Aller au contenu principal
Expulsion après adjudication : l'action en annulation n'est pas suspensive (CC, 27 juin 2007)
Droit-immobilier

Expulsion après adjudication : l'action en annulation n'est pas suspensive (CC, 27 juin 2007)

📅 Décision du 27 juin 2007⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation confirme que l'action en annulation d'un jugement d'adjudication n'a pas d'effet suspensif : l'occupant sans titre peut être expulsé en référé, même s'il conteste la vente aux enchères.

Décision de référence : cc • N° 06-15.893 • 2007-06-27 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement à Pau, près du boulevard des Pyrénées, et vous apprenez que votre locataire ne paie plus son loyer depuis six mois. Vous engagez une procédure d'expulsion, mais le locataire vous oppose un recours contre le jugement d'adjudication (vente judiciaire) qui vous a attribué le bien. « Tant que mon recours n'est pas jugé, vous ne pouvez pas m'expulser », vous dit-il. Vraiment ?

Cette question, la Cour de cassation y a répondu le 27 juin 2007 dans un arrêt qui a fait jurisprudence. L'affaire concernait une personne expropriée de son immeuble suite à une adjudication (vente aux enchères publiques ordonnée par un juge), qui contestait cette vente et refusait de quitter les lieux. La Haute juridiction a tranché : l'action en annulation du jugement d'adjudication n'est pas suspensive. undefined, l'occupant sans titre – c'est-à-dire sans droit de rester – peut être expulsé immédiatement, sans attendre l'issue de son recours.

Cette décision, rendue par la troisième chambre civile, est essentielle pour les propriétaires, les acheteurs aux enchères et les professionnels de l'immobilier. Elle sécurise le processus d'adjudication et évite les blocages abusifs. Mais comment s'applique-t-elle concrètement ? Et que faire si vous êtes concerné ? Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme Y était propriétaire d'un immeuble situé à Saint-Jean-de-Luz, une charmante ville du Pays basque. Suite à des difficultés financières, son bien a été vendu aux enchères publiques (adjudication) et adjugé à un acquéreur, M. X. Le jugement d'adjudication, rendu par le tribunal de grande instance, a transféré la propriété à M. X. Mais Mme Y, estimant que la vente était irrégulière, a introduit une action en annulation (contestation judiciaire) contre ce jugement. En attendant que cette action soit jugée, elle est restée dans les lieux, refusant de partir.

L'acquéreur, M. X, n'a pas attendu. Il a assigné Mme Y en référé-expulsion (procédure d'urgence pour obtenir l'expulsion). Le juge des référés a ordonné l'expulsion, estimant que Mme Y n'avait plus aucun titre d'occupation (droit de rester dans le logement) depuis l'adjudication. Mme Y a fait appel, arguant que son action en annulation rendait l'expulsion prématurée : selon elle, tant que le jugement d'adjudication n'était pas définitif, il ne pouvait servir de fondement à une expulsion.

La cour d'appel de Pau a confirmé l'ordonnance d'expulsion. Mme Y s'est alors pourvue en cassation. La question posée à la Cour de cassation était précise : l'action en annulation d'un jugement d'adjudication a-t-elle un effet suspensif (qui empêche l'expulsion) ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de Mme Y, confirmant l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement tient en deux points essentiels.

Premièrement, la Cour rappelle que l'action en annulation introduite contre un jugement d'adjudication n'a aucun caractère suspensif. Cela signifie que le simple fait de contester la vente aux enchères ne permet pas de bloquer l'expulsion. undefined tant que le jugement d'adjudication n'est pas annulé par une décision définitive, il produit tous ses effets, dont le transfert de propriété et l'obligation pour l'ancien propriétaire de quitter les lieux.

Deuxièmement, la Cour relève que Mme Y, ayant été expropriée par l'adjudication, était dépourvue de tout titre d'occupation. Or, l'article 1240 du Code civil (qui oblige à réparer le dommage causé par sa faute) n'était pas directement visé ici, mais le principe est que l'occupation sans droit constitue une voie de fait (violation du droit de propriété). Le juge des référés peut donc ordonner l'expulsion sur le fondement de l'article 835 du Code de procédure civile (référé pour faire cesser un trouble manifestement illicite).

undefined, c'est que le législateur a voulu éviter les manœuvres dilatoires : si un recours suffisait à suspendre l'expulsion, de nombreux débiteurs contesteraient systématiquement l'adjudication pour rester dans les lieux, parfois pendant des années. La solution de la Cour de cassation garantit l'efficacité des ventes aux enchères et protège l'acquéreur de bonne foi.

Attention toutefois : l'action en annulation n'est pas vidée de son sens. Si Mme Y obtient finalement l'annulation du jugement d'adjudication, elle pourra réclamer des dommages-intérêts et, éventuellement, la restitution du bien. Mais en attendant, elle doit partir.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques majeures pour différents profils.

Pour le propriétaire qui achète aux enchères (adjudicataire) : vous êtes rassuré. Dès que le jugement d'adjudication est rendu, vous pouvez demander l'expulsion de l'ancien propriétaire ou de tout occupant sans titre, même s'il conteste la vente. Par exemple, si vous achetez un studio à Pau pour 80 000 € aux enchères et que l'ancien propriétaire refuse de partir en invoquant un recours, vous pouvez saisir le juge des référés pour obtenir son expulsion en quelques semaines. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs ont attendu plus d'un an en vain, croyant que le recours bloquait tout. Désormais, la jurisprudence est claire : vous pouvez agir rapidement.

Pour le locataire ou l'ancien propriétaire (occupant) : vous êtes prévenu. Contester l'adjudication ne vous donne pas le droit de rester. Si vous êtes dans cette situation, vous devez quitter les lieux dès que l'expulsion est ordonnée, sous peine d'être expulsé par la force publique (avec le concours du commissaire de justice, anciennement huissier). Vous pouvez toujours intenter une action en annulation, mais elle ne suspend pas l'expulsion. Mieux vaut donc préparer votre relogement rapidement, par exemple en sollicitant la commission de médiation (loi DALO) si vous êtes prioritaire.

Pour le copropriétaire ou le voisin : cette décision confirme que l'occupant sans titre peut être expulsé sans attendre la fin des recours. Si un logement vendu aux enchères dans votre copropriété à Saint-Jean-de-Luz est squatté par l'ancien propriétaire, le syndic peut demander l'expulsion en référé sur la base de cette jurisprudence.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez la situation d'occupation avant d'enchérir. Avant de participer à une vente aux enchères, faites inspecter le bien par un commissaire de justice pour savoir s'il est occupé. Si l'occupant est un locataire, vous devrez respecter le bail en cours. Si c'est l'ancien propriétaire, l'expulsion est possible, mais mieux vaut anticiper les frais.
  • Obtenez le jugement d'adjudication et faites-le signifier. Dès l'adjudication, demandez au greffe du tribunal une copie du jugement. Faites-le signifier (notifier officiellement) à l'occupant par commissaire de justice. C'est le point de départ pour demander l'expulsion.
  • En cas de contestation, ne tardez pas à agir en référé. Dès que l'occupant refuse de partir, saisissez le juge des référés. La procédure est rapide (quelques semaines) et ne nécessite pas d'attendre la fin de l'action au fond.
  • Si vous êtes l'occupant, consultez un avocat IMMÉDIATEMENT. Contester l'adjudication peut être utile si vous avez des arguments solides (vice de procédure, prix dérisoire), mais cela ne vous dispensera pas de quitter les lieux. Un avocat vous aidera à négocier un délai de grâce (sursis à l'expulsion) avec le juge, en justifiant de votre situation personnelle (personne âgée, handicap, etc.).

Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà, dans un arrêt du 9 décembre 1998 (n° 96-21.497), la Cour de cassation avait jugé que l'action en nullité d'une vente forcée n'était pas suspensive. L'arrêt de 2007 confirme et précise ce principe, en l'appliquant à l'adjudication.

Depuis, les tribunaux appliquent cette règle sans ambiguïté. Par exemple, la cour d'appel de Bordeaux a ordonné l'expulsion d'un occupant qui contestait une adjudication, en se fondant sur cet arrêt (CA Bordeaux, 12 mai 2015).

Il existe toutefois une nuance : si l'action en annulation est fondée sur un vice grave qui pourrait entraîner la nullité absolue du jugement (par exemple, absence de publicité légale), certains juges des référés peuvent suspendre l'expulsion à titre exceptionnel. Mais c'est rare. La tendance est claire : l'adjudication est un titre exécutoire (document qui permet de faire appliquer une décision de justice) immédiat, et l'expulsion peut suivre sans attendre.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que la jurisprudence reste stable, car elle répond à un besoin de sécurité juridique des ventes aux enchères. Les réformes récentes (loi ELAN de 2018) ont d'ailleurs renforcé les droits des acquéreurs.

Questions fréquentes

Puis-je rester dans mon logement si je conteste l'adjudication ?
Non. L'action en annulation n'est pas suspensive. Vous devez quitter les lieux dès que l'expulsion est ordonnée, même si votre recours est en cours.

Que faire si je suis l'acquéreur et que l'occupant refuse de partir ?
Saisissez le juge des référés en expulsion. Vous pouvez obtenir une ordonnance en quelques semaines. Faites-vous assister d'un avocat pour la procédure.

Quels sont les délais pour obtenir l'expulsion ?
Une fois l'ordonnance rendue, le commissaire de justice doit délivrer un commandement de quitter les lieux (délai de 2 mois minimum). Ensuite, l'expulsion peut être exécutée, sauf trêve hivernale (1er novembre au 31 mars).

Puis-je demander des dommages-intérêts si l'expulsion est injustifiée ?
Oui, si vous obtenez l'annulation du jugement d'adjudication, vous pouvez réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice subi (frais de relogement, préjudice moral). Mais cela n'efface pas l'expulsion elle-même.

Quel est le coût d'une procédure d'expulsion ?
Comptez environ 2 000 à 5 000 € d'honoraires d'avocat, plus les frais de commissaire de justice (500 à 1 000 €) et éventuellement les frais de déménagement si l'expulsion est forcée.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat vente aux enchères  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Puis-je rester dans mon logement si je conteste l'adjudication ?

Non. L'action en annulation n'est pas suspensive. Vous devez quitter les lieux dès que l'expulsion est ordonnée, même si votre recours est en cours.

Que faire si je suis l'acquéreur et que l'occupant refuse de partir ?

Saisissez le juge des référés en expulsion. Vous pouvez obtenir une ordonnance en quelques semaines. Faites-vous assister d'un avocat pour la procédure.

Quels sont les délais pour obtenir l'expulsion ?

Une fois l'ordonnance rendue, le commissaire de justice doit délivrer un commandement de quitter les lieux (délai de 2 mois minimum). Ensuite, l'expulsion peut être exécutée, sauf trêve hivernale (1er novembre au 31 mars).

Puis-je demander des dommages-intérêts si l'expulsion est injustifiée ?

Oui, si vous obtenez l'annulation du jugement d'adjudication, vous pouvez réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice subi (frais de relogement, préjudice moral). Mais cela n'efface pas l'expulsion elle-même.

Quel est le coût d'une procédure d'expulsion ?

Comptez environ 2 000 à 5 000 € d'honoraires d'avocat, plus les frais de commissaire de justice (500 à 1 000 €) et éventuellement les frais de déménagement si l'expulsion est forcée.

Informations juridiques

  • Numéro: 06-15.893
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 27 juin 2007

Mots-clés

expulsionadjudicationaction en annulationeffet suspensifCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire acquéreur aux enchères à Pau

M. Dupont achète un appartement à Pau aux enchères pour 90 000 €. L'ancien propriétaire, Mme Martin, conteste l'adjudication et refuse de partir. M. Dupont veut récupérer son bien rapidement.

Application pratique:

M. Dupont peut saisir le juge des référés en expulsion, sur le fondement de l'arrêt de 2007. Il obtiendra une ordonnance d'expulsion en quelques semaines, même si le recours de Mme Martin est pendant. Il doit fournir le jugement d'adjudication et prouver que Mme Martin n'a aucun titre.

2

Locataire occupant après adjudication à Saint-Jean-de-Luz

Mme Durand est locataire d'une maison à Saint-Jean-de-Luz. Le propriétaire est exproprié et le bien est vendu aux enchères. Le nouveau propriétaire veut l'expulser, mais Mme Durand conteste l'adjudication.

Application pratique:

Mme Durand doit savoir que son recours n'empêche pas l'expulsion. Elle doit préparer son relogement et peut demander un délai de grâce au juge si elle est en situation de vulnérabilité. Elle peut aussi se porter acquéreur si elle a les moyens.

3

Copropriétaire confronté à un occupant sans titre

Dans une copropriété à Pau, un logement vendu aux enchères est occupé par l'ancien propriétaire qui conteste la vente. Le syndic veut faire cesser le trouble.

Application pratique:

Le syndic peut demander l'expulsion en référé au nom du copropriétaire acquéreur. La jurisprudence de 2007 permet d'agir rapidement. Le syndic doit justifier de l'absence de titre de l'occupant et du trouble manifestement illicite.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide