Décision de référence : cc • N° 03-47.403 • 2005-01-28 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : à Mimizan, un employeur et son salarié se serrent la main autour d'un café. Le salarié démissionne, l'employeur accepte de le dispenser d'effectuer son préavis (période de travail obligatoire après la démission). « Pas de problème, vous pouvez partir tout de suite », dit l'employeur. Sauf que quelques mois plus tard, le salarié réclame une indemnité compensatrice de préavis (somme versée pour remplacer le préavis non travaillé). L'employeur estime ne rien devoir, car ils étaient d'accord. Qui a raison ?
Cette question, apparemment simple, a divisé les tribunaux. La Cour de cassation (plus haute juridiction judiciaire française) a tranché le 28 janvier 2005 dans une décision qui fait toujours autorité. Elle a rappelé un principe clé : l'employeur ne doit payer l'indemnité compensatrice de préavis que s'il a, de sa propre volonté, dispensé le salarié d'exécuter son préavis, ou si l'inexécution est due à sa faute. Si les deux parties se sont mises d'accord, l'indemnité n'est pas due.
Mais qu'est-ce que ça change concrètement pour un employeur à Mont-de-Marsan ou un salarié à Mimizan ? Beaucoup de choses. Cette décision protège l'employeur de bonne foi, mais piège le salarié qui aurait cru pouvoir obtenir un double paiement. Dans cet article, je décortique le raisonnement des juges, les implications pratiques, et vous donne des conseils pour éviter les litiges.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. Y..., salarié d'une entreprise à Mont-de-Marsan, remet sa démission le 27 juin 2003. Son employeur, M. X..., lui répond par écrit : « Je note votre démission à effet du 27 juin 2003 et vous donne mon accord concernant la dispense du préavis. » undefined, le salarié quitte son poste immédiatement, sans travailler les mois de préavis prévus par son contrat ou la convention collective (période pendant laquelle il aurait dû continuer à travailler avant de partir).
Mais une fois parti, le salarié estime que l'employeur aurait dû lui verser une indemnité compensatrice de préavis, c'est-à-dire l'équivalent des salaires qu'il aurait perçus s'il avait travaillé pendant cette période. Il saisit le conseil de prud'hommes (tribunal spécialisé dans les litiges du travail) pour obtenir cette somme. L'employeur se défend en disant : « Nous étions d'accord pour qu'il parte tout de suite, je ne l'ai pas forcé. Pourquoi devrais-je payer ? »
Le conseil de prud'hommes donne raison au salarié : il condamne l'employeur à payer l'indemnité. Le raisonnement des juges du fond est le suivant : l'employeur a dispensé le salarié du préavis, donc il doit payer. Mais l'employeur se pourvoit en cassation (recours devant la Cour de cassation pour faire annuler la décision). La Cour examine l'affaire : y a-t-il eu dispense unilatérale de l'employeur, ou accord commun ?
Rebondissement : la Cour de cassation casse (annule) le jugement du conseil de prud'hommes. Elle constate que les juges du fond avaient eux-mêmes relevé que l'inexécution du préavis avait été décidée « d'un commun accord entre les parties ». Or, la règle est claire : si l'employeur ne décide pas seul de dispenser le salarié, mais que les deux sont d'accord, aucune indemnité n'est due. L'affaire est renvoyée devant un autre conseil de prud'hommes pour être rejugée conformément à cette règle.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'ancien article L. 122-8 du Code du travail (aujourd'hui articles L. 1234-1 et suivants), qui prévoit que le salarié qui démissionne doit exécuter un préavis, sauf s'il en est dispensé par l'employeur. Si l'employeur le dispense unilatéralement, il doit verser une indemnité compensatrice (somme égale au salaire qu'il aurait perçu). Mais cette règle a une exception : si l'inexécution du préavis est décidée d'un commun accord, l'indemnité n'est pas due.
undefined la Cour distingue deux situations :
- Dispense unilatérale par l'employeur : l'employeur dit « je ne veux plus que vous veniez travailler, partez maintenant » ; il doit payer l'indemnité, car c'est sa décision seule qui prive le salarié de son salaire.
- Accord commun : le salarié propose de partir sans préavis, l'employeur accepte, ou inversement ; dans ce cas, l'indemnité n'est pas due, car le salarié a consenti à ne pas travailler et à ne pas être payé.
undefined, c'est que la charge de la preuve est cruciale. C'est à l'employeur de démontrer qu'il y a eu accord commun. Dans l'affaire de M. Y..., la lettre de l'employeur disant « je donne mon accord » a suffi à prouver l'accord. Mais si l'employeur avait simplement laissé le salarié partir sans rien dire, cela aurait pu être interprété comme une dispense unilatérale, et l'indemnité aurait été due.
