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Expulsion d'étranger : quand l'urgence absolue justifie la rétention temporaire
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Expulsion d'étranger : quand l'urgence absolue justifie la rétention temporaire

📅 Décision du 20 février 1979⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a clarifié les conditions dans lesquelles un étranger sous le coup d'un arrêté d'expulsion peut être retenu temporairement. Cette décision de 1979, toujours d'actualité, définit précisément la notion d'urgence absolue et ses conséquences pratiques pour les propriétaires et professionnels de l'immobilier.

Décision de référence : cc • N° 78-90.396 • 1979-02-20 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire à Saint-Paul-lès-Dax, dans une résidence calme près du lac de Christus. Vous avez loué votre appartement à un locataire étranger, tout est en règle, jusqu'au jour où vous apprenez qu'il fait l'objet d'un arrêté d'expulsion (mesure administrative ordonnant le départ forcé du territoire). Les forces de l'ordre se présentent pour exécuter cette décision, mais le locataire n'est pas là. Que peuvent-elles faire ? Peuvent-elles l'attendre ? Le retenir s'il arrive ?

Cette situation, bien que spécifique, touche à des questions fondamentales : jusqu'où va le pouvoir des autorités pour exécuter une expulsion ? Quels sont les droits de la personne concernée ? Et surtout, en tant que propriétaire, quelles sont vos responsabilités et vos recours ?

La Cour de cassation (juridiction suprême qui vérifie l'application correcte du droit par les juges du fond) a répondu à ces questions dans une décision du 20 février 1979. Cette jurisprudence (ensemble des décisions de justice qui interprètent la loi) vieille de plus de 40 ans reste étonnamment actuelle, surtout dans un contexte où les questions migratoires sont au cœur de l'actualité. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire dans les Landes ou ailleurs ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Revenons en 1978. M. Karim, ressortissant algérien, vit en France depuis plusieurs années. Il occupe un logement dans une petite ville de province, semblable à Biscarrosse avec son marché animé et ses quartiers résidentiels. Les autorités administratives (préfecture, police) ont pris à son encontre un arrêté d'expulsion, estimant que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.

Le jour prévu pour l'exécution de cet arrêté, les agents de la force publique (policiers, gendarmes) se rendent à son domicile. Mais M. Karim n'est pas présent. Ils décident alors de l'attendre, et lorsqu'il arrive, ils le retiennent sur place le temps d'organiser son départ forcé. Cette rétention (fait de maintenir une personne contre sa volonté) dure quelques heures, le temps strictement nécessaire pour contacter les services compétents et procéder à son expulsion effective.

M. Karim conteste cette rétention. Il estime qu'elle est illégale, qu'elle constitue une arrestation arbitraire (détention sans motif légal valable). Il saisit la justice, arguant que les agents ont outrepassé leurs pouvoirs. L'affaire remonte les échelons judiciaires, jusqu'à la Cour de cassation. Le débat est crucial : en l'absence de texte clair, les agents peuvent-ils retenir temporairement un étranger sous le coup d'un arrêté d'expulsion pour en assurer l'exécution ?

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires, à Mont-de-Marsan ou dans les environs, se retrouvaient indirectement mêlés à de telles situations. Leur locataire étranger faisant l'objet d'une procédure d'expulsion, ils devaient gérer l'accès au logement, les interventions des forces de l'ordre, et parfois les conséquences sur le contrat de location. Une véritable tourmente administrative et juridique.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation a dû trancher un dilemme complexe. D'un côté, l'exécution effective des arrêtés d'expulsion, qui relève de la sécurité publique. De l'autre, le respect des libertés individuelles, notamment la liberté d'aller et venir, protégée par la Constitution et la Convention européenne des droits de l'homme.

Les juges se sont appuyés sur l'article 25 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Ce texte prévoit que, en cas d'urgence absolue (situation exceptionnelle et immédiate qui nécessite une action rapide pour éviter un danger grave), les agents chargés de l'exécution d'un arrêté d'expulsion peuvent prendre des mesures particulières. Mais il ne précise pas lesquelles.

La Cour a interprété cet article de manière extensive (en élargissant son champ d'application). Elle a estimé que, dans le cas d'une urgence absolue, les agents sont nécessairement autorisés à s'assurer, pendant le temps strictement nécessaire, de la personne de l'étranger sous le coup d'une telle mesure. undefined, ils peuvent le retenir temporairement, sans mandat d'arrêt spécifique, pour garantir que l'expulsion aura bien lieu.

undefined la Cour a créé une exception au principe général selon lequel toute privation de liberté doit être autorisée par un juge. Elle a considéré que l'urgence absolue justifie cette dérogation, à condition que la rétention soit limitée dans le temps et proportionnée au but poursuivi. Attention toutefois : cette exception est strictement encadrée. Elle ne vaut que pour les expulsions, et uniquement en cas d'urgence absolue, notion que les juges du fond (tribunaux de première instance et cours d'appel) apprécient au cas par cas.

La Cour a également précisé que les dispositions de l'article 120 du Code pénal (ancien, aujourd'hui abrogé) sont applicables. Cet article réprimait l'arrestation, la détention ou la séquestration arbitraires. En le mentionnant, la Cour rappelle que toute rétention qui dépasserait le cadre défini (urgence absolue, temps strictement nécessaire) serait illégale et pourrait engager la responsabilité pénale des agents.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur (personne qui loue un bien immobilier), cette décision a des implications indirectes mais importantes. Imaginez que vous louez une villa à Biscarrosse, près du lac, à un locataire étranger. Si celui-ci fait l'objet d'un arrêté d'expulsion et que les forces de l'ordre interviennent, elles pourront, en cas d'urgence absolue, le retenir temporairement sur place. Vous devez alors faciliter leur accès au logement, sous réserve de respecter les règles de domiciliation (inviolabilité du domicile).

Concrètement, cela signifie que vous pourriez être témoin d'une telle scène. Dans ce cas, restez calme, ne vous interposez pas, et notez les circonstances : heure d'arrivée des agents, durée de la rétention, comportement des parties. Ces éléments pourraient être utiles en cas de litige ultérieur sur la légalité de la procédure. Si la rétention vous semble excessive (plusieurs heures sans justification), vous pouvez contacter un avocat. Les frais d'une consultation, autour de 100-150€, sont souvent rentables pour éviter des complications.

Si vous êtes locataire étranger, cette décision vous concerne directement. Elle rappelle que, face à un arrêté d'expulsion, les autorités ont des pouvoirs étendus en cas d'urgence absolue. Mais elle fixe aussi des limites : la rétention doit être brève et justifiée. Si vous estimez que vos droits sont violés (rétention prolongée sans motif d'urgence), vous pouvez saisir le juge des référés (juge qui statue rapidement en cas d'urgence) pour demander votre libération et, éventuellement, des dommages-intérêts. Les délais sont courts : souvent quelques jours.

Pour les professionnels de l'immobilier (agences, syndics), cette jurisprudence implique de sensibiliser les propriétaires aux risques liés à la location à des étrangers en situation irrégulière. Un locataire expulsé peut laisser un logement vacant, avec des loyers impayés. Les coûts de recouvrement et de remise en état peuvent rapidement atteindre 2 000 à 5 000€. Mieux vaut vérifier scrupuleusement les documents de séjour lors de la signature du bail.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez systématiquement les titres de séjour : Avant de louer à un étranger non européen, exigez et photocopiez son titre de séjour (carte de séjour, visa long séjour). Vérifiez sa validité sur le site de l'administration. À Mont-de-Marsan, j'ai vu des propriétaires négliger cette étape et se retrouver avec des impayés après l'expulsion du locataire.
  • Incluez une clause de résiliation en cas d'expulsion : Dans le contrat de location, prévoyez une clause autorisant la résiliation immédiate si le locataire fait l'objet d'un arrêté d'expulsion définitif. Cela vous permettra de récupérer rapidement le logement sans procédure longue.
  • Documentez les interventions des forces de l'ordre : Si les autorités se présentent pour une expulsion, notez par écrit la date, l'heure, les noms des agents, la durée de l'intervention, et prenez des photos si possible. Ce procès-verbal pourra servir en cas de contestation.
  • Consultez un avocat dès les premiers signes : Si votre locataire vous informe d'une procédure d'expulsion, ou si vous recevez un courrier des autorités, ne tardez pas. Une consultation rapide (45€ pour 30 minutes avec moi) peut vous aider à anticiper les problèmes et protéger vos intérêts.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1979 s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle constante. Déjà, dans les années 1950, les tribunaux admettaient que l'exécution des expulsions pouvait justifier des mesures de contrainte en cas d'urgence. Mais c'est la Cour de cassation qui a formalisé et précisé ce principe, en le reliant explicitement à la notion d'urgence absolue.

Depuis, d'autres décisions ont confirmé et affiné cette approche. Par exemple, dans un arrêt de 2005, la Cour a rappelé que la rétention temporaire doit être proportionnée et ne peut excéder le temps nécessaire à l'organisation matérielle de l'expulsion. Elle a aussi souligné que l'urgence absolue ne peut être invoquée de manière automatique ; elle doit être démontrée concrètement par les autorités.

undefined, c'est que cette jurisprudence a influencé le législateur. Aujourd'hui, le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) prévoit des procédures spécifiques pour les expulsions, avec des garde-fous renforcés. Mais le principe dégagé en 1979 reste valable : en cas d'urgence, les autorités peuvent agir rapidement, sous contrôle judiciaire a posteriori.

Pour l'avenir, la tendance est à un encadrement plus strict des mesures privatives de liberté, sous l'influence du droit européen. Les juges vérifient de plus en plus scrupuleusement les conditions de l'urgence absolue. Cela signifie que, pour les propriétaires, les risques de litiges liés à des expulsions contestées pourraient augmenter. D'où l'importance de se tenir informé et de bien documenter chaque situation.

Points clés à retenir

  • Urgence absolue justifie la rétention temporaire : En cas d'urgence absolue, les agents peuvent retenir un étranger sous le coup d'un arrêté d'expulsion, mais uniquement le temps strictement nécessaire.
  • Limites strictes : Cette rétention doit être proportionnée et ne pas dégénérer en détention arbitraire. Sinon, les agents engagent leur responsabilité pénale.
  • Conséquences pour les propriétaires : Facilitez l'accès aux forces de l'ordre, mais documentez tout. Une expulsion peut entraîner des impayés et des vacances locatives.
  • Action recommandée : Vérifiez les titres de séjour avant de louer, et consultez un avocat dès qu'une procédure d'expulsion est évoquée.
  • Évolution juridique : La jurisprudence renforce les contrôles sur l'urgence absolue. Restez vigilant et adaptez vos pratiques.

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Questions fréquentes

Expulsion d'étranger : que faire si le locataire n'est pas là lors de l'intervention des forces de l'ordre ?

Les forces de l'ordre peuvent attendre le retour du locataire pour exécuter l'expulsion, mais elles ne peuvent pas le retenir contre son gré sans mandat. En cas d'absence, elles doivent repartir et programmer une nouvelle intervention. Chaque situation étant unique, une consultation avec un avocat spécialisé est indispensable.

Puis-je être tenu responsable en tant que propriétaire si mon locataire étranger fait l'objet d'une expulsion ?

En tant que propriétaire, vous n'êtes pas responsable de la situation administrative de votre locataire. Toutefois, vous devez respecter la procédure d'expulsion locative classique si le locataire ne paie plus. Pour un cas personnel, consultez un avocat.

Quels sont les délais pour contester un arrêté d'expulsion ?

Le délai de recours contre un arrêté d'expulsion est généralement de 2 mois à compter de sa notification. Passé ce délai, l'arrêté devient définitif. Il est recommandé de consulter rapidement un avocat pour connaître les voies de recours adaptées.

Quels sont les recours possibles si l'expulsion est exécutée de manière abusive ?

Vous pouvez saisir le juge administratif pour contester la légalité de l'arrêté d'expulsion, ou le juge judiciaire pour demander des dommages et intérêts si l'exécution a causé un préjudice. Une consultation avec un avocat est nécessaire pour évaluer votre situation.

Que faire si mon locataire étranger est expulsé et que mon logement est vide ?

Vous pouvez reprendre possession de votre bien après l'expulsion. Si des biens sont laissés sur place, l'huissier doit les inventorier et les conserver. Pour les démarches, il est conseillé de consulter un avocat spécialisé en droit immobilier.

Informations juridiques

  • Numéro: 78-90.396
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 20 février 1979

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire face à l'expulsion de son locataire étranger

Mme Dubois, propriétaire d'un appartement à Toulouse (Haute-Garonne), loue à M. Ahmed, ressortissant marocain. La police se présente un mardi matin pour exécuter un arrêté d'expulsion, mais le locataire est absent. Les agents décident d'attendre dans le hall de l'immeuble pendant 3 heures.

Application pratique:

La jurisprudence de 1979 précise que les forces de l'ordre peuvent attendre le locataire sur place pour exécuter l'arrêté d'expulsion. En tant que propriétaire, vous devez : 1) vérifier que les agents présentent un mandat régulier, 2) ne pas entraver leur action, 3) contacter votre assurance propriétaire non-occupant pour signaler la situation. Vous n'êtes pas responsable de la présence ou absence du locataire, mais devez faciliter l'accès légal aux autorités.

2

Syndic confronté à une opération policière en copropriété

Le syndic d'une copropriété de 50 lots à Lyon (Rhône) reçoit un appel à 8h30 : la police est sur place pour expulser M. Chen, locataire d'un appartement au 3ème étage, titulaire d'un arrêté d'expulsion. Le locataire est en déplacement professionnel jusqu'au soir. Les agents demandent l'accès à la loge du concierge pour patienter.

Application pratique:

Cette jurisprudence confirme que les autorités peuvent maintenir leur présence sur les lieux dans l'attente de la personne visée. Le syndic doit : 1) vérifier les documents officiels présentés par la police, 2) faciliter l'accès aux parties communes si nécessaire, 3) informer le conseil syndical de la situation sans divulguer de détails personnels. Il ne doit pas s'opposer à l'action des forces de l'ordre mais peut demander une durée raisonnable d'attente.

3

Agent immobilier gérant un bien avec locataire sous procédure d'expulsion

M. Legrand, agent immobilier à Bordeaux (Gironde), gère pour un investisseur un studio loué 650€/mois à M. Silva, ressortissant brésilien. Il apprend par le voisinage que la police est venue à deux reprises en une semaine pour exécuter un arrêté d'expulsion, sans trouver le locataire présent. Les agents ont laissé une note demandant de les contacter.

Application pratique:

La décision de 1979 établit que les autorités peuvent multiplier les tentatives pour exécuter l'expulsion. L'agent immobilier doit : 1) informer le propriétaire-investisseur de la situation sans délai, 2) conserver toute communication écrite des autorités, 3) ne pas modifier le contrat de location unilatéralement. Il peut conseiller au propriétaire de consulter un avocat spécialisé en droit immobilier pour évaluer les recours éventuels concernant les loyers impayés ou la fin du bail.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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