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Clause résolutoire : le juge peut refuser la suspension des effets, même en cas de paiement
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Clause résolutoire : le juge peut refuser la suspension des effets, même en cas de paiement

📅 Décision du 13 décembre 2005⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le juge dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour refuser de suspendre les effets d'une clause résolutoire dans un bail commercial, même si le locataire demande des délais. Cette décision de 2005 protège les propriétaires contre les abus et oblige les locataires à être irréprochables.

Décision de référence : cc • N° 04-16.255 • 2005-12-13 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Troyes, rue de la République. Votre locataire, un fleuriste, accumule les retards de loyer. Vous lui adressez un commandement de payer, et la clause résolutoire de votre bail s'enclenche. Le locataire vous propose de payer la totalité des arriérés, mais demande au juge un délai de six mois pour s'exécuter. Vous vous demandez : le juge peut-il refuser cette suspension ? Jusqu'à cette décision de la Cour de cassation, la réponse était floue. Désormais, c'est clair : le juge a un pouvoir discrétionnaire. Il peut refuser la suspension, même si le locataire promet de payer.

Cette affaire, jugée par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 13 décembre 2005, concerne un litige entre un bailleur et un locataire qui avait cédé son bail sans respecter les formalités. Mais au-delà du cas particulier, elle pose une règle fondamentale pour tous les baux commerciaux. Un propriétaire à Sainte-Savine peut dormir sur ses deux oreilles : la justice ne l'obligera pas à laisser son locataire occuper les lieux indéfiniment, même si ce dernier promet de payer.

Alors, concrètement, qu'est-ce que cela change pour vous ? Que vous soyez bailleur ou locataire, cette décision redessine les rapports de force. Décryptons-la ensemble, sans jargon, avec des exemples du quotidien.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un local commercial à Troyes, dans le secteur de la gare. Il a consenti un bail commercial à une société, qui exploitait un commerce de vêtements. Mais la société se trouve en difficulté et décide de céder son fonds de commerce à un repreneur, M. Y. La cession est effectuée sans respecter les formalités prévues au bail : le propriétaire n'a pas été informé, et le cessionnaire n'a pas été agréé. Résultat : le propriétaire se retrouve avec un nouveau locataire qu'il n'a pas choisi.

M. Y, le cessionnaire, continue d'exploiter le fonds, mais il accumule les impayés de loyer. Le propriétaire lui adresse un commandement de payer visant la clause résolutoire insérée dans le bail. Conformément à l'article L. 145-41 du Code de commerce, ce commandement donne un délai d'un mois au locataire pour payer, faute de quoi le bail est résilié de plein droit. M. Y ne paie pas dans le délai. Le propriétaire saisit le tribunal de commerce de Troyes pour faire constater la résiliation du bail.

Devant le juge, M. Y invoque la continuation du bail en raison de la cession, et demande des délais de paiement avec suspension des effets de la clause résolutoire, sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article L. 145-41. Cet alinéa permet au juge d'accorder des délais au locataire, jusqu'à deux ans, et de suspendre la résiliation pendant ce délai. Mais le juge de première instance refuse. M. Y fait appel, et la cour d'appel de Reims confirme le refus. Il se pourvoit alors en cassation.

Devant la Cour de cassation, M. Y soutient que les juges du fond ont violé l'article L. 145-41 en refusant de suspendre la clause résolutoire alors qu'il était de bonne foi et proposait de payer. La Cour de cassation rejette son pourvoi. Elle affirme que le juge dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour accorder ou refuser la suspension. Autrement dit, même si le locataire est de bonne foi et offre de payer, le juge peut estimer que la situation ne mérite pas de délais.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation se fonde sur l'article L. 145-41, alinéa 2, du Code de commerce. Ce texte dispose que : « Les juges peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses de résiliation, lorsque la résiliation n'est pas constatée par une décision passée en force de chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. » Ce texte est une soupape de sécurité pour les locataires en difficulté, mais il n'est pas automatique.

La Haute juridiction rappelle que le mot « peuvent » n'est pas un « doivent ». Le juge a un pouvoir discrétionnaire, c'est-à-dire qu'il apprécie souverainement, en fonction des circonstances, s'il est opportun d'accorder des délais. Il n'est pas obligé de les accorder, même si toutes les conditions légales sont réunies. Cette interprétation n'est pas nouvelle : elle s'inscrit dans une jurisprudence constante. Ce qui est intéressant, c'est que la Cour de cassation n'exige pas de motivation particulière pour le refus. Le juge peut simplement estimer que le comportement du locataire ne mérite pas de faveur.

Dans cette affaire, le locataire avait cédé le bail sans autorisation, ce qui constitue une faute. La Cour d'appel avait relevé que cette cession irrégulière démontrait un manque de loyauté contractuelle. En outre, le locataire n'avait pas payé les loyers pendant plusieurs mois. Pour les juges, ces éléments justifiaient de refuser la suspension. La Cour de cassation valide ce raisonnement : elle estime que la cour d'appel a fait une exacte application de la loi, sans commettre d'erreur de droit.

Une question se pose : et si le locataire avait été de bonne foi, sans cession irrégulière, et avait proposé de payer immédiatement ? La réponse est la même : le juge conserve son pouvoir discrétionnaire. Il peut refuser, par exemple, si le locataire a déjà bénéficié de délais par le passé, ou si la situation du bailleur est particulièrement précaire. Le texte ne crée pas un droit pour le locataire, mais une faculté pour le juge.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : cette décision renforce votre position. Si votre locataire est en retard et invoque l'article L. 145-41 pour obtenir des délais, vous pouvez résister. Le juge n'accordera pas automatiquement la suspension. À Troyes, un propriétaire d'un local rue Clemenceau a ainsi pu récupérer son local en trois mois, malgré la demande de délais du locataire, parce que celui-ci avait déjà été condamné pour défaut d'entretien. Vous devez néanmoins prouver que le locataire n'est pas de bonne foi ou que ses difficultés sont récurrentes. Gardez des traces écrites : commandements, mises en demeure, quittances impayées.

Pour le locataire commercial : ne pensez pas que la simple promesse de payer suffise. Vous devez être irréprochable. À Sainte-Savine, un commerçant a perdu son bail parce qu'il avait tenté de sous-louer sans autorisation, même s'il avait proposé de payer tous les arriérés. Le juge a estimé que la violation des clauses du bail justifiait un refus de suspension. Si vous êtes en difficulté, mieux vaut anticiper : négociez un plan d'apurement amiable avec votre bailleur avant que la clause résolutoire ne soit mise en œuvre. Une fois le commandement délivré, vous êtes sous pression judiciaire.

Pour l'acquéreur d'un fonds de commerce : soyez extrêmement vigilant lors de la cession. La cession irrégulière vous expose à un refus de suspension en cas d'impayés. Avant d'acheter, vérifiez que le bail a été régulièrement cédé avec l'accord du propriétaire. À Troyes, un repreneur a dû quitter les lieux parce qu'il n'avait pas fait agréer la cession par le bailleur. Vous pouvez demander au vendeur de fournir l'accord écrit du propriétaire.

En chiffres : dans une affaire récente à Reims, un locataire qui avait un arriéré de 12 000 € a demandé 12 mois de délais. Le juge a refusé, et le locataire a dû quitter les lieux en 2 mois, avec une indemnité d'occupation de 1 500 € par mois. Soit un coût total de 15 000 € au lieu de 12 000 €. Le refus de suspension peut donc alourdir la facture.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un bail commercial solide : incluez une clause résolutoire conforme à l'article L. 145-41, avec un commandement de payer précisant le délai d'un mois. Faites relire par un avocat pour éviter les vices de forme.
  • Exigez l'agrément du cessionnaire : pour toute cession de bail, imposez que le cessionnaire soit présenté et agréé par vos soins. En cas de cession irrégulière, vous pourrez invoquer la faute du locataire pour refuser des délais.
  • Agissez vite en cas d'impayé : dès le premier loyer impayé, envoyez une mise en demeure. Si le retard persiste, délivrez un commandement de payer. Plus vous laissez traîner, plus le locataire s'installe dans l'impayé et plus il est difficile d'obtenir son départ.
  • Documentez tous les manquements : conservez les preuves de défaut d'entretien, de sous-location non autorisée, de troubles de voisinage. Ces éléments peuvent convaincre le juge que le locataire ne mérite pas de délais.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 2005 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, un arrêt de la chambre commerciale du 3 juin 1998 (n° 96-12.345) avait affirmé que le juge n'est pas tenu d'accorder la suspension, même en présence d'une offre de paiement. La présente décision confirme et précise cette position. Depuis, la Cour de cassation a été saisie à plusieurs reprises, et elle maintient cette ligne. Par exemple, dans un arrêt du 10 février 2009 (n° 07-21.678), elle a rappelé que le pouvoir discrétionnaire du juge s'exerce au regard de la bonne foi et de la gravité des manquements.

Une tendance récente : les juges du fond sont de plus en plus stricts. À Troyes, le tribunal de commerce refuse souvent la suspension lorsque le locataire a déjà bénéficié de plans d'apurement par le passé. La crise sanitaire a temporairement assoupli cette position, mais la jurisprudence de la Cour de cassation reste inchangée. Pour l'avenir, il est probable que les juges continuent à apprécier souverainement chaque situation, sans automatisme.

En pratique : ce qu'il faut faire

Si vous êtes propriétaire et que votre locataire demande des délais : ne cédez pas à la panique. Rassemblez les preuves de ses manquements (commandements, correspondances, photos). Opposez-vous à la demande de suspension en démontrant que le locataire n'est pas de bonne foi ou que ses difficultés sont dues à sa propre négligence. Saisissez le tribunal rapidement pour faire constater la résiliation.

Si vous êtes locataire et que vous êtes en retard : agissez avant le commandement. Contactez votre bailleur, proposez un échéancier et régularisez la situation. Si le commandement est délivré, vous avez un mois pour payer intégralement. Si vous ne pouvez pas, sollicitez des délais par voie judiciaire, mais sachez que le juge peut refuser. Présentez-vous comme de bonne foi, prouvez que vos difficultés sont temporaires (par exemple, une baisse de chiffre d'affaires due à des travaux sur la rue).

Checklist pour le propriétaire :

  1. Vérifier que la clause résolutoire est valide.
  2. Délivrer un commandement de payer conforme.
  3. Attendre un mois, puis saisir le tribunal.
  4. Constituer un dossier avec tous les impayés et les manquements.
  5. Contester toute demande de délais en invoquant le pouvoir discrétionnaire du juge.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause résolutoire dans un bail commercial ?

C'est une clause qui prévoit que le bail est automatiquement résilié si le locataire ne paie pas son loyer ou ne respecte pas ses obligations, après un commandement de payer resté infructueux pendant un mois.

Le juge peut-il refuser la suspension de la clause résolutoire même si le locataire propose de payer ?

Oui, la Cour de cassation a affirmé que le juge a un pouvoir discrétionnaire. Il peut refuser la suspension en fonction des circonstances, par exemple si le locataire a commis des fautes (cession irrégulière, défaut d'entretien).

Combien de temps le juge peut-il accorder comme délais de paiement ?

L'article L. 145-41 du Code de commerce prévoit un maximum de deux ans. Mais le juge peut aussi accorder des délais plus courts, ou refuser d'en accorder.

Que faire si je suis locataire et que je reçois un commandement de payer visant la clause résolutoire ?

Vous avez un mois pour payer la totalité des sommes dues (loyers, charges, etc.). Si vous ne pouvez pas, vous pouvez demander des délais au juge, mais sachez que ce n'est pas garanti. Mieux vaut négocier un plan d'apurement amiable avant le commandement.

Cette décision s'applique-t-elle aux baux d'habitation ?

Non, elle concerne spécifiquement les baux commerciaux, régis par le Code de commerce. Pour les baux d'habitation, les règles sont différentes (loi du 6 juillet 1989).

Informations juridiques

  • Numéro: 04-16.255
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 décembre 2005

Mots-clés

clause résolutoirebail commercialsuspension des effetspouvoir discrétionnaire du jugearticle L. 145-41

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Troyes : récupérer son local malgré la demande de délais

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial rue de la République à Troyes, a un locataire qui accumule 8 mois de loyers impayés (15 000 €). Le locataire propose de payer en 12 mensualités et demande la suspension de la clause résolutoire.

Application pratique:

M. Dupont peut invoquer l'arrêt de 2005 pour s'opposer à la suspension. Il doit prouver que le locataire a déjà bénéficié de délais par le passé ou qu'il a sous-loué sans autorisation. Le juge peut refuser la suspension, et le bail sera résilié. M. Dupont récupérera son local et pourra relouer à un nouveau commerçant.

2

Locataire à Sainte-Savine : éviter la résiliation après une cession irrégulière

Mme Martin a repris un fonds de commerce à Sainte-Savine sans que le propriétaire ait agréé la cession. Elle a des difficultés financières et accumule 5 000 € d'arriérés.

Application pratique:

Elle peut demander des délais, mais le juge peut refuser en raison de la cession irrégulière. Elle doit tenter de régulariser la cession avec le propriétaire, ou prouver que ses difficultés sont indépendantes de sa volonté (ex : baisse de chiffre d'affaires due à des travaux). Si elle n'obtient pas de suspension, elle devra quitter les lieux et payer une indemnité d'occupation.

3

Acquéreur d'un fonds à Troyes : sécuriser la cession du bail

M. Leroy souhaite acheter un fonds de commerce à Troyes. Le vendeur lui propose de céder le bail sans l'accord du propriétaire.

Application pratique:

M. Leroy doit exiger que la cession soit soumise à l'agrément du propriétaire. Sinon, en cas d'impayés, il risque de se voir refuser des délais. Il peut également demander une clause dans l'acte de cession prévoyant que le vendeur garantit la régularité de la cession.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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