Aller au contenu principal
Nue-propriété et usufruit : la vente cachée qui piège les SAFER
Droit-immobilier

Nue-propriété et usufruit : la vente cachée qui piège les SAFER

📅 Décision du 15 décembre 2016⚖️ Cour de cassation👁️ 16 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation confirme que la vente simultanée de la nue-propriété et de l'usufruit d'un bien rural à un même acquéreur constitue une vente en pleine propriété soumise au droit de préemption de la SAFER, même en l'absence de fraude.

Décision de référence : Cour de cassation, Chambre civile 3 • N° 15-27.518 • 15 décembre 2016 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une belle villa avec vignes à Villefranche-sur-Mer, et vous souhaitez vendre. Vous êtes en pleine propriété, mais votre voisin, lui, a démembré son bien : il a donné la nue-propriété à ses enfants, tout en conservant l'usufruit. Ensemble, ils décident de vendre à un même acquéreur. La SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural) peut-elle préempter ? La question que tout propriétaire se pose : peut-on contourner le droit de préemption en vendant séparément des droits démembrés ? La Cour de cassation répond clairement : non. Décryptage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Les consorts G. sont propriétaires d'un bien rural situé dans une zone où la SAFER dispose d'un droit de préemption (droit de priorité pour acheter un bien agricole afin de le redistribuer à des exploitants). Souhaitant vendre leur bien, ils décident de procéder à une vente simultanée de la nue-propriété (le droit de disposer du bien, mais sans en jouir) et de l'usufruit (le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les fruits). En apparence, il s'agit de deux cessions distinctes. Mais la SAFER estime qu'il s'agit en réalité d'une vente en pleine propriété, et exerce son droit de préemption. Les consorts G. contestent cette préemption devant les tribunaux, arguant que la vente de droits démembrés n'entre pas dans le champ de la préemption. La cour d'appel leur donne tort, et l'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 15 décembre 2016, rejette le pourvoi des consorts G. Elle se fonde sur l'article L. 143-1 du Code rural et de la pêche maritime, qui définit le champ d'application du droit de préemption de la SAFER. Cet article prévoit que la SAFER peut préempter toute vente de biens agricoles ou de terrains à vocation agricole. Mais que se passe-t-il lorsque la vente porte non pas sur la pleine propriété, mais sur des droits démembrés ? La Cour considère que lorsque la vente porte simultanément sur la nue-propriété et l'usufruit du même immeuble, et que l'acquéreur est le même, il s'agit en réalité d'une vente en pleine propriété. Peu importe que les vendeurs soient différents (le nu-propriétaire et l'usufruitier). L'important est que l'acquéreur réunisse les deux droits, devenant ainsi plein propriétaire. La Cour précise qu'il n'est pas nécessaire de caractériser une fraude (contournement volontaire de la loi) : le simple fait que la vente soit simultanée suffit à la soumettre au droit de préemption. undefined, les juges regardent la réalité économique de l'opération plutôt que sa forme juridique.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques importantes pour les propriétaires, les acquéreurs et les professionnels de l'immobilier. Si vous êtes propriétaire d'un bien rural et que vous envisagez de le vendre en démembrant la propriété, sachez que si vous vendez à la même personne la nue-propriété et l'usufruit en même temps, la SAFER pourra préempter. Exemple concret : à Villefranche-sur-Mer, un propriétaire veut vendre ses terres agricoles à un promoteur. Pour éviter la préemption, il vend la nue-propriété à son fils et l'usufruit au promoteur. Mais si le fils revend aussitôt la nue-propriété au promoteur, ou si les deux ventes sont concomitantes, la SAFER pourra préempter. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires tentaient ce montage, pensant échapper à la préemption. Mais la jurisprudence est claire : la SAFER veille. Pour les acquéreurs, soyez vigilants : si vous achetez un bien démembré, vérifiez que la vente n'est pas soumise à préemption. Les délais sont courts : la SAFER dispose de 2 mois pour exercer son droit à compter de la déclaration d'intention d'aliéner. En cas de préemption, l'acquéreur est évincé, sauf à négocier avec la SAFER.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le statut du bien : Avant toute vente, consultez le Plan Local d'Urbanisme pour savoir si le bien est situé en zone de préemption de la SAFER. Si oui, anticipez.
  • Ne dissociez pas artificiellement les droits : Si vous vendez la nue-propriété et l'usufruit à la même personne, même à des dates légèrement décalées, la SAFER peut considérer qu'il s'agit d'une vente unique. Mieux vaut vendre en pleine propriété et négocier directement avec la SAFER.
  • Déclarez toujours la vente à la SAFER : La déclaration d'intention d'aliéner est obligatoire sous peine de nullité de la vente. Même si vous pensez que le bien n'est pas préemptable, déclarez-le.
  • Consultez un avocat spécialisé : En cas de doute, un avocat en droit immobilier peut vous conseiller sur les montages possibles et les risques. Cela peut vous éviter un litige coûteux.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation avait déjà adopté une position similaire dans un arrêt du 11 décembre 2013 (n° 12-26.970), où elle avait jugé que la vente simultanée de la nue-propriété et de l'usufruit à deux acquéreurs différents mais agissant de concert pouvait être requalifiée en vente en pleine propriété. La décision de 2016 confirme et étend cette logique. Les tribunaux tendent à privilégier une approche économique : peu importe la forme juridique, ce qui compte c'est le résultat. À l'avenir, on peut s'attendre à ce que les SAFER soient de plus en plus vigilantes sur les montages démembrés, et que les juges continuent à requalifier les opérations qui visent à contourner le droit de préemption.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Puis-je vendre la nue-propriété à une personne et l'usufruit à une autre pour éviter la préemption ? Oui, si les deux acquéreurs sont différents et indépendants. Mais si la vente est simultanée et que les acquéreurs agissent de concert, la SAFER peut requalifier l'opération.
  • Que faire si la SAFER préempte mon bien ? Vous pouvez contester la décision devant le tribunal administratif, mais les chances de succès sont faibles si la préemption est régulière. Vous pouvez aussi négocier avec la SAFER pour qu'elle renonce ou vous rachète le bien à un prix convenu.
  • Quels sont les délais à respecter ? Le vendeur doit déclarer son intention de vendre à la SAFER au moins 2 mois avant la vente. La SAFER a 2 mois pour répondre. Passé ce délai, elle est réputée avoir renoncé.
  • Le droit de préemption s'applique-t-il aux terrains à bâtir ? Oui, si le terrain a vocation agricole. À Villefranche-sur-Mer, de nombreux terrains sont classés en zone agricole, même en bord de mer.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre rendez-vous pour une consultation  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Puis-je vendre la nue-propriété à une personne et l'usufruit à une autre pour éviter la préemption de la SAFER ?

