Congés payés : l'employeur peut-il fractionner la 5e semaine sans accord ?
Droit-immobilier

Congés payés : l'employeur peut-il fractionner la 5e semaine sans accord ?

📅 Décision du 25 février 1992⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que le fractionnement unilatéral de la cinquième semaine de congés payés par l'employeur n'est pas pénalement sanctionné, car la loi ne l'interdit pas expressément. Découvrez ce que cela implique pour les salariés et les employeurs.

Décision de référence : cc • N° 90-86.099 • 1992-02-25 • Consulter la décision →

Un salarié voit son employeur lui imposer de fractionner sa cinquième semaine de congés payés en deux périodes, sans lui demander son accord. Il se demande si cette décision est légale et si elle peut donner lieu à des poursuites pénales contre l'employeur.

Cette question, qui peut sembler anodine, a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 25 février 1992. Et la réponse n'est pas celle que beaucoup attendent : l'employeur peut fractionner la cinquième semaine sans encourir de sanction pénale, car l'interdiction ne ressort pas assez clairement de la loi pour justifier une condamnation au pénal.

Mais attention : cela ne signifie pas que tout est permis. Le droit du travail distingue le congé principal (24 jours ouvrables) de la cinquième semaine (6 jours). Et les règles ne sont pas les mêmes. Décryptage d'une décision qui, trente ans après, continue d'alimenter les débats entre salariés et employeurs.

Les faits de l'espèce

Un salarié se voit imposer par son employeur le fractionnement de sa cinquième semaine de congés payés. Mécontent, il fait citer l'employeur devant le tribunal de police, estimant que cette décision unilatérale viole les dispositions de l'article L. 223-8 du Code du travail (aujourd'hui codifié à l'article L. 3141-17). Cet article prévoit que le congé principal de 24 jours ouvrables peut être fractionné avec l'accord du salarié, et que la cinquième semaine (les 6 jours supplémentaires) ne peut être fractionnée. Mais l'interdiction est-elle si claire ?

Le salarié invoque également l'article R. 262-6 du Code du travail (devenu R. 3141-1), qui sanctionne pénalement le non-respect des règles relatives aux congés payés. Pour lui, le fractionnement imposé de la cinquième semaine constitue une infraction pénale.

L'affaire est portée devant la cour d'appel de Montpellier, puis un pourvoi est formé devant la Cour de cassation. Le débat porte sur l'interprétation de l'article L. 223-8 : l'interdiction du fractionnement de la cinquième semaine est-elle suffisamment explicite pour entraîner une sanction pénale ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation va trancher de manière surprenante. Elle commence par rappeler que l'article L. 223-8 du Code du travail (dans sa version alors en vigueur) dispose que le congé principal de 24 jours ouvrables peut être fractionné avec l'agrément du salarié. Elle en déduit a contrario que le congé supplémentaire de 6 jours (la cinquième semaine) ne peut pas être fractionné. Jusque-là, rien d'étonnant.

Mais c'est là que le bât blesse : la Cour ajoute que cette interdiction de fractionnement de la cinquième semaine ne résulte pas de la loi de manière explicite. En effet, le texte ne dit pas « la cinquième semaine ne peut être fractionnée ». Il dit simplement que le fractionnement du congé principal est possible avec accord. L'interdiction du fractionnement de la cinquième semaine n'est qu'une déduction, pas une règle clairement énoncée.

Or, pour qu'une infraction pénale soit retenue, la loi doit être précise et prévisible — c'est le principe de légalité des délits et des peines (article 111-3 du Code pénal). La Cour de cassation estime donc que l'article R. 262-6, qui punit la violation des dispositions relatives aux congés, ne peut pas s'appliquer à une interdiction qui n'est pas formellement écrite dans la loi. Dès lors, le fractionnement unilatéral de la cinquième semaine n'est pas pénalement sanctionné.

En résumé : l'employeur n'a pas le droit d'imposer le fractionnement de la cinquième semaine (car le texte l'interdit implicitement), mais s'il le fait, il n'encourt pas de sanction pénale. Une subtilité qui a de quoi surprendre !

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les salariés : si votre employeur fractionne votre cinquième semaine sans votre accord, vous ne pouvez pas porter plainte au pénal. En revanche, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes pour faire reconnaître le non-respect de vos droits et demander des dommages et intérêts.

Pour les employeurs : vous pouvez fractionner la cinquième semaine sans crainte de poursuites pénales, mais vous prenez le risque d'un contentieux prud'homal. Mieux vaut obtenir l'accord écrit du salarié, ou à défaut, justifier d'une nécessité impérieuse (saisonnalité, fermeture de l'entreprise…).

Pour les professionnels de l'immobilier (agents, promoteurs) : si vous employez du personnel, soyez vigilants. Les congés payés sont souvent source de conflits. Privilégiez la négociation et la transparence.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Obtenez un accord écrit : pour tout fractionnement de congés, faites signer au salarié un avenant ou un échange de mails précisant les dates et la durée des congés fractionnés.
  • Respectez le congé principal : les 24 jours ouvrables (soit 4 semaines) doivent être pris en continu, sauf accord du salarié. La cinquième semaine peut être fractionnée, mais mieux vaut le faire avec son consentement.
  • Anticipez les périodes de fermeture : si votre entreprise ferme pour congés, fixez les dates longtemps à l'avance et informez les salariés par écrit.
  • Consultez un avocat en cas de doute : chaque situation est unique. Un conseil juridique personnalisé peut vous éviter des années de procédure.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1992 a été confirmé par la suite. Par exemple, la Cour de cassation a jugé dans un arrêt du 13 novembre 2008 (n° 07-42.057) que le fractionnement de la cinquième semaine n'ouvrait pas droit à des jours de congés supplémentaires pour fractionnement (contrairement au fractionnement du congé principal). Cette position est constante.

Toutefois, il faut noter que depuis la loi du 11 mai 2016, le Code du travail a été réécrit : l'article L. 3141-17 reprend la même logique, mais précise que le fractionnement du congé principal de 24 jours est possible avec l'accord du salarié, et que la cinquième semaine ne peut être fractionnée. La rédaction est plus claire, mais la jurisprudence n'a pas changé : l'absence de sanction pénale demeure.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

Q : Mon employeur peut-il m'imposer de prendre ma cinquième semaine en deux fois ?
R : Non, car la loi interdit le fractionnement de la cinquième semaine. Mais s'il le fait, vous ne pouvez pas porter plainte au pénal. Vous devez saisir le conseil de prud'hommes.

Q : Quels sont mes recours si mon employeur fractionne ma cinquième semaine sans mon accord ?
R : Vous pouvez demander des dommages et intérêts devant le conseil de prud'hommes. Conservez toutes les preuves (planning, mails).

Q : L'employeur peut-il fractionner le congé principal de 24 jours ?
R : Oui, mais uniquement avec l'accord écrit du salarié. Sans accord, le fractionnement est illégal.

Q : Y a-t-il une sanction pour l'employeur qui fractionne la cinquième semaine ?
R : Pas de sanction pénale, mais une condamnation civile possible (dommages-intérêts).

Q : Puis-je exiger de prendre ma cinquième semaine en une seule fois ?
R : Oui, vous avez le droit de prendre votre cinquième semaine en continu. Si l'employeur tente de l'imposer fractionnée, vous pouvez refuser et, en cas de litige, saisir le conseil de prud'hommes.

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il m'imposer de prendre ma cinquième semaine en deux fois ?

Non, car la loi interdit le fractionnement de la cinquième semaine. Mais s'il le fait, vous ne pouvez pas porter plainte au pénal. Vous devez saisir le conseil de prud'hommes.

Quels sont mes recours si mon employeur fractionne ma cinquième semaine sans mon accord ?

Vous pouvez demander des dommages et intérêts devant le conseil de prud'hommes. Conservez toutes les preuves (planning, mails).

L'employeur peut-il fractionner le congé principal de 24 jours ?

Oui, mais uniquement avec l'accord écrit du salarié. Sans accord, le fractionnement est illégal.

Y a-t-il une sanction pour l'employeur qui fractionne la cinquième semaine ?

Pas de sanction pénale, mais une condamnation civile possible (dommages et intérêts).

Puis-je exiger de prendre ma cinquième semaine en continu ?

Oui, c'est votre droit. Si l'employeur refuse, vous pouvez le contester.

Informations juridiques

  • Numéro: 90-86.099
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 février 1992

Mots-clés

congés payésfractionnement5e semaineemployeursanction pénale

Cas d'usage pratiques

1

Salarié à Saint-Cyprien : fractionnement imposé

Un salarié de Saint-Cyprien se voit imposer par son employeur de prendre sa 5e semaine en deux fois. Il conteste et saisit les prud'hommes.

Application pratique:

Le salarié peut demander des dommages et intérêts pour non-respect de ses droits. Il doit prouver le fractionnement imposé (mails, planning). L'employeur peut être condamné à verser 500 à 1000 € de dommages-intérêts.

2

Employeur à Collioure : fractionnement sans accord

Un employeur d'un hôtel à Collioure fractionne la 5e semaine de ses salariés sans leur accord, invoquant la saisonnalité.

Application pratique:

L'employeur risque une action prud'homale. Pour éviter cela, il doit obtenir un accord écrit ou justifier d'une nécessité impérieuse (ex: fermeture de l'établissement). Il peut aussi proposer des contreparties (jours supplémentaires).

3

Professionnel de l'immobilier : gestion des congés

Une agence immobilière à Perpignan gère les congés de ses employés et souhaite fractionner la 5e semaine pour coller aux périodes d'activité.

Application pratique:

L'agence doit négocier avec chaque salarié et formaliser l'accord par écrit. En cas de refus, elle doit respecter le droit du salarié à prendre sa 5e semaine en continu. Un conseil juridique est recommandé pour anticiper les conflits.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide