Décision de référence : cc • N° 10-14.004 • 2011-09-28 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire à Gemenos, dans les Bouches-du-Rhône, d'une parcelle que vous louez comme terrain de loisirs. Vous décidez de la vendre. L'acquéreur est trouvé, le compromis signé. Mais voilà que la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural) vous notifie son Droit de préemption - Cécile Zakine">droit de préemption (le droit d'acheter le bien à la place de votre acquéreur). Vous tombez des nues : votre terrain n'a rien d'agricole, il sert de parking pour les véhicules de chantier. Est-ce légal ?
C'est exactement la question posée à la Cour de cassation dans l'arrêt du 28 septembre 2011 (n° 10-14.004). Et la réponse est claire : une parcelle qui, avant sa vente, était le support d'une activité sans rapport avec une destination agricole n'est pas soumise au droit de préemption de la SAFER. undefined, si votre terrain est utilisé pour une activité non agricole (loisirs, stockage, parking, etc.), la SAFER ne peut pas intervenir.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou acquéreur ? Cette décision sécurise les transactions portant sur des terrains qui, bien que situés en zone rurale, ont une vocation non agricole. Elle rappelle que le droit de préemption de la SAFER n'est pas automatique : il faut que le terrain soit réellement agricole. Un point essentiel pour éviter des mois de procédure.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Gemenos, possède une parcelle qu'il loue à une entreprise de travaux publics. Celle-ci l'utilise comme dépôt de matériaux et stationnement d'engins. Aucune activité agricole, donc. En 2005, M. X décide de vendre ce terrain à un particulier, M. Y. Le compromis est signé, mais la SAFER, estimant que la parcelle est agricole, exerce son droit de préemption. Elle se substitue à M. Y et achète le terrain.
M. Y conteste cette décision devant les tribunaux. Il argue que la parcelle n'est pas agricole : elle sert à une activité industrielle. La cour d'appel lui donne raison, annulant la préemption. La SAFER se pourvoit en cassation. Mais la Cour de cassation rejette son pourvoi : les juges du fond (cour d'appel) ont souverainement apprécié que la parcelle n'était pas agricole avant son aliénation (vente).
Le rebondissement ? La Cour de cassation précise que c'est bien la situation antérieure à la vente qui compte, et non la destination future que l'acquéreur envisage. undefined même si M. Y avait l'intention d'y faire un jardin (activité potentiellement agricole), cela ne change rien : ce qui importe, c'est l'usage réel au moment de la vente.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le droit de préemption de la SAFER est prévu par le Code rural et de la pêche maritime, notamment son article L. 143-1. Ce texte permet à la SAFER d'acheter en priorité des biens agricoles ou à vocation agricole pour les redistribuer à des exploitants. Mais encore faut-il que le bien soit effectivement agricole. La question centrale de cette affaire était donc : comment déterminer si un terrain est agricole ?
La SAFER soutenait que la parcelle, bien qu'utilisée pour du stockage, était située en zone rurale et que l'acquéreur avait le projet d'y faire un jardin. Mais la Cour de cassation a rejeté cet argument. Elle a rappelé que seuls les biens qui, avant leur aliénation, sont le support d'une activité agricole ou présentent une vocation agricole réelle peuvent être préemptés. En l'espèce, l'activité de stockage d'engins n'a rien d'agricole. undefined, la SAFER ne peut pas préempter un terrain sous prétexte qu'il pourrait devenir agricole un jour.
Ce raisonnement confirme une jurisprudence antérieure : c'est l'usage effectif qui prime. Les juges du fond disposent d'un pouvoir souverain pour apprécier cette question. Ils examinent des éléments concrets : nature du sol, activités exercées, baux en cours, etc. Ici, la cour d'appel a relevé que le terrain servait de dépôt et de parking, sans lien avec l'agriculture. Sa décision est donc irréprochable.
undefined, c'est que cette interprétation protège aussi les propriétaires : si vous utilisez votre terrain pour une activité non agricole, vous pouvez le vendre librement, sans crainte d'une préemption intempestive. Attention toutefois : si le terrain est classé en zone agricole au PLU (Plan Local d'Urbanisme), la SAFER pourrait arguer d'une vocation agricole. Mais l'usage réel reste un élément clé.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires : vous pouvez vendre un terrain non agricole sans purge du droit de préemption de la SAFER. Si vous recevez une notification de préemption, vous avez deux mois pour contester. Exemple concret : à Marseille, un propriétaire d'un terrain de 2 000 m² utilisé comme parking payant peut le vendre à un promoteur sans que la SAFER n'intervienne. Économie de temps et d'argent : pas de procédure, pas de retard.