Oui, si les deux acquéreurs sont différents et indépendants. Mais si la vente est simultanée et que les acquéreurs agissent de concert, la SAFER peut requalifier l'opération en vente en pleine propriété et exercer son droit de préemption.

Que faire si la SAFER préempte mon bien ?

Vous pouvez contester la décision devant le tribunal administratif, mais les chances de succès sont faibles si la préemption est régulière. Vous pouvez aussi négocier avec la SAFER pour qu'elle renonce ou vous rachète le bien à un prix convenu.

Quels sont les délais à respecter pour la déclaration d'intention d'aliéner ?

Le vendeur doit déclarer son intention de vendre à la SAFER au moins 2 mois avant la vente. La SAFER a 2 mois pour répondre ; passé ce délai, elle est réputée avoir renoncé à son droit de préemption.

Le droit de préemption de la SAFER s'applique-t-il aux terrains à bâtir ?

Oui, si le terrain a une vocation agricole. Par exemple, à Villefranche-sur-Mer, de nombreux terrains sont classés en zone agricole, même en bord de mer, et sont donc soumis à la préemption.

Cette décision change-t-elle la donne pour les propriétaires à Monaco ?

À Monaco, il n'y a pas de SAFER, mais la même logique pourrait s'appliquer à d'autres préemptions (par exemple, le droit de préemption urbain). Il est recommandé de consulter un avocat pour tout montage démembré.

Informations juridiques

  • Numéro: 15-27.518
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 15 décembre 2016

Mots-clés

droit de préemptionSAFERnue-propriétéusufruitvente immobilière

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un bien rural à Villefranche-sur-Mer souhaitant vendre à un promoteur

M. Dupont possède une parcelle agricole de 2 hectares à Villefranche-sur-Mer. Pour éviter la préemption de la SAFER, il envisage de vendre la nue-propriété à son fils et l'usufruit au promoteur. Mais les deux ventes sont simultanées.

Application pratique:

La SAFER peut requalifier l'opération en vente en pleine propriété et préempter. M. Dupont doit soit vendre en pleine propriété directement, soit espacer les ventes et s'assurer que les acquéreurs sont indépendants. Il doit déclarer la vente à la SAFER sous peine de nullité.

2

Acquéreur d'un bien démembré à Monaco

Mme Martin achète la nue-propriété d'un appartement à Monaco, tandis qu'un tiers achète l'usufruit. Les deux ventes sont conclues le même jour chez le même notaire.

Application pratique:

Bien que Monaco ne soit pas soumis à la SAFER, le montage peut être requalifié si une préemption urbaine existe. Mme Martin doit vérifier le PLU et, en cas de doute, consulter un avocat pour sécuriser la vente.

3

Copropriétaire d'une villa avec vignes à Nice

Les consorts G. sont propriétaires indivis d'une villa avec vignes à Nice. Ils souhaitent vendre en démembrant : l'un vend sa nue-propriété, l'autre son usufruit, au même acheteur.

Application pratique:

La SAFER peut préempter, car il s'agit d'une vente simultanée au même acquéreur. Les consorts G. doivent déclarer la vente et négocier avec la SAFER ou renoncer au montage. Un avocat peut les conseiller sur les alternatives.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide