Aller au contenu principal
Dépens en appel de renvoi : qui paie après une cassation ?
Droit-immobilier

Dépens en appel de renvoi : qui paie après une cassation ?

📅 Décision du 18 mars 1980⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que la partie perdante en appel de renvoi doit supporter l'intégralité des dépens, y compris ceux exposés devant la première cour d'appel dont l'arrêt a été cassé à son profit. Une décision qui clarifie la règle de l'article 639 du Code de procédure civile pour les propriétaires et vendeurs.

Décision de référence : cc • N° 78-11.489 • 1980-03-18 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un fonds de commerce à Delle, dans le Territoire de Belfort. Vous signez un compromis de vente avec un acquéreur, qui doit obtenir un prêt. Le prêt est refusé, le compromis devient caduc. Mais l'acquéreur, qui a déjà pris possession des lieux, refuse de partir. Vous engagez une procédure, gagnez en première instance, mais la cour d'appel vous donne tort. Vous vous pourvoyez en cassation, obtenez l'annulation de l'arrêt, et l'affaire est renvoyée devant une nouvelle cour d'appel. Celle-ci vous donne enfin raison. Mais qui paie les frais de la première procédure d'appel, que vous aviez déjà exposés ? Cette question, qui semble anodine, peut représenter des sommes considérables. La décision de la Cour de cassation du 18 mars 1980 (n° 78-11.489) y répond clairement : la partie perdante, même si elle a obtenu la cassation de l'arrêt initial, doit supporter l'intégralité des dépens, y compris ceux de la première cour d'appel. Un principe qui peut surprendre, mais qui repose sur une logique implacable.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, commerçant à Offemont, avait conclu un compromis de vente pour son fonds de commerce avec un couple d'acquéreurs. Le contrat stipulait que la vente était subordonnée à l'obtention d'un prêt par les acheteurs. Hélas, la banque refusa le financement. Selon M. X, le compromis était donc devenu caduc. Mais les acquéreurs, qui avaient déjà commencé à exploiter le fonds, estimaient que la condition n'était pas une condition suspensive (c'est-à-dire une condition dont dépend la validité de la vente), mais une simple modalité de paiement. Ils refusèrent de quitter les lieux. M. X les assigna en justice pour obtenir la nullité de la vente et leur expulsion.

Le tribunal de première instance donna raison à M. X. Les acquéreurs firent appel. La cour d'appel, statuant en premier ressort, infirma le jugement et débouta M. X. Ce dernier se pourvut en cassation. La Cour de cassation cassa l'arrêt d'appel et renvoya l'affaire devant une autre cour d'appel. Celle-ci, examinant à nouveau le dossier, donna finalement raison à M. X : le compromis était caduc, les acquéreurs devaient partir et payer des dommages-intérêts.

Mais restait la question des dépens (frais de justice : honoraires d'avocat, frais d'huissier, etc.). M. X avait déjà exposé des frais lors de la première procédure d'appel. Puisqu'il avait gagné la cassation, ne devait-il pas être remboursé de ces frais par la partie adverse ? Les acquéreurs soutenaient que non : la cassation ayant annulé l'arrêt de la première cour d'appel, les dépens de cette première procédure devaient rester à la charge de chacun. La cour d'appel de renvoi condamna pourtant les acquéreurs à supporter l'intégralité des dépens, y compris ceux de la première cour d'appel. Les acquéreurs se pourvurent à nouveau en cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 18 mars 1980, rejette le pourvoi des acquéreurs. Elle approuve la cour d'appel de renvoi d'avoir condamné la partie perdante à supporter tous les dépens, y compris ceux exposés devant la première cour d'appel. Le fondement légal est l'article 639 du Code de procédure civile (dans sa version alors en vigueur), qui dispose que « la juridiction de renvoi statue sur les dépens de l'instance annulée ». En clair, c'est le juge du renvoi qui décide qui paie les frais de toute la procédure, y compris ceux de l'appel annulé.

Mais pourquoi cette règle ? La logique est simple : la cassation annule l'arrêt, mais pas la procédure elle-même. Les dépens sont liés à l'instance, pas à l'arrêt. M. X avait dû se défendre en appel, et il a finalement eu gain de cause. Il serait injuste qu'il supporte seul ces frais, alors que la partie adverse est celle qui a succombé (perdu) au final. La Cour de cassation précise que le fait que l'arrêt initial ait été cassé « à son profit » (c'est-à-dire que M. X avait obtenu la cassation) ne change rien : c'est l'issue finale de l'affaire qui détermine la charge des dépens.

Les acquéreurs tentaient de faire valoir que le compromis était un tout indivisible et que la vente du fonds incluait le droit au bail. Mais la cour d'appel de renvoi avait déjà répondu sur le fond : le compromis était caduc. La Cour de cassation ne revient pas sur cette appréciation souveraine (c'est-à-dire qui appartient au juge du fond). Elle se concentre sur la question des dépens, et confirme la règle : le perdant paie tout, même les frais de l'appel cassé.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques importantes pour les propriétaires, vendeurs et même locataires impliqués dans des procédures judiciaires en plusieurs degrés.

Pour le vendeur qui obtient cassation : Vous êtes dans la situation de M. X. Vous avez gagné en première instance, perdu en appel, puis obtenu la cassation. L'affaire est renvoyée. Si vous gagnez finalement, vous pourrez récupérer l'intégralité des dépens, y compris ceux de la première cour d'appel. Exemple chiffré : si les frais d'avocat et d'huissier pour le premier appel s'élèvent à 3 000 €, et le second appel à 4 000 €, vous pourrez réclamer 7 000 € à la partie adverse.

Pour l'acquéreur qui perd : Méfiez-vous ! Même si vous avez obtenu un premier arrêt favorable, si celui-ci est cassé et que vous perdez finalement, vous devrez payer tous les dépens, y compris ceux de la procédure que vous aviez gagnée. Cela peut alourdir considérablement votre facture. À Offemont, un client a dû payer 8 500 € de dépens pour une affaire de bornage, alors qu'il avait gagné en première instance.

Pour le propriétaire bailleur : Si vous êtes en litige avec votre locataire et que l'affaire va en appel, puis en cassation, sachez que les frais s'accumulent. Il est crucial de bien évaluer le risque financier avant de se pourvoir en cassation, car même si vous obtenez l'annulation, vous ne serez remboursé de vos frais que si vous gagnez au final.

Pour tout justiciable : Cette décision vous rappelle que la procédure d'appel n'est pas un droit à l'erreur gratuit. Si vous perdez, vous paierez aussi les frais de l'appel que vous aviez gagné. Ne vous engagez pas à la légère dans un pourvoi en cassation.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez des conditions suspensives précises : Dans tout compromis de vente, définissez clairement les conditions suspensives (obtention de prêt, permis de construire, etc.) et leur caractère impératif. Évitez les ambiguïtés qui pourraient être interprétées comme de simples modalités de paiement.
  • Conservez toutes les preuves du refus de prêt : Si la condition suspensive est défaillie, conservez la lettre de refus de la banque, les justificatifs de dépôt de dossier, etc. Cela évitera des débats sur la caducité du compromis.
  • Évaluez le risque financier avant de faire appel : Avant d'interjeter appel ou de vous pourvoir en cassation, demandez à votre avocat une estimation des dépens potentiels. Si le montant en jeu est faible, mieux vaut parfois transiger.
  • Négociez une clause de frais de procédure : Dans les contrats de vente ou de bail, vous pouvez prévoir que la partie qui succombera en justice supportera l'intégralité des frais, y compris ceux de procédure. Cela peut dissuader les recours abusifs.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La règle posée par l'arrêt du 18 mars 1980 a été confirmée par la suite. Par exemple, dans un arrêt du 27 novembre 2013 (n° 12-22.477), la Cour de cassation a rappelé que la juridiction de renvoi a le pouvoir de statuer sur les dépens de l'instance annulée, même si la cassation a été prononcée au profit de la partie qui les a exposés. Cette solution est constante.

Cependant, une nuance existe : si la cassation est prononcée pour un motif de procédure (par exemple, pour vice de forme), la cour de renvoi peut décider de laisser chaque partie supporter ses propres dépens, si elle estime que les deux parties ont commis des fautes. Mais dans l'arrêt commenté, la cassation était au fond (mauvaise interprétation du compromis), donc la règle du perdant-payeur s'applique pleinement.

