Décision de référence : cc • N° 11-19.239 • 2013-03-20 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'une parcelle à Les Ponts-de-Cé, dans le Maine-et-Loire, et vous recevez un jour un courrier de la mairie : votre terrain est préempté. Le prix proposé vous semble dérisoire. Vous vous demandez : « Sur quelle base la commune a-t-elle fixé cette somme ? » La réponse tient en une date : la date de référence du document d'urbanisme.
Cette question, cruciale pour tout propriétaire confronté à une procédure de préemption urbain (droit de la collectivité d'acheter en priorité un bien mis en vente), a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 20 mars 2013. Les juges ont rappelé que cette date n'est pas laissée au hasard, mais correspond à celle de l'approbation du plan local d'urbanisme (PLU) qui délimite la zone de préemption.
Mais qu'est-ce que ça change concrètement pour vous ? Et comment savoir si votre commune a respecté les règles ? Décryptage d'une décision qui fait le lien entre urbanisme et valorisation foncière.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 2003, la commune d'Angers (dont le ressort couvre Les Ponts-de-Cé) avait déclaré d'utilité publique la création d'une réserve foncière. À l'époque, le plan d'occupation des sols (POS) instituait un Droit de préemption urbain">droit de préemption urbain (DPU) sur certaines zones. En 2007, la commune s'est dotée d'un plan local d'urbanisme (PLU) – le document qui a remplacé le POS. Le PLU reprenait les mêmes zones de préemption. Mais un propriétaire, M. X, dont le terrain situé à la limite de Saumur était visé par une procédure de préemption, a contesté le prix offert par la commune.
Son argument ? La date de référence pour évaluer le bien devait être celle de l'ancien POS, soit 2003, car le DPU avait été institué à cette époque. Selon lui, le passage au PLU n'avait pas « rafraîchi » la date de référence, et donc la valeur de son terrain devait être estimée à son niveau de 2003 – ce qui lui était favorable si les prix avaient baissé. La commune, elle, soutenait que la date de référence était celle de l'approbation du PLU en 2007.
Le litige a parcouru les tribunaux : d'abord le tribunal de grande instance d'Angers, puis la cour d'appel, et enfin la Cour de cassation. Chaque étape a rebondi sur la même question : quelle date retenir pour fixer le prix ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a confirmé l'arrêt de la cour d'appel d'Angers, qui avait donné raison à la commune. Les juges ont appliqué l'article L. 213-6 du code de l'urbanisme (qui fixe la date de référence pour l'évaluation en matière de préemption). Ce texte dispose que la date de référence est celle du document d'urbanisme en vigueur qui délimite la zone dans laquelle se trouve le bien.
Or, en l'espèce, le PLU avait été approuvé le 24 septembre 2007 et était devenu opposable aux tiers (c'est-à-dire applicable aux propriétaires). La cour d'appel avait relevé que le code de l'urbanisme ne prévoyait pas expressément la caducité (annulation) de la délibération instituant le DPU lors du passage du POS au PLU. De plus, les documents graphiques du PLU mentionnaient explicitement que le DPU antérieur était maintenu. Donc, la date de référence était bien celle de l'approbation du PLU.
undefined les magistrats ont estimé que le DPU « survit » à la révision du document d'urbanisme, tant que le nouveau document le reprend expressément. Attention toutefois : si le PLU avait supprimé le DPU dans la zone concernée, la date de référence aurait pu être remise en cause.
undefined, c'est que cette solution est cohérente avec la logique du droit de l'urbanisme : la valeur d'un bien est liée aux règles d'urbanisme en vigueur au jour de la préemption, et non à des règles anciennes. « Le droit de préemption suit le document d'urbanisme », pourrait-on résumer.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : Si vous êtes propriétaire d'un terrain à bâtir à Saumur et que la commune vous notifie une décision de préemption, vérifiez la date de référence mentionnée dans l'acte. Elle doit correspondre à l'approbation du PLU en vigueur, pas à un ancien POS. Si la commune retient une date antérieure, le prix pourrait être sous-évalué – car les prix ont pu augmenter entre-temps.
Pour les acquéreurs : Si vous envisagez d'acheter un bien soumis à préemption, sachez que la commune peut se substituer à vous dans la vente. Le prix qu'elle paiera sera celui fixé par le juge de l'expropriation-date-reference-plu" class="internal-link" title="Expropriation et date de référence : ce que le PLU change pour votre terrain">expropriation, en tenant compte de la date de référence. Si cette date est récente, le prix sera plus proche du marché actuel.
Pour les copropriétaires : Moins concernés directement, mais si votre copropriété est située dans une zone de préemption, une vente à la découpe pourrait être bloquée par la commune.
Exemple chiffré : imaginons un terrain à Les Ponts-de-Cé valant 100 000 € en 2007, mais 120 000 € en 2013. Si la commune retenait la date de 2003 (ancien POS), le prix serait peut-être fixé à 90 000 € (baisse entre 2003 et 2007). En retenant 2007, le prix sera plus proche de 100 000 €. La différence est de taille.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) Vérifier le PLU en mairie ; 2) Consulter un avocat spécialisé si la date vous semble erronée ; 3) Contester le prix dans les deux mois suivant la notification.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez le document d'urbanisme applicable : Avant de mettre en vente un bien situé dans une zone potentiellement préemptable, consultez le PLU de votre commune (disponible en mairie ou en ligne). Repérez la date d'approbation du PLU et les zones de préemption.
- Anticipez la déclaration d'intention d'aliéner (DIA) : Lorsque vous vendez, vous devez déposer une DIA en mairie. C'est à ce moment que la commune peut exercer son DPU. Assurez-vous que le prix proposé est cohérent avec la valeur du bien à la date de référence du PLU.
- Conservez tous les documents d'urbanisme antérieurs : Si vous contestez le prix, vous devrez prouver que la commune a fait une erreur sur la date de référence. Gardez les anciens POS, les délibérations instituant le DPU, etc.
- Faites estimer votre bien par un expert : Une évaluation indépendante vous permettra de comparer avec l'offre de la commune. Si l'écart est important, vous pourrez saisir le juge de l'expropriation.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cet arrêt s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 2010 (Civ. 3e, 10 novembre 2010, n° 09-70.057), les juges avaient précisé que la date de référence était celle du document d'urbanisme en vigueur, même si le DPU avait été institué sous un document antérieur. La décision de 2013 confirme et renforce cette solution.
Depuis, la loi ALUR (2014) a simplifié le DPU, mais le principe reste inchangé. Les tribunaux continuent d'appliquer cette règle. En pratique, les communes ont tendance à sécuriser leurs PLU en mentionnant explicitement le maintien des DPU antérieurs.
Pour l'avenir, la question pourrait se poser lorsque le PLU est modifié après son approbation : la date de référence serait alors celle de la modification, si celle-ci affecte la zone de préemption.
Questions fréquentes
Quelle est la date de référence pour le calcul du prix en cas de préemption ?
La date d'approbation du plan local d'urbanisme (PLU) en vigueur au moment de la préemption, ou, à défaut, la date du plan d'occupation des sols (POS) s'il est encore applicable.
Puis-je contester le prix proposé par la commune ?
Oui, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de préemption. Le juge de l'expropriation fixera le prix en tenant compte de la date de référence.
Que faire si la commune utilise une date de référence erronée ?
Saisissez le juge de l'expropriation en prouvant que le document d'urbanisme applicable est différent (ex : PLU approuvé en 2010 et non en 2007).
Le DPU peut-il être caduque lors du passage du POS au PLU ?
Non, sauf si le PLU supprime expressément le DPU dans la zone concernée. La jurisprudence considère que le DPU est maintenu tant que le nouveau document le reprend.
Quel est le coût d'une contestation ?
Les frais d'avocat varient de 1 500 à 5 000 € selon la complexité. Une consultation préalable de 30 minutes (45 €) permet d'évaluer vos chances.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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