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Créance d'indemnité de résiliation en crédit-bail : la forclusion ne court pas avant liquidation
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Créance d'indemnité de résiliation en crédit-bail : la forclusion ne court pas avant liquidation

📅 Décision du 05 novembre 2013⚖️ Cour de cassation👁️ 15 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation précise que le délai de forclusion pour déclarer une indemnité de résiliation de crédit-bail ne commence à courir qu'à la résiliation effective du contrat. Une décision qui protège les bailleurs en procédure collective.

Décision de référence : cc • N° 12-20.263 • 2013-11-05 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Toulon, avenue de l'Infanterie de Marine. Vous l'avez donné en crédit-bail (location avec option d'achat) à une société qui faisait de la restauration. Le loyer est de 4 500 € par mois. Et puis, patatras : la société est placée en liquidation judiciaire (procédure collective qui met fin à l'activité et vend les actifs pour payer les créanciers). Le contrat est résilié. Vous attendez, vous vous renseignez, et vous découvrez que vous deviez déclarer votre créance d'bail commercial et liquidation judiciaire : que peut faire le juge-commissaire ?">indemnité de résiliation dans un délai très court. Mais quand ce délai commence-t-il exactement ? Cette question, cruciale pour des centaines de propriétaires, a été tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt du 5 novembre 2013. Et la réponse est plus subtile qu'il n'y paraît.

undefined le bailleur doit déclarer sa créance d'indemnité de résiliation (somme due par le preneur en cas de rupture anticipée du contrat) au mandataire judiciaire (représentant des créanciers) dans les deux mois suivant la publication du jugement d'ouverture de la procédure collective. Mais si l'indemnité n'est pas encore due à ce moment-là (parce que le contrat n'est pas encore résilié), le délai ne court pas. C'est ce qu'a jugé la Cour de cassation dans cette décision attendue.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Pour un propriétaire à Draguignan ou ailleurs, cela signifie que vous ne serez pas forclos (privé du droit de déclarer votre créance) si vous déclarez une indemnité éventuelle avant la résiliation effective du contrat. Attention toutefois : cette solution a ses limites, et il faut bien comprendre le raisonnement des juges pour l'appliquer correctement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire commence par un contrat de crédit-bail immobilier (location d'un immeuble avec promesse de vente en fin de contrat) conclu entre une société bailleresse (le propriétaire) et une société preneuse (le locataire-acquéreur). L'immeuble est situé dans une zone commerciale de la région toulonnaise. Le contrat prévoit une indemnité de résiliation en cas de rupture anticipée, égale à la somme des loyers restant à courir jusqu'au terme initial, sous déduction de certaines charges.

En 2006, la société preneuse est placée en redressement judiciaire (procédure collective visant à sauver l'entreprise), puis le plan de redressement est résilié, et elle est mise en liquidation judiciaire en 2008. Le contrat de crédit-bail est résilié de plein droit (automatiquement) par l'effet de la liquidation. La bailleresse déclare alors au mandataire judiciaire une créance au titre de l'indemnité de résiliation. Mais le mandataire conteste : selon lui, la déclaration est tardive, car le délai de deux mois pour déclarer les créances a commencé à courir dès le jugement d'ouverture de la liquidation, et l'indemnité était déjà due à ce moment-là. La bailleresse soutient au contraire que l'indemnité n'était qu'éventuelle (non encore exigible) lors de l'ouverture de la liquidation, et que le délai n'a commencé à courir qu'à la résiliation effective du contrat, plus tard.

Le tribunal de commerce de Toulon donne raison au mandataire : la créance est forclose. La cour d'appel d'Aix-en-Provence confirme. Mais la Cour de cassation casse (annule) l'arrêt d'appel et renvoie l'affaire devant la cour d'appel de Nîmes. Pour la Haute juridiction, la bailleresse a déclaré son indemnité avant que le délai de forclusion n'ait commencé à courir, car cette indemnité n'était qu'éventuelle à la date de la déclaration. undefined on ne peut pas reprocher à un créancier d'avoir déclaré trop tôt une créance qui n'était pas encore née.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre cet arrêt, il faut d'abord connaître les textes applicables. L'article L. 622-13 du Code de commerce (rédaction alors en vigueur) dispose que le contrat en cours au jour de l'ouverture de la procédure collective se poursuit, mais que le cocontractant (ici le bailleur) doit déclarer sa créance née de la résiliation éventuelle du contrat, à titre éventuel, dans le délai légal. L'article R. 622-21, alinéa 2, du même code précise que le délai de déclaration des créances est de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bodacc (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales).

Mais la question est : quand ce délai commence-t-il pour une créance d'indemnité de résiliation ? La réponse de la Cour de cassation est claire : tant que le contrat n'est pas résilié, la créance est éventuelle (incertaine quant à son existence et son montant). Or, le délai de forclusion ne peut courir contre une créance qui n'est pas encore née. undefined, le bailleur ne peut pas être sanctionné pour avoir déclaré une créance éventuelle avant la résiliation, car le délai n'a pas commencé à courir.

undefined, c'est que la Cour de cassation innove ici : elle admet que la déclaration d'une créance éventuelle peut être faite avant l'expiration du délai de déclaration, et même avant que ce délai n'ait commencé à courir. Ce faisant, elle fait primer le principe de sécurité juridique (le créancier ne doit pas être piégé par des délais qui courent avant la naissance de sa créance) sur la rigueur procédurale (les délais sont en principe impératifs).

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des bailleurs à Toulon ou à Draguignan ont été déboutés parce qu'ils avaient déclaré leur créance d'indemnité de résiliation après la résiliation, mais après l'expiration du délai de deux mois suivant la publication du jugement. Or, selon cet arrêt, si la déclaration avait été faite avant la résiliation, elle aurait été valable. C'est un revirement de jurisprudence par rapport à certaines décisions antérieures qui exigeaient que la créance soit certaine au moment de la déclaration.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire-bailleur d'un local commercial ou professionnel donné en crédit-bail, et que votre preneur est en procédure collective, vous devez déclarer votre créance d'indemnité de résiliation dès que possible, y compris si le contrat n'est pas encore résilié. Ne tardez pas : faites une déclaration à titre éventuel dans les deux mois de la publication du jugement d'ouverture. Si vous attendez la résiliation effective, vous risquez d'être forclos si le délai est déjà expiré.

Exemple chiffré : un crédit-bail à Draguignan, loyer mensuel de 3 000 €, durée restante 5 ans (60 mois). L'indemnité de résiliation contractuelle peut représenter 180 000 €. Si vous ne déclarez pas dans les délais, vous perdez cette somme. Grâce à cet arrêt, vous pouvez déclarer dès l'ouverture de la liquidation, même si le contrat est encore en cours. Attention toutefois : si vous déclarez avant la résiliation, vous devrez confirmer votre déclaration après la résiliation pour préciser le montant définitif.

Si vous êtes locataire ou acquéreur en crédit-bail, cette décision vous concerne indirectement : elle renforce les droits du bailleur, ce qui peut réduire les marges de négociation en cas de difficultés. Mais elle a surtout un intérêt pour les professionnels de l'immobilier et les mandataires judiciaires qui doivent gérer ces déclarations.

En pratique, si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) Vérifier la date de publication du jugement d'ouverture ; 2) Déclarer votre créance d'indemnité de résiliation à titre éventuel dans les deux mois, même si le contrat n'est pas résilié ; 3) Une fois la résiliation effective, actualiser votre déclaration en fournissant le calcul définitif. Un exemple : à Toulon, une bailleresse a déclaré 120 000 € à titre éventuel ; après résiliation, elle a pu réduire à 80 000 € compte tenu de la relocation partielle.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Déclarez sans attendre : Dès l'ouverture d'une procédure collective contre votre preneur, déclarez toutes les créances, y compris les indemnités de résiliation éventuelles. Ne vous fiez pas à la date de résiliation.
  • Utilisez les formulaires officiels : La déclaration de créance doit être faite sur le formulaire Cerfa n° 10860, accompagnée des justificatifs (contrat, décompte, etc.). Un défaut de forme peut entraîner la forclusion.
  • Consultez un avocat spécialisé : Les procédures collectives sont complexes. Un avocat en droit immobilier et commercial vous aidera à respecter les délais et à rédiger une déclaration solide.
  • Anticipez dans le contrat : Lors de la rédaction du contrat de crédit-bail, prévoyez une clause précisant le calcul de l'indemnité de résiliation et les modalités de déclaration en cas de procédure collective. Cela évitera les contestations.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 2013 s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle favorable aux créanciers. La Cour de cassation avait déjà jugé (Civ. 3e, 6 mai 2009, n° 08-13.025) que le délai de forclusion pour déclarer une créance d'indemnité d'éviction (due au locataire commercial en cas de refus de renouvellement) ne court qu'à compter du paiement de l'indemnité. Plus récemment, la chambre commerciale a rappelé (Com., 10 mai 2016, n° 14-27.837) que la déclaration d'une créance éventuelle est recevable même si elle est faite avant la naissance de la créance, à condition qu'elle soit faite dans le délai légal.

La tendance est donc à la souplesse : les juges privilégient le fond sur la forme, pour éviter que des créanciers légitimes soient privés de leurs droits par des subtilités procédurales. Cependant, attention : cette jurisprudence ne dispense pas de respecter le délai de deux mois à compter de la publication du jugement. Si vous déclarez après l'expiration de ce délai, même pour une créance éventuelle, vous serez forclos.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

1. Quand dois-je déclarer l'indemnité de résiliation ? Dès l'ouverture de la procédure collective, même si le contrat n'est pas résilié. Vous avez deux mois à compter de la publication du jugement.

2. Que se passe-t-il si je déclare trop tôt ? Rien : la déclaration est valable. Vous devrez la compléter après la résiliation.

3. Et si je déclare après la résiliation mais hors délai ? Vous êtes forclos et perdez votre créance. Il faut absolument déclarer dans les deux mois.

4. Puis-je déclarer une créance éventuelle sans montant ? Oui, mais il faut l'estimer et la préciser ultérieurement. Mieux vaut un montant approximatif que pas de déclaration.

5. Que faire si le mandataire judiciaire conteste ma déclaration ? Saisissez le juge-commissaire (magistrat chargé de la procédure collective) dans un délai d'un mois à compter de la contestation. Un avocat est indispensable.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quand dois-je déclarer l'indemnité de résiliation en cas de liquidation judiciaire de mon locataire ?

Vous devez déclarer votre créance d'indemnité de résiliation, même éventuelle (incertaine), dans les deux mois suivant la publication du jugement d'ouverture de la procédure collective au Bodacc. Vous n'avez pas besoin d'attendre la résiliation effective du contrat.

Que faire si j'ai oublié de déclarer mon indemnité de résiliation dans les délais ?

Vous risquez la forclusion (perte du droit de déclarer). Toutefois, vous pouvez tenter de saisir le juge-commissaire pour demander un relevé de forclusion si vous justifiez d'un motif légitime (exemple : absence d'information sur la procédure). Consultez un avocat rapidement.

Puis-je déclarer une créance éventuelle sans connaître le montant exact ?

Oui, vous pouvez déclarer une créance à titre éventuel en estimant le montant. Vous devrez ensuite la préciser après la résiliation du contrat. Il est préférable de déclarer un montant approximatif que de ne rien déclarer.

Quel est le délai pour contester une décision de forclusion ?

Vous disposez d'un délai d'un mois à compter de la notification de la décision du juge-commissaire pour former un recours devant le tribunal de commerce. Ce délai est impératif.

Cette jurisprudence s'applique-t-elle aux baux commerciaux classiques ?

Non, elle concerne spécifiquement le crédit-bail. Pour les baux commerciaux, les règles de déclaration des créances sont différentes, notamment en ce qui concerne l'indemnité d'éviction. Consultez un avocat spécialisé.

Informations juridiques

  • Numéro: 12-20.263
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 05 novembre 2013

Mots-clés

crédit-bailindemnité de résiliationforclusionprocédure collectivedéclaration de créance

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un local en crédit-bail à Toulon : comment déclarer son indemnité

Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Toulon, donné en crédit-bail à une société de restauration. La société est placée en liquidation judiciaire en janvier 2024. Le loyer est de 5 000 €/mois, il reste 4 ans de contrat. L'indemnité de résiliation contractuelle est de 240 000 €.

Application pratique:

Vous devez déclarer cette indemnité à titre éventuel avant le 31 mars 2024 (2 mois après la publication du jugement). Même si le contrat n'est pas encore résilié, la déclaration est valable selon l'arrêt de 2013. Après résiliation, vous actualiserez le montant. Si vous attendez la résiliation (souvent plusieurs mois), vous serez forclos.

2

Mandataire judiciaire à Draguignan : gestion des déclarations éventuelles

Vous êtes mandataire judiciaire chargé d'une liquidation à Draguignan. Un contrat de crédit-bail immobilier est en cours, le preneur est en liquidation. Le bailleur déclare une indemnité de résiliation éventuelle de 180 000 € avant la résiliation.

Application pratique:

Vous devez accepter cette déclaration. L'arrêt de la Cour de cassation vous interdit de la rejeter pour cause de déclaration trop précoce. Vous devez attendre la résiliation pour vérifier le montant définitif. En cas de contestation, le juge-commissaire vous donnera tort.

3

Acquéreur d'un immeuble en crédit-bail : impact de la jurisprudence sur la reprise

Vous souhaitez acquérir un immeuble donné en crédit-bail dans le Var. Le preneur est en difficulté financière. Vous voulez savoir si l'indemnité de résiliation due par le preneur peut réduire le prix d'achat.

Application pratique:

L'indemnité de résiliation est une créance du bailleur. Si le bailleur la déclare à temps, elle sera prise en compte dans le passif. En tant qu'acquéreur, vous pouvez négocier une réduction du prix en fonction de ce passif. Consultez un avocat pour évaluer le risque.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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