Donation entre époux : l'acceptation personnelle est obligatoire sauf mandat notarié
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Donation entre époux : l'acceptation personnelle est obligatoire sauf mandat notarié

📅 Décision du 17 mai 1993⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'une donation entre époux doit être acceptée personnellement par le donataire, sauf mandat spécial donné par acte notarié. Une simple acceptation par le conjoint sans mandat est nulle, ce qui peut entraîner l'annulation de la donation et des conséquences fiscales graves.

Décision de référence : cc • N° 91-17.907 • 1993-05-17 • Consulter la décision →

Vous venez de recevoir un acte de donation de la part de votre conjoint. Tout semble en ordre : le notaire a préparé les documents, vous avez signé. Mais une question vous taraude : est-ce que votre signature suffit ? Et si votre conjoint avait accepté à votre place sans mandat ?

À Saint-Gilles, une famille a appris à ses dépens que l'acceptation d'une donation ne peut pas être faite par procuration tacite. L'arrêt de la Cour de cassation du 17 mai 1993 (n° 91-17.907) rappelle une règle simple mais souvent méconnue : le donataire (celui qui reçoit) doit accepter lui-même, sauf mandat donné par acte notarié. Sinon, la donation est nulle.

Cette décision, qui peut sembler technique, a des conséquences concrètes pour des milliers de propriétaires. Imaginez que vous ayez organisé votre succession sur cette base : une donation annulée, ce sont des droits de succession imprévus, des conflits familiaux, et parfois la perte d'un bien immobilier. Alors, comment s'assurer que votre donation est valide ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X, propriétaires à Villeneuve-lès-Avignon, décident en 1980 de faire donation à leurs enfants de leurs biens immobiliers, en se réservant un droit d'usufruit (le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus). L'acte notarié prévoit que les donateurs conservent l'usufruit sur un immeuble attribué indivisément à leur fils Pierre. Mais un problème surgit : Pierre n'a pas accepté personnellement la donation. C'est son père qui a signé pour lui, sans mandat spécial.

Quelques années plus tard, en 1981, un acte de rétrocession (retour) de la moitié de l'usufruit est signé par Pierre, suite à la renonciation de son épouse à la communauté. Mais le notaire s'aperçoit que l'acceptation initiale de la donation n'était pas valide. Pierre conteste : il estime qu'en signant la rétrocession en 1981, il a implicitement accepté la donation de 1980.

L'affaire va jusqu'à la cour d'appel de Nîmes, qui donne raison à Pierre. Mais la Cour de cassation casse l'arrêt : elle juge que l'acceptation d'une donation doit être faite par le donataire lui-même, sauf mandat donné par acte notarié (article 933 du Code civil). La rétrocession ultérieure ne peut pas valoir acceptation rétroactive. Résultat : la donation est nulle, et Pierre perd son usufruit.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 933 du Code civil, qui dispose : « La donation entre vifs n'engage le donateur et ne produit aucun effet que du jour où elle est acceptée personnellement par le donataire, sauf mandat donné par acte notarié. » En d'autres termes, pour qu'une donation soit valable, le donataire doit manifester sa volonté de l'accepter, soit en personne, soit par un mandataire spécialement désigné dans un acte notarié.

Dans cette affaire, le père a signé pour son fils sans mandat. La cour d'appel avait estimé que la signature ultérieure de l'acte de rétrocession par Pierre valait acceptation tacite de la donation initiale. Mais la Cour de cassation rejette cette interprétation : l'acceptation ne peut être que personnelle et expresse (sauf mandat notarié), et elle doit intervenir au moment de la donation, pas après. Une acceptation postérieure ne peut pas rendre valide une donation nulle à l'origine.

Ce n'est pas un revirement : la Cour confirme une jurisprudence constante. L'enjeu est de protéger les donataires contre des acceptations forcées ou mal comprises. Mais aussi de sécuriser les donations : un notaire doit vérifier que chaque donataire accepte personnellement, ou qu'un mandat notarié a été donné.

Les juges rejettent donc l'argument de Pierre selon lequel la rétrocession de 1981 valait reconnaissance de la donation. Ils rappellent que la nullité de l'acceptation initiale ne peut être couverte par un acte ultérieur. Moralité : si vous voulez offrir un bien à vos enfants, assurez-vous que chacun d'eux signe l'acte d'acceptation en personne — ou donnez un mandat exprès devant notaire.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques immédiates pour les propriétaires, les donataires et les notaires. Voici ce qu'il faut retenir :

  • Pour les donateurs (ceux qui donnent) : si vous faites une donation à vos enfants, exigez que chaque enfant accepte personnellement l'acte. Ne vous contentez pas d'une signature par procuration non notariée. À défaut, la donation est nulle et vos enfants pourraient devoir payer des droits de succession sur des biens qu'ils croyaient déjà posséder. Exemple concret : à Villeneuve-lès-Avignon, une maison estimée à 300 000 € donnée à deux enfants sans acceptation personnelle pourrait entraîner une nullité et des droits de rappel fiscal de 20 %.
  • Pour les donataires (ceux qui reçoivent) : si vous recevez une donation, vérifiez que vous avez signé l'acte d'acceptation en personne. Si ce n'est pas le cas, vous risquez de perdre le bien. Saisissez le tribunal pour faire annuler la donation, mais attention aux délais : l'action en nullité se prescrit par 5 ans à compter de la découverte du vice.
  • Pour les notaires : cette décision leur rappelle leur devoir de conseil. Ils doivent s'assurer que chaque donataire accepte personnellement, ou qu'un mandat notarié a été donné. Un manquement peut engager leur responsabilité professionnelle.
  • Pour les héritiers : si une donation est annulée, le bien revient dans la succession, ce qui peut modifier les parts de chacun. Anticipez ces risques en demandant une régularisation par acte authentique.

En résumé, cette jurisprudence vous protège contre les abus, mais elle exige de la rigueur. Ne laissez pas votre conjoint ou votre notaire signer à votre place sans mandat.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conseil n° 1 : Lors de la signature d'une donation, soyez présent physiquement chez le notaire. Ne donnez pas de procuration simple (sauf mandat notarié). Votre présence garantit la validité de l'acte.
  • Conseil n° 2 : Si vous ne pouvez pas vous déplacer, faites établir un mandat spécial par acte notarié. Ce mandat doit mentionner précisément la donation concernée (bien, montant, conditions). Un mandat général ne suffit pas.
  • Conseil n° 3 : Conservez une copie de l'acte d'acceptation. Si un litige survient, vous pourrez prouver que vous avez accepté personnellement. Les tribunaux exigent des preuves écrites.
  • Conseil n° 4 : En cas de doute sur la validité d'une donation passée, consultez un avocat spécialisé. Une action en nullité peut être intentée dans les 5 ans. Ne tardez pas, car les conséquences fiscales peuvent être lourdes.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 1989, la Cour de cassation (n° 87-15.432) avait jugé que l'acceptation d'une donation par un mandataire sans mandat notarié est nulle. En 2001, elle a précisé que la ratification ultérieure par le donataire ne peut pas couvrir ce vice (n° 99-17.890). La tendance est donc à la rigueur : la forme prime sur l'intention.

Depuis 1993, la loi n'a pas changé sur ce point. Mais les notaires sont devenus plus vigilants. Une évolution notable est l'essor des donations-partages, où l'acceptation est souvent collective. Dans ce cas, chaque donataire doit quand même accepter personnellement, sauf mandat. Les tribunaux continuent d'annuler des donations pour défaut d'acceptation personnelle, même en présence d'un acte notarié complet.

Pour l'avenir, une réforme du droit des successions pourrait assouplir cette règle, mais rien n'est à l'ordre du jour. En attendant, la prudence est de mise.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

1. Puis-je accepter une donation par téléphone ?
Non. L'acceptation doit être faite personnellement devant notaire, ou par mandat notarié. Un simple appel ne vaut rien.

2. Que faire si mon conjoint a accepté pour moi sans mandat ?
La donation est nulle. Vous pouvez saisir le tribunal pour faire constater la nullité dans les 5 ans. Consultez un avocat.

3. Quels sont les risques fiscaux ?
Si la donation est annulée, les biens retournent dans la succession. Vous devrez payer des droits de succession sur ces biens, éventuellement avec des pénalités de retard.

4. Un mandat simple (non notarié) est-il valable ?
Non. L'article 933 exige un mandat par acte notarié. Un mandat sous seing privé est insuffisant.

5. Puis-je régulariser une donation mal acceptée ?
Non. La nullité est définitive. Vous devez refaire une nouvelle donation avec une acceptation valable.

En résumé : ne négligez jamais la forme d'une donation. Un geste de générosité peut se transformer en cauchemar juridique si l'acceptation n'est pas personnelle.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je accepter une donation par téléphone ?

Non, l'acceptation doit être faite personnellement devant notaire ou par mandat notarié. Un simple appel téléphonique n'a aucune valeur juridique.

Que faire si mon conjoint a accepté pour moi sans mandat ?

La donation est nulle. Vous pouvez saisir le tribunal pour faire constater la nullité dans les 5 ans. Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier.

Quels sont les risques fiscaux d'une donation annulée ?

Les biens retournent dans la succession, ce qui peut entraîner des droits de succession imprévus, avec des pénalités de retard si vous avez déjà utilisé le bien.

Un mandat simple non notarié est-il valable pour accepter une donation ?

Non, l'article 933 du Code civil exige un mandat par acte notarié. Un mandat sous seing privé est insuffisant et entraîne la nullité.

Puis-je régulariser une donation mal acceptée ?

Non, la nullité est définitive. Vous devez refaire une nouvelle donation avec une acceptation valable, sinon le bien reste dans la succession.

Informations juridiques

  • Numéro: 91-17.907
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 17 mai 1993

Mots-clés

donationacceptationmandat notariénullitéusufruit

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Saint-Gilles : donation à ses enfants

M. Dupont, propriétaire d'une maison à Saint-Gilles, souhaite donner le bien à ses deux enfants. Il signe l'acte chez le notaire, mais seul son fils aîné accepte personnellement. La fille mineure est représentée par son père sans mandat notarié.

Application pratique:

La donation est nulle pour la fille. Pour éviter cela, le notaire doit établir un mandat spécial pour chaque enfant absent ou mineur, par acte notarié. Si la nullité est constatée, la fille doit intenter une action dans les 5 ans et refaire une donation valable.

2

Donataire à Villeneuve-lès-Avignon : acceptation par conjoint

Mme Martin, donataire d'un appartement à Villeneuve-lès-Avignon, n'a pas pu se déplacer chez le notaire. Son mari a signé l'acceptation à sa place, sans mandat. L'appartement vaut 200 000 €.

Application pratique:

La donation est nulle. Mme Martin peut demander l'annulation au tribunal. Elle devra rembourser les droits de donation perçus par le fisc, soit environ 40 000 €, et le bien reviendra dans la succession. Elle doit refaire une donation avec acceptation personnelle.

3

Notaire : devoir de conseil et responsabilité

Un notaire à Nîmes omet de vérifier que chaque donataire accepte personnellement une donation-partage. L'un des donataires, absent, est représenté par un mandat non notarié.

Application pratique:

La donation est annulée. Le notaire peut être poursuivi pour manquement à son devoir de conseil. Les dommages-intérêts peuvent couvrir les droits de succession perdus et les frais de procédure. Le notaire doit toujours exiger un mandat notarié ou la présence physique.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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