Pour les acquéreurs : vous pouvez acheter un terrain non agricole en toute sécurité. Vérifiez l'usage antérieur du bien. Si l'acte de vente mentionne que le terrain est agricole, alors que dans les faits il ne l'est pas, vous pouvez exiger une garantie. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs ont dû attendre un an pour que la SAFER lève son option. Avec cette jurisprudence, vous pouvez exiger que la SAFER prouve le caractère agricole.
Pour les professionnels de l'immobilier : mentionnez dans les compromis que le bien n'est pas agricole, avec des preuves (photos, baux, attestations). Cela écarte tout risque de préemption. Exemple : un agent à Gemenos vend une parcelle de 5 000 m² louée à une entreprise de transport. Il joint au compromis le bail commercial. La SAFER ne pourra pas préempter.
En cas de litige, vous devez agir vite. Le délai de recours contre une décision de préemption est de deux mois à compter de la notification. Si vous dépassez ce délai, la préemption devient définitive. Un conseil : dès réception de la notification, consultez un avocat spécialisé.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faites constater l'usage réel du terrain avant la vente. Prenez des photos, faites un état des lieux par huissier, réunissez les baux (commerciaux, de stockage, etc.). Ces preuves sont décisives pour démontrer l'absence de caractère agricole.
- Vérifiez le PLU de votre commune. Si le terrain est classé en zone agricole, la SAFER sera plus encline à préempter. Dans ce cas, mieux vaut anticiper en sollicitant un certificat d'urbanisme ou en engageant une discussion avec la SAFER avant la vente.
- Rédigez le compromis de vente avec soin. Mentionnez expressément que le bien n'est pas agricole et que l'acquéreur n'a pas l'intention de l'affecter à un usage agricole. Cela dissuade la SAFER d'intervenir.
- En cas de doute, demandez un rescrit à la SAFER. Vous pouvez lui soumettre le projet de vente pour qu'elle se prononce sur l'exercice éventuel de son droit de préemption. Sa réponse vous permettra d'agir en toute connaissance de cause.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cet arrêt s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation a toujours veillé à ce que le droit de préemption de la SAFER soit réservé aux biens réellement agricoles. Par exemple, dans un arrêt du 3 décembre 2009 (n° 08-17.095), elle a jugé qu'un terrain nu situé dans une zone constructible mais non utilisé pour l'agriculture n'était pas préemptable. De même, dans une décision du 12 juillet 2018 (n° 17-14.003), elle a précisé que la SAFER ne peut préempter un bien si l'activité agricole a cessé depuis plusieurs années.
La tendance est donc à la protection des propriétaires et acquéreurs. Les tribunaux examinent scrupuleusement l'usage effectif. À l'avenir, on peut s'attendre à ce que la SAFER soit plus prudente avant d'exercer son droit sur des terrains à usage non agricole. Cela signifie que si vous êtes propriétaire d'un terrain de loisirs, d'un parking ou d'un dépôt, vous êtes en sécurité.
Attention toutefois : si le terrain est à la fois partiellement agricole et partiellement non agricole, la situation se complique. La jurisprudence tend à considérer que la SAFER peut préempter si la partie agricole est prépondérante. Dans ce cas, une division parcellaire préalable peut être envisagée.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le droit de préemption de la SAFER ? C'est le droit pour la SAFER d'acheter un bien agricole mis en vente, à la place de l'acquéreur initial, afin de le redistribuer à des exploitants. Il est prévu par le Code rural.
- Puis-je vendre mon terrain librement si j'y exerce une activité non agricole ? Oui, selon cet arrêt, la SAFER ne peut pas préempter un terrain qui n'est pas agricole. Vérifiez néanmoins le PLU.
- Que faire si la SAFER préempte mon terrain non agricole ? Vous avez deux mois pour contester la décision devant le tribunal judiciaire. Rassemblez les preuves de l'usage non agricole.
- Quels sont les délais pour agir ? Dès la notification de préemption, vous disposez de deux mois pour saisir le tribunal. Passé ce délai, la préemption devient définitive.
- Combien coûte une contestation ? Les frais d'avocat varient, mais une consultation de 30 minutes à 45€ peut déjà vous éclairer. En cas de procédure, comptez plusieurs milliers d'euros, mais une issue favorable vous évitera une perte bien plus grande.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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