Cette décision n'est pas un revirement de jurisprudence (changement de position des juges), mais une confirmation d'un principe constant. La Cour de cassation a déjà statué en ce sens à plusieurs reprises (par ex. Cass. soc., 13 mai 1998, n° 95-44.111). Elle rappelle simplement que le conseil de prud'hommes ne peut pas ignorer ses propres constatations.
Attention toutefois : si l'employeur est à l'origine de l'inexécution (par exemple, il refuse de laisser le salarié travailler), l'indemnité est due. Mais ici, c'est le salarié qui a démissionné et qui a accepté de ne pas faire le préavis.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour l'employeur à Mont-de-Marsan : si un salarié vous demande à partir sans préavis, et que vous acceptez, veillez à formaliser l'accord par écrit (courrier, email) en précisant que les deux parties conviennent de la dispense du préavis. Ainsi, vous éviterez une réclamation ultérieure d'indemnité. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un employeur, par simple oral, se retrouvait condamné à payer plusieurs milliers d'euros faute de preuve de l'accord.
Pour le salarié à Mimizan : si vous démissionnez et que l'employeur vous dispense de préavis, demandez-vous si vous préférez être payé pour cette période (indemnité) ou partir tout de suite. Si vous acceptez de partir sans indemnité, assurez-vous que c'est clair : un écrit mentionnant « renonciation à l'indemnité compensatrice de préavis » est idéal. Attention : si l'employeur vous impose de partir sans votre accord, vous avez droit à l'indemnité.
Exemple chiffré : un salarié avec un salaire mensuel de 2 500 € et un préavis de 3 mois. S'il part d'un commun accord sans préavis, l'employeur économise 7 500 €. Mais si l'employeur le dispense unilatéralement, il doit payer cette somme. La différence est énorme.
Conseil pratique : pour les deux parties, la règle d'or est l'écrit. Un simple email daté peut faire foi devant les prud'hommes. N'hésitez pas à consulter un avocat pour rédiger une lettre de dispense de préavis.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Formalisez l'accord par écrit : que vous soyez employeur ou salarié, dès que la dispense de préavis est évoquée, rédigez un document signé par les deux parties précisant que le préavis ne sera pas exécuté et que cela se fait d'un commun accord. Indiquez la date de fin de contrat et la renonciation à toute indemnité.
- Distinguer dispense unilatérale et accord : si l'employeur prend seul la décision de dispenser, il doit payer. Pour éviter toute ambiguïté, mentionnez dans l'écrit : « Les parties conviennent d'un commun accord de dispenser le salarié de l'exécution de son préavis. »
- Conservez tous les échanges : emails, lettres, SMS. En cas de litige, c'est votre meilleure preuve. Si l'accord est oral, faites-le confirmer par écrit dans la foulée.
- Consultez un avocat spécialisé : avant de signer quoi que ce soit, un avocat en droit du travail peut vous conseiller sur les conséquences. Le coût d'une consultation est dérisoire comparé à une condamnation aux prud'hommes.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 2005 s'inscrit dans une lignée constante. Par exemple, dans un arrêt du 13 mai 1998 (n° 95-44.111), la Cour de cassation avait déjà jugé que « l'employeur qui dispense le salarié d'exécuter son préavis doit lui verser l'indemnité compensatrice, sauf si cette dispense résulte d'un commun accord ». Plus récemment, la chambre sociale a réaffirmé ce principe dans un arrêt du 17 mars 2015 (n° 13-26.947).
La tendance est donc stable : les juges sont très attachés à la volonté des parties. Si l'accord est clair et prouvé, l'indemnité n'est pas due. En revanche, les tribunaux sont stricts sur la charge de la preuve : à l'employeur de démontrer l'accord. En l'absence d'écrit, ils présument souvent une dispense unilatérale.
Pour l'avenir, rien n'indique un changement législatif. Mais attention : certaines conventions collectives peuvent prévoir des règles plus favorables au salarié (par exemple, une indemnité minimale même en cas d'accord). Vérifiez toujours votre convention collective.
Checklist avant d'agir
- Q : Que faire si le salarié demande à partir sans préavis ?
R : Proposez un écrit précisant que les deux parties conviennent de la dispense et renoncent à toute indemnité. Conservez une copie. - Q : L'employeur peut-il imposer la dispense unilatéralement ?
R : Oui, mais il devra payer l'indemnité. Il peut aussi refuser la dispense et exiger que le salarié travaille son préavis. - Q : Le salarié peut-il refuser la dispense unilatérale ?
R : Oui, il peut insister pour travailler son préavis et être payé. Mais s'il accepte, il perd son droit à l'indemnité. - Q : Quels délais pour réclamer l'indemnité ?
R : Le salarié a 3 ans à compter de la fin du contrat pour agir aux prud'hommes (délai de prescription). - Q : Quel coût pour une consultation ?
R : Une première consultation avec un avocat spécialisé coûte entre 150 et 300 €, mais permet d'éviter des erreurs coûteuses.
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

