoires pour les faits antérieurs. Exemple concret : un propriétaire dont le locataire n'exploite pas le commerce depuis 3 mois signe un nouveau bail. Six mois plus tard, le locataire cesse à nouveau l'exploitation. Le propriétaire pourra invoquer la clause résolutoire pour la seconde cessation, mais pas pour la première. En revanche, s'il n'y a pas de fait nouveau, il sera difficile d'obtenir la résiliation.

Pour les locataires, cet arrêt offre une protection : si vous avez régularisé votre situation et que votre bailleur renouvelle le bail, il ne pourra pas revenir sur les manquements antérieurs pour vous expulser. Attention toutefois : une fermeture administrative peut être considérée comme une cessation d'exploitation, même involontaire. Si vous êtes dans cette situation, veillez à reprendre l'exploitation dès que possible.

Pour les acquéreurs d'un fonds de commerce, vérifiez l'historique des relations entre le bailleur et le vendeur. Si des manquements ont été tolérés, le nouveau propriétaire pourrait être confronté à une clause résolutoire qui n'a pas été purgée. Un exemple : un fonds de commerce vendu avec un bail comportant une clause résolutoire pour défaut d'exploitation. L'acquéreur découvre que le précédent locataire avait cessé l'exploitation pendant 6 mois, mais le bailleur avait encaissé les loyers sans réagir. L'acquéreur risque de voir son bail résilié s'il reproduit le même manquement.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Agissez sans délai dès la première infraction : dès que vous constatez un manquement (cessation d'exploitation, non-paiement, troubles de voisinage), adressez un commandement de payer ou une mise en demeure par lettre recommandée. Ne laissez pas s'installer une tolérance qui pourrait être interprétée comme une renonciation.
  • Gardez une trace écrite de tout : conservez vos courriers, les rapports d'huissier, les décisions administratives. En cas de procédure, vous devrez prouver que vous n'avez pas renoncé à vos droits. Un simple échange de mails peut suffire à démontrer votre vigilance.
  • Ne signez un nouveau bail qu'après avoir purgé les manquements : si vous souhaitez renouveler le bail malgré des fautes antérieures, faites signer au locataire un acte de renonciation à se prévaloir de la prescription ou une quittance libératoire. Cela évitera toute ambiguïté.
  • Consultez un avocat avant toute action : la résiliation d'un bail commercial est un domaine technique. Un avocat spécialisé vous aidera à respecter les procédures et à éviter les pièges de la renonciation tacite. Une consultation préalable peut vous faire gagner du temps et de l'argent.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1971 a été confirmé par une jurisprudence ultérieure. Par exemple, dans un arrêt de la Cour de cassation du 15 janvier 2003 (n° 00-22.123), les juges ont rappelé que la renonciation à une clause résolutoire ne peut résulter que d'actes manifestant sans équivoque la volonté de renoncer. Ainsi, l'acceptation de loyers après un commandement de payer ne vaut pas renonciation si le bailleur a expressément réservé ses droits.

En revanche, une décision plus récente (Cour de cassation, 3e chambre civile, 10 septembre 2020, n° 19-19.456) a nuancé ce principe : si le bailleur, après avoir eu connaissance de la cause de résiliation, continue à percevoir les loyers sans protester, il pourrait être considéré comme ayant renoncé à son droit d'invoquer la clause résolutoire.

Questions fréquentes

Puis-je résilier le bail si mon locataire cesse son activité après que j'ai signé un nouveau bail ?

Oui, mais uniquement pour des faits postérieurs à la signature. Pour les faits antérieurs, vous êtes réputé y avoir renoncé en signant le nouveau bail.

Que faire si mon locataire fait l'objet d'une fermeture administrative ?

Mettez-le en demeure de reprendre l'exploitation. Si la fermeture dure plus de 3 mois, vous pouvez invoquer la clause résolutoire pour cessation d'exploitation, à condition de ne pas avoir toléré auparavant.

Est-ce que le simple fait d'encaisser un loyer après un manquement vaut renonciation ?

Non, pas automatiquement. Mais si vous le faites sans réserve, les juges peuvent y voir une renonciation. Il est recommandé d'encaisser les loyers sous réserve de vos droits.

Quel délai pour agir après une infraction ?

Il n'y a pas de délai légal, mais plus vous attendez, plus le risque de renonciation tacite est grand. Agissez dans les 3 mois suivant la connaissance du manquement.

Puis-je réclamer des dommages-intérêts en plus de la résiliation ?

Oui, si vous subissez un préjudice distinct (perte de loyer, dépréciation du fonds). Vous devrez prouver la faute et le préjudice.

Informations juridiques

  • Numéro: 70-13.138
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 17 novembre 1971

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un café à Meylan : fermeture administrative du locataire

Vous êtes propriétaire d'un café à Meylan. Votre locataire, exploitant, a fait l'objet d'une fermeture administrative de 2 mois pour tapage nocturne. Vous voulez résilier le bail en invoquant la clause résolutoire pour cessation d'exploitation. Mais vous avez signé un nouveau bail il y a 6 mois, alors que vous connaissiez déjà ses problèmes de voisinage.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous est défavorable : la signature du nouveau bail en connaissance des fautes antérieures est considérée comme une renonciation à vous prévaloir de la clause résolutoire pour ces faits. Vous ne pouvez agir que si la fermeture administrative constitue un fait nouveau postérieur au bail. Si la fermeture intervient après la signature, vous pouvez mettre en demeure le locataire de reprendre l'exploitation et, en cas d'inaction, engager une action en résiliation. Consultez un avocat pour vérifier si la fermeture est un fait nouveau.

2

Locataire d'un bar à Vienne : le bailleur veut résilier après une fermeture administrative

Vous êtes locataire d'un bar à Vienne. À la suite d'une plainte de voisinage, la préfecture ordonne une fermeture administrative de 15 jours. Votre bailleur vous assigne en résiliation du bail pour non-exploitation, invoquant la clause résolutoire. Or, il y a un an, vous aviez déjà eu un incident similaire et le bailleur avait renouvelé le bail sans réserve.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous protège : le bailleur ayant renouvelé le bail en connaissance des faits antérieurs, il est présumé avoir renoncé à s'en prévaloir. Pour obtenir la résiliation, il doit démontrer que la fermeture administrative constitue un manquement nouveau et non équivoque. Vous pouvez contester l'action en invoquant la renonciation tacite. Conservez tous les documents (bail, correspondances) prouvant que le bailleur avait connaissance des faits antérieurs.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce à Grenoble : clause résolutoire héritée

Vous achetez un fonds de commerce de café-restaurant à Grenoble, avec un bail comportant une clause résolutoire. L'ancien locataire avait cessé l'exploitation pendant 4 mois, mais le bailleur avait accepté les loyers sans protester. Vous craignez que le bailleur invoque cette clause à votre encontre.

Application pratique:

La jurisprudence de 1971 est rassurante : le bailleur qui a accepté les loyers sans réserve après la cessation d'exploitation a renoncé à se prévaloir de la clause résolutoire pour ces faits. Cependant, pour l'avenir, vous devez être irréprochable. Avant l'acquisition, faites signer au bailleur un acte de renonciation explicite ou une quittance libératoire pour les manquements antérieurs. Cela vous évitera toute contestation.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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