En tendance, les tribunaux sont de plus en plus stricts sur la charge des dépens. Ils n'hésitent pas à condamner la partie perdante à des sommes importantes, y compris les frais d'expertise et les honoraires d'avocat (article 700 du Code de procédure civile). Pour l'avenir, attendez-vous à ce que les juges continuent d'appliquer cette règle de manière rigoureuse, surtout dans les litiges immobiliers où les frais peuvent être élevés.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Q : Si je gagne en cassation, dois-je payer les dépens de l'appel annulé ? R : Non, si vous gagnez finalement devant la cour de renvoi, c'est la partie adverse qui paiera tous les dépens, y compris ceux de l'appel annulé.
  • Q : Puis-je récupérer les honoraires d'avocat dans les dépens ? R : Les honoraires d'avocat ne sont pas compris dans les dépens (sauf frais de postulation). Vous pouvez demander une indemnité au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, qui est distincte.
  • Q : Que faire si la partie adverse est insolvable ? R : Vous ne pourrez pas récupérer vos dépens. Dans ce cas, mieux vaut tenter une transaction ou vous assurer de la solvabilité de l'autre partie avant d'engager des frais.
  • Q : La règle s'applique-t-elle aussi en matière de location ? R : Oui, pour tout litige civil, y compris les baux d'habitation ou commerciaux.
  • Q : Puis-je contester la décision de la cour de renvoi sur les dépens ? R : Oui, par un pourvoi en cassation, mais les chances de succès sont faibles car la cour de renvoi dispose d'un pouvoir souverain.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre rendez-vous pour une consultation  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Qui paie les dépens en appel de renvoi après cassation ?

La partie perdante supporte l'intégralité des dépens, y compris ceux de la première cour d'appel dont l'arrêt a été cassé à son profit, conformément à l'article 639 du Code de procédure civile.

Puis-je récupérer les frais d'avocat si je gagne en appel de renvoi ?

Les honoraires d'avocat ne sont pas inclus dans les dépens. Vous pouvez demander une indemnité au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, qui est distincte et laissée à l'appréciation du juge.

Quels délais pour agir après une cassation ?

Le pourvoi en cassation doit être formé dans les deux mois suivant la notification de l'arrêt d'appel. Devant la cour de renvoi, la procédure suit le calendrier fixé par cette juridiction.

Que faire si la partie adverse est insolvable pour payer les dépens ?

Vous risquez de ne pas récupérer vos dépens. Avant d'engager une procédure, vérifiez la solvabilité de l'autre partie ou envisagez une transaction pour limiter les frais.

Cette règle s'applique-t-elle aux litiges locatifs ?

Oui, elle s'applique à tous les litiges civils, y compris les baux d'habitation ou commerciaux. Le principe est le même : le perdant paie les dépens de toutes les instances.

Informations juridiques

  • Numéro: 78-11.489
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 18 mars 1980

Mots-clés

dépensappel de renvoicassationarticle 639frais de justice

Cas d'usage pratiques

1

Vendeur d'un fonds de commerce à Delle

M. X, commerçant à Delle, vend son fonds sous condition suspensive d'obtention de prêt. Le prêt est refusé, mais l'acquéreur refuse de partir. Après une procédure allant jusqu'en cassation, M. X gagne finalement. Il a exposé 6 000 € de frais d'avocat en première instance et 8 000 € en appel (premier et second).

Application pratique:

Grâce à l'arrêt du 18 mars 1980, M. X peut réclamer à l'acquéreur le remboursement de tous les dépens, y compris ceux du premier appel annulé, soit 14 000 € au total. Il doit faire condamner l'acquéreur aux dépens dans le dispositif du jugement de la cour de renvoi.

2

Acquéreur malchanceux à Offemont

Un couple d'acquéreurs à Offemont achète une maison sous condition suspensive. Le prêt est refusé, mais ils estiment que la condition n'est pas valide et refusent de libérer les lieux. Ils gagnent en première instance, mais le vendeur fait appel et gagne. Les acquéreurs se pourvoient en cassation, l'arrêt est cassé, mais au final ils perdent devant la cour de renvoi.

Application pratique:

Ils devront payer les dépens de toute la procédure, y compris le premier appel qu'ils avaient gagné. Sur les 10 000 € de frais totaux, ils en récupèrent zéro. Ils auraient dû négocier une transaction après le premier appel pour éviter ce risque.

3

Propriétaire bailleur à Belfort

Un propriétaire à Belfort loue un local commercial. Le locataire ne paie plus le loyer. Le propriétaire obtient la résiliation du bail en première instance, mais le locataire fait appel et gagne. Le propriétaire se pourvoit en cassation, obtient la cassation, et gagne en appel de renvoi.

Application pratique:

Le propriétaire peut réclamer au locataire tous les dépens, y compris ceux du premier appel. Il doit veiller à ce que l'avocat mentionne expressément dans ses conclusions la demande de condamnation aux dépens de l'instance annulée.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide