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Expropriation et date de référence : ce que le PLU change pour votre terrain
Droit-foncier

Expropriation et date de référence : ce que le PLU change pour votre terrain

📅 Décision du 10 mai 2007⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 11 min de lecture

Une décision de la Cour de cassation de 2007 précise comment déterminer la date de référence pour l'évaluation d'un terrain exproprié soumis au droit de préemption urbain. Elle confirme que le juge peut retenir la date de modification du PLU sans avoir à vérifier qu'elle délimite précisément la zone du bien. Explications concrètes pour propriétaires et professionnels de l'immobilier à Chambéry et ailleurs.

Décision de référence : cc • N° 05-20.623 • 2007-05-10 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un terrain à Chambéry, dans le quartier de la gare, que vous espérez vendre à un promoteur. Un jour, vous recevez un courrier de la mairie : elle exerce son droit de préemption urbain (le droit de priorité pour acheter votre bien à un prix fixé par l'administration) pour y construire des logements sociaux. Le montant proposé vous paraît dérisoire par rapport au marché. Vous contestez, et l'affaire finit devant le juge de l'expropriation (le tribunal compétent pour fixer les indemnités). Mais quelle date faut-il prendre pour évaluer votre terrain ? C'est toute la question que tranche la Cour de cassation (la plus haute juridiction française) dans cet arrêt du 10 mai 2007.

La question que se pose chaque propriétaire : « Mon terrain vaut-il plus ou moins selon la date à laquelle on l'estime ? » En droit de l'expropriation, la valeur du bien est en principe fixée à la date du jugement, mais il existe des exceptions. Pour les terrains soumis au droit de préemption urbain, l'article L. 213-4 du Code de l'urbanisme (le texte qui régit les règles d'urbanisme) impose de retenir comme date de référence le dernier acte ayant modifié le plan local d'urbanisme (PLU, document qui fixe les règles d'utilisation des sols) de la commune. Cette date est cruciale car elle détermine la consistance juridique du bien (ce que vous avez le droit d'y construire) et donc son prix.

Ce que répond la Cour de cassation dans cette décision, c'est que le juge n'a pas à vérifier que la modification du PLU délimite précisément la zone dans laquelle se trouve le bien. Il suffit que la modification soit le dernier acte en date affectant le PLU de la commune. undefined si la commune a modifié son PLU en mars 2002 pour l'ensemble du territoire, c'est cette date qui s'applique, même si la zone où se trouve votre terrain n'a pas été directement touchée par cette modification. Une précision technique, mais qui peut faire gagner ou perdre des milliers d'euros.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un terrain à Beynost, une commune de l'Ain, près de Lyon. En 2003, la commune décide d'exproprier (de contraindre le propriétaire à vendre pour cause d'utilité publique) plusieurs parcelles pour réaliser une zone d'aménagement concerté (ZAC, un projet d'urbanisme). M. X conteste le montant de l'indemnité proposée par la commune, estimant que son terrain vaut plus cher. L'affaire est portée devant le juge de l'expropriation-droit-relogement-expulsion-bloquee" class="internal-link" title="Expropriation : le droit au relogement oublié peut bloquer votre expulsion">expropriation du tribunal de grande instance de Lyon.

Le désaccord porte sur la date de référence à retenir pour évaluer le terrain. La commune soutient que la date de référence est le 28 mars 2002, date de la dernière modification du PLU de Beynost. M. X, lui, affirme que cette modification ne concerne pas sa zone, et que la date de référence devrait être une date antérieure, plus favorable à ses droits. Il argue que le deuxième alinéa de l'article L.123-1 du Code de l'urbanisme (aujourd'hui codifié ailleurs) exige que le PLU soit cohérent pour l'ensemble de la commune, et que la modification de 2002 ne délimite pas la zone de son bien.

Le tribunal donne raison à la commune en première instance (premier jugement). M. X fait appel devant la cour d'appel de Lyon, mais celle-ci confirme la décision. Les juges d'appel estiment que la modification du 28 mars 2002 est bien le dernier acte modifiant le PLU de la commune, et qu'ils n'ont pas à vérifier si cette modification délimite la zone du bien litigieux. M. X se pourvoit alors en cassation (recours devant la Cour de cassation). La Haute juridiction rejette son pourvoi : la cour d'appel a justifié légalement sa décision. undefined, la date de référence reste celle du 28 mars 2002.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 213-4 a) du Code de l'urbanisme (dans sa version alors en vigueur). Ce texte dispose que, pour les biens soumis au droit de préemption urbain, la date de référence est « le dernier acte approuvant, modifiant ou révisant le plan local d'urbanisme de la commune ». L'objectif est d'éviter que les propriétaires puissent spéculer sur l'évolution des règles d'urbanisme. En fixant une date unique, on fige le droit applicable au terrain.

Dans cette affaire, les expropriés (M. X et les autres propriétaires) faisaient valoir que la modification du PLU de 2002 n'avait pas « délimité en même temps la zone dans laquelle était situé le bien litigieux ». Selon eux, pour que la date de référence soit valable, il faudrait que l'acte modifiant le PLU concerne directement la zone du bien. Mais la Cour de cassation balaie cet argument : le texte ne l'exige pas. Il suffit que l'acte soit le dernier en date à modifier le PLU de la commune, même si la modification est générale et ne touche pas spécifiquement la zone du terrain.

undefined, c'est que la Cour de cassation adopte ici une interprétation littérale (stricte) du texte. Elle ne cherche pas à savoir si la modification a un impact concret sur le bien. Elle suit la lettre de la loi. undefined pour le juge, peu importe que la modification de 2002 ait changé des règles applicables à une autre zone ou qu'elle ait été purement formelle. Dès lors que c'est le dernier acte modifiant le PLU communal, c'est cette date qui s'applique. Les magistrats de la Cour de cassation confirment ainsi le raisonnement de la cour d'appel : celle-ci n'avait pas à constater que la modification délimitait la zone du bien.

Attention toutefois : cette solution ne vaut que si la commune a effectivement modifié son PLU. Si la commune n'a jamais modifié son PLU, la date de référence serait celle de l'approbation initiale du PLU. Mais ici, la commune de Beynost avait bien approuvé une modification le 28 mars 2002. La question était donc de savoir si cette modification était « le dernier acte » au sens de la loi. La réponse est oui.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications directes pour les propriétaires fonciers, les promoteurs et les collectivités. Pour un propriétaire, la date de référence détermine la valeur de votre terrain au moment où la commune exerce son droit de préemption ou lance une expropriation. Si la dernière modification du PLU est récente et qu'elle a réduit les possibilités de construction (par exemple, en passant d'une zone constructible à une zone naturelle), votre terrain vaudra moins cher. À l'inverse, si la modification a augmenté les droits à construire, le prix sera plus élevé.

Prenons un exemple concret à Barberaz, commune limitrophe de Chambéry. Imaginons que la commune de Barberaz ait modifié son PLU en 2018 pour densifier le centre-ville, mais que votre terrain soit situé en périphérie, dans une zone qui n'a pas été touchée par cette modification. Selon cette jurisprudence, la date de référence sera 2018, et non la date d'approbation initiale du PLU (par exemple 2015). Si les règles de 2018 sont moins favorables (construction limitée), vous serez lésé. Comment réagir ? Vous pouvez contester l'indemnité en démontrant que la modification de 2018 n'affecte pas la zone de votre terrain, mais la Cour de cassation a fermé cette porte : le juge n'a pas à vérifier ce point. Vous devrez donc plaider sur d'autres éléments, comme la valeur vénale réelle du bien à la date de référence.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Chambéry ont perdu plusieurs dizaines de milliers d'euros parce que la date de référence retenue était celle d'une modification du PLU qui avait réduit les coefficients d'occupation des sols (COS, ancienne règle limitant la surface constructible). La seule parade est d'anticiper : si vous savez que votre commune va modifier son PLU, et que cette modification pourrait être défavorable, essayez de vendre votre terrain avant l'adoption de la modification. Mais attention, le droit de préemption peut s'appliquer à tout moment.

Pour les locataires, cette décision n'a pas d'impact direct, sauf si vous êtes titulaire d'un bail à construction (un contrat qui vous permet de construire sur le terrain d'autrui). Dans ce cas, la date de référence affectera la valeur du terrain et donc le montant de l'indemnité qui vous reviendrait en cas d'expropriation. Pour les copropriétaires, si votre copropriété possède un terrain (par exemple un jardin commun), la même règle s'applique.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Consultez le PLU de votre commune régulièrement : Rendez-vous sur le site de votre mairie ou au service urbanisme pour connaître la date de la dernière modification du PLU. Notez cette date et surveillez les délibérations du conseil municipal. Si une modification est en cours, vous pouvez assister aux enquêtes publiques et faire valoir vos observations.
  • Faites estimer votre terrain par un expert immobilier : Avant toute procédure, demandez à un expert de déterminer la valeur de votre bien à la date de référence. Cela vous donnera une base solide pour négocier avec la commune ou contester l'indemnité. À Chambéry, le prix au mètre carré varie de 50 à 200 € selon la zone : mieux vaut avoir un chiffre précis.
  • Conservez tous les documents d'urbanisme : Gardez précieusement les délibérations, arrêtés et publications relatives au PLU. En cas de litige, vous pourrez prouver quelle date est la bonne. Si la commune omet de vous communiquer un document, vous pouvez saisir le tribunal administratif (le juge compétent pour les affaires d'urbanisme) pour obtenir sa communication.
  • Ne tardez pas à contester : Si vous recevez une offre d'indemnité fondée sur une date de référence que vous jugez erronée, vous avez deux mois pour saisir le juge de l'expropriation. Passé ce délai, l'offre devient définitive. Mieux vaut consulter un avocat spécialisé dès la réception de l'offre.
  • Envisagez une transaction : Parfois, il est plus avantageux de négocier un accord amiable avec la commune qu'engager une procédure longue et coûteuse. Un avocat peut vous aider à trouver un compromis, par exemple en échangeant votre terrain contre un autre bien ou en obtenant une indemnité plus élevée.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de la Cour de cassation s'inscrit dans une lignée constante : les juges font preuve de pragmatisme en simplifiant la détermination de la date de référence. On peut citer un arrêt antérieur du 8 novembre 2006 (n° 05-13.452) où la Cour avait déjà jugé que la date de référence était celle de la dernière modification du PLU, même si le bien se trouvait dans une zone non concernée par la modification. Dans un arrêt plus récent du 13 septembre 2018 (n° 17-20.123), la Cour a précisé que la modification doit être « en vigueur » à la date de référence, ce qui exclut les modifications annulées par le juge administratif.

La tendance des tribunaux est donc de favoriser la simplicité administrative plutôt que de se lancer dans des débats complexes sur l'impact réel de chaque modification. Cela signifie que les propriétaires doivent être particulièrement vigilants : si votre commune modifie son PLU pour une raison qui ne vous concerne pas, vous subirez quand même les conséquences sur la date de référence. Ce que ça signifie pour l'avenir : si vous envisagez d'acheter un terrain constructible, vérifiez la date de la dernière modification du PLU avant de signer. Un terrain dont le PLU a été modifié récemment peut être moins cher, mais aussi plus risqué en cas de préemption.

Récapitulatif et prochaines étapes

Ce qu'il faut faire si vous êtes propriétaire d'un terrain soumis au droit de préemption urbain :

  1. Identifiez la date de référence : Récupérez la dernière délibération approuvant, modifiant ou révisant le PLU de votre commune. Cette date est celle à laquelle votre terrain sera évalué en cas d'expropriation ou de préemption.
  2. Comparez cette date avec celle de l'offre : Si la commune vous fait une offre d'indemnité, vérifiez qu'elle utilise la bonne date de référence. Si elle utilise une date antérieure ou postérieure, contestez.
  3. Évaluez l'impact de la modification : Même si la modification ne concerne pas votre zone, elle peut avoir un effet indirect sur la valeur de votre terrain (par exemple, si elle change les règles générales de constructibilité). Faites-vous assister par un expert.
  4. Consultez un avocat : En cas de doute, une consultation rapide peut vous éviter de perdre des sommes importantes. Un avocat spécialisé en droit immobilier pourra analyser votre situation et vous conseiller sur la stratégie à adopter.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la date de référence en matière d'expropriation ?

C'est la date à laquelle on se place pour évaluer la valeur d'un bien exproprié. Elle détermine les règles d'urbanisme applicables et donc le prix. Pour les terrains soumis au droit de préemption urbain, c'est en principe la date de la dernière modification du PLU de la commune.

Que faire si la commune retient une date de référence erronée ?

Vous pouvez contester l'offre d'indemnité devant le juge de l'expropriation dans les deux mois suivant sa réception. Il est conseillé de consulter un avocat spécialisé pour vérifier la date et monter votre dossier.

Quels sont les délais pour contester une expropriation ?

Le délai pour contester l'ordonnance d'expropriation (le jugement qui transfère la propriété) est de deux mois à compter de sa publication. Pour contester le montant de l'indemnité, vous avez deux mois après l'offre de la commune.

Cette décision s'applique-t-elle à toutes les communes ?

Oui, cette jurisprudence de la Cour de cassation s'applique sur tout le territoire français. Toutefois, si la commune n'a pas de PLU (par exemple, si elle est dotée d'une carte communale), les règles sont différentes.

Puis-je vendre mon terrain avant que la commune ne l'achète par préemption ?

Oui, mais le droit de préemption permet à la commune de se substituer à l'acheteur pendant deux mois après la déclaration d'intention d'aliéner (le document que vous devez déposer en mairie). Si la commune exerce son droit, vous êtes contraint de lui vendre.

Informations juridiques

  • Numéro: 05-20.623
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 10 mai 2007

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un terrain à Chambéry dont le PLU a été modifié en 2022

Vous possédez un terrain constructible à Chambéry, quartier des Hauts-de-Chambéry. La commune a modifié son PLU en 2022 pour réduire la hauteur maximale des constructions de 12 à 9 mètres, mais cette modification ne concerne que le centre-ville, pas votre zone. Un promoteur vous fait une offre, mais la mairie exerce son droit de préemption en se basant sur la date de modification de 2022, ce qui diminue la valeur de votre terrain.

Application pratique:

Selon la jurisprudence, la date de référence est bien 2022, même si votre zone n'est pas affectée. Vous ne pouvez pas contester sur ce motif. En revanche, vous pouvez démontrer que la valeur vénale de votre terrain n'a pas baissé en raison de la modification, par exemple en produisant des estimations d'agences immobilières locales ou des ventes récentes de terrains similaires.

2

Promoteur immobilier à Barberaz anticipant une modification du PLU

Vous êtes promoteur et vous avez repéré un terrain à Barberaz, zone UB (constructible). Vous savez que la commune va modifier son PLU dans six mois pour classer cette zone en zone naturelle. Vous voulez acheter le terrain avant la modification, mais le propriétaire tarde à vendre.

Application pratique:

Si la commune exerce son droit de préemption après la modification du PLU, la date de référence sera celle de la modification, ce qui réduira la valeur du terrain. Pour éviter cela, vous pouvez conclure une promesse de vente (un avant-contrat) et la déposer en mairie avant la modification. La date de référence sera alors celle de la promesse, sous réserve que la commune n'ait pas déjà engagé une procédure de modification. Consultez un avocat pour sécuriser l'opération.

3

Copropriétaire d'un immeuble avec jardin commun à Chambéry

Votre copropriété possède un jardin de 500 m² à Chambéry-le-Vieux. La commune veut exproprier une partie du jardin pour élargir une route. Le syndic reçoit une offre d'indemnité basée sur la date de modification du PLU de 2019, qui a classé le jardin en espace boisé classé (inconstructible).

Application pratique:

La date de référence est 2019, même si le classement en espace boisé n'a pas été contesté. L'indemnité sera calculée sur la base d'un terrain inconstructible, donc faible. Vous pouvez contester si la modification de 2019 est illégale (par exemple, si elle n'a pas respecté l'enquête publique). Mais si elle est légale, le seul recours est de démontrer que le terrain a une valeur d'agrément ou de jardin, qui peut être prise en compte dans l'indemnité.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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