Décision de référence : cc • N° 93-11.939 • 1995-01-11 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes copropriétaire d'un immeuble à Metz, rue des Tanneurs. Depuis des mois, des infiltrations d'eau ruinent les parties communes et le chauffage fonctionne par à-coups. L'assemblée générale se réunit, les discussions s'enveniment, mais finalement, un accord semble émerger : « On laisse le syndic agir en justice contre le constructeur. » Le syndic engage alors une action. Sauf que quelques mois plus tard, le tribunal annule tout : l'autorisation de l'assemblée n'était pas valable. Comment est-ce possible ? Et surtout, que faire pour éviter ce piège ?
Cette décision de la Cour de cassation du 11 janvier 1995 (n° 93-11.939) répond à une question cruciale pour tout syndicat de copropriétaires : à quelles conditions le syndic peut-il ester en justice ? undefined un simple « oui » collectif, sans vote formel, suffit-il ? La réponse est non. Et les conséquences peuvent être lourdes : nullité de l'action, frais perdus, et parfois prescription (délai pour agir) qui a couru entre-temps.
Je vais vous décortiquer cette décision, vous expliquer ce qu'elle change concrètement, et vous donner des conseils pratiques pour ne pas vous retrouver dans cette situation. Que vous soyez à Metz, Sarreguemines ou ailleurs, les règles sont les mêmes.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Nous sommes dans une copropriété, quelque part en France – disons à Sarreguemines, pour coller à notre ancrage territorial. Depuis plusieurs années, l'immeuble souffre de désordres : des infiltrations d'eau par les toitures et les façades, et un chauffage collectif défaillant. Les copropriétaires en ont assez. Lors de l'assemblée générale, le syndic expose la situation et propose d'engager une action en justice contre le promoteur ou le constructeur.
Les discussions sont houleuses. Certains copropriétaires veulent agir, d'autres non, craignant les frais. Finalement, après des débats, la majorité se dégage pour dire « oui, le syndic peut agir ». Mais attention : aucun vote n'est formalisé sur ce point précis. Le procès-verbal de l'assemblée mentionne simplement que « l'assemblée donne son accord pour que le syndic engage les actions nécessaires ». Rien de plus.
Le syndic, confiant, assigne le constructeur devant le tribunal de grande instance (TGI) de Metz. L'affaire suit son cours, mais le constructeur soulève une exception de nullité (moyen de défense visant à faire annuler l'action) : le syndic n'avait pas d'autorisation valable de l'assemblée générale pour agir. Le syndicat réplique que le procès-verbal montre bien un accord collectif.
La cour d'appel de Metz donne raison au constructeur : l'action est nulle. Le syndicat se pourvoit en cassation. La Cour de cassation confirme l'arrêt d'appel : un simple accord verbal ou une mention vague dans le procès-verbal ne constitue pas une autorisation expresse et formelle. Le syndic devait obtenir un vote clair de l'assemblée générale sur la question de savoir s'il pouvait agir en justice, et ce vote devait figurer au procès-verbal. Faute de quoi, l'action est irrecevable.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation se fonde sur l'article 55 du décret du 17 mars 1967 (texte réglementaire qui régit la copropriété), toujours en vigueur aujourd'hui. Cet article dispose que « le syndic ne peut agir en justice au nom du syndicat sans y avoir été autorisé par une décision de l'assemblée générale ». Cette règle est une protection pour les copropriétaires : le syndic ne doit pas engager des actions coûteuses de sa propre initiative.
Mais qu'est-ce qu'une « autorisation » valable ? La Cour précise qu'elle doit être expresse et résulter d'un vote de l'assemblée générale. Un simple « accord » mentionné dans le procès-verbal, sans vote formalisé, ne suffit pas. undefined, le syndic doit soumettre une question à l'ordre du jour, les copropriétaires votent (majorité simple ou absolue selon la nature de l'action), et le résultat est consigné dans le procès-verbal avec le détail des voix.
Dans cette affaire, le procès-verbal ne faisait état que d'un « accord » général, sans vote. La Cour en déduit que le syndic n'avait pas reçu mandat pour agir. L'action en justice est donc nulle. Ce n'est pas une simple irrégularité de forme (qui pourrait être régularisée), mais une irrégularité de fond (qui affecte la validité même de l'action).
undefined, c'est que cette nullité peut être soulevée à tout moment de la procédure, et même en appel. Le constructeur, bien conseillé, a donc fait annuler l'action avant même qu'un juge ne se prononce sur le fond des désordres. Résultat : le syndicat a perdu du temps et de l'argent, et a dû repartir de zéro – si la prescription (délai de 5 ans en général pour agir en responsabilité contractuelle) n'était pas déjà acquise.
La décision s'inscrit dans une jurisprudence constante : la Cour de cassation veille à ce que le syndic ne dépasse pas ses pouvoirs. Elle a déjà jugé, par exemple, que le syndic ne peut pas intenter une action sans autorisation préalable, même si l'action est urgente (sauf cas de péril imminent, mais c'est très rare).
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les copropriétaires
Si vous êtes copropriétaire, cette décision vous protège : le syndic ne peut pas engager des frais de justice sans votre accord. Mais elle vous impose aussi d'être vigilant. Lors de l'assemblée générale, vérifiez que les questions d'actions en justice sont bien inscrites à l'ordre du jour et font l'objet d'un vote. Ne vous contentez pas d'un « on est d'accord » en réunion. Exigez un vote formel, avec le nombre de voix pour, contre et abstentions. Si le procès-verbal est vague, demandez une rectification avant qu'il ne soit définitif.
Pour les syndics
Vous devez absolument obtenir une autorisation expresse de l'assemblée générale avant d'assigner quiconque. Rédigez une résolution claire : « L'assemblée générale autorise le syndic à engager toute action en justice contre la société X, aux fins d'obtenir réparation des désordres d'infiltrations et de chauffage, et à désigner un avocat. » Faites voter et inscrivez le résultat au procès-verbal. Sans cela, votre action sera nulle, et vous pourriez engager votre responsabilité personnelle (le syndic peut être condamné à rembourser les frais inutiles).
Exemple chiffré à Sarreguemines
Prenons un cas concret : une copropriété de 20 lots à Sarreguemines subit des infiltrations. Le syndic engage une action sans vote formel. Le constructeur oppose la nullité. Le tribunal annule l'action après 2 ans de procédure. Frais d'avocat : 5 000 €. Frais d'expertise : 3 000 €. Tout est perdu. Et si la prescription est acquise (5 ans à compter de la réception des travaux), le syndicat ne pourra plus jamais agir. Le coût réel peut être de plusieurs dizaines de milliers d'euros de travaux non réparés.
Si vous êtes acquéreur
Avant d'acheter un lot en copropriété, demandez le procès-verbal des dernières assemblées générales. Vérifiez si des actions en justice sont en cours. Si elles ont été engagées sans autorisation, elles risquent d'être annulées, et les travaux nécessaires pourraient rester à la charge de la copropriété – donc de vous, via les charges.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Inscrivez toute action en justice à l'ordre du jour de l'assemblée générale. Le syndic doit proposer une résolution spécifique, avec le nom du défendeur, l'objet du litige et le montant estimé des frais. Les copropriétaires votent en connaissance de cause.
- Exigez un procès-verbal détaillé. Le PV doit mentionner le texte de la résolution, le nombre de voix pour, contre et abstentions, et le résultat (adopté ou rejeté). Une simple phrase « l'assemblée donne son accord » est insuffisante.
- Ne vous fiez pas aux accords verbaux. Même si tous les copropriétaires présents disent « oui », sans vote formalisé, l'autorisation est nulle. Faites voter, même à main levée, et faites-le consigner.
- Consultez un avocat spécialisé avant d'agir. Si vous êtes syndic ou copropriétaire, un avocat en droit immobilier vérifiera la validité de l'autorisation et vous conseillera sur la procédure. À Metz, maître Zakine peut vous assister.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1995 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 1992, la Cour de cassation avait jugé que « le syndic ne peut agir en justice sans autorisation de l'assemblée générale, sauf urgence » (Civ. 3e, 24 juin 1992, n° 90-19.123). Plus récemment, en 2018, elle a rappelé que l'autorisation doit être spéciale et ne peut être générale (Civ. 3e, 22 mars 2018, n° 17-13.486).
La tendance est donc au renforcement des exigences formelles. Les tribunaux sont de plus en plus stricts sur la régularité des procès-verbaux et des votes. En pratique, cela signifie que les syndics doivent être très rigoureux. Pour les copropriétaires, c'est une sécurité : le syndic ne peut pas agir en votre nom sans votre accord clair.
À l'avenir, il est possible que la loi évolue pour simplifier les actions dites « conservatoires » (pour éviter la prescription), mais pour l'instant, la règle reste ferme. Si vous êtes dans une situation où une action est urgente (par exemple, pour interrompre la prescription), demandez une autorisation en urgence par une assemblée générale convoquée en procédure accélérée, ou saisissez le juge des référés pour obtenir une mesure conservatoire.
Questions fréquentes
- Un vote à main levée est-il valable ? Oui, tant que le résultat est clairement consigné au procès-verbal. Mais pour éviter toute contestation, il est préférable d'utiliser un scrutin secret ou à main levée avec décompte précis.
- Que faire si le syndic a déjà engagé une action sans autorisation ? Vous pouvez demander au tribunal de constater la nullité de l'action. Mais il est plus simple d'empêcher le syndic d'agir en amont. Si l'action est déjà en cours, le syndic peut tenter de régulariser en convoquant une assemblée générale pour voter une autorisation rétroactive. Mais la nullité peut être couverte si le défendeur ne la soulève pas en temps utile.
- Le syndic peut-il agir en référé sans autorisation ? Oui, car le référé (procédure d'urgence) est considéré comme une mesure conservatoire. Mais pour une action au fond, l'autorisation est nécessaire.
- Quel est le délai pour contester une action non autorisée ? La nullité peut être soulevée à tout moment de la procédure, tant qu'un jugement définitif n'est pas rendu. En pratique, il faut la soulever dès que possible, avant toute défense au fond.
- Puis-je agir individuellement en justice si le syndic refuse ? Oui, chaque copropriétaire peut agir individuellement pour les parties communes s'il justifie d'un intérêt personnel (par exemple, si l'infiltration touche son lot). Mais l'action individuelle est limitée et ne peut pas se substituer à l'action du syndicat